Véronique Rivière a la main au menton dans un paysage rural avec un cheval blanc

L’art de la liberté : le parcours singulier de Véronique Rivière

Comment concilier les exigences d’une industrie musicale de plus en plus standardisée et un besoin viscéral d’indépendance ? C’est le défi qu’a relevé Véronique Rivière tout au long d’une trajectoire artistique marquée par des choix audacieux et des virages inattendus. Entre la lumière des projecteurs des années 1980 et le calme d’un domaine provençal, cette artiste aux multiples facettes a su tracer sa propre voie, refusant de sacrifier son intégrité au profit du succès éphémère.

Née le 5 février 1959 à Suresnes, Véronique Rivière grandit au sein d’une famille parisienne très proche du monde des médias. Elle est la cadette d’une fratrie de trois enfants. Son père, Alexandre Tarta, d’origine moscovite, mène une brillante carrière de réalisateur de télévision, tandis que sa mère exerce la profession de journaliste. Après l’obtention d’un baccalauréat littéraire, la jeune femme décide de s’orienter vers l’expression artistique et s’inscrit au Cours Florent pour y apprendre l’art dramatique.

Du théâtre aux premiers succès musicaux de Véronique Rivière

Les débuts d’une comédienne au Café de la Gare

Le hasard joue un rôle déterminant dans le lancement de sa carrière professionnelle. En 1980, recommandée par un ami de sa mère, elle décroche son premier rôle à l’écran dans le téléfilm Les Filles d’Adam. Elle y incarne le personnage de Marie-Paule aux côtés de comédiens confirmés comme Daniel Gélin, Tonie Marshall et Lambert Wilson. Cette première expérience réussie lui ouvre les portes du grand écran, où elle obtient des rôles secondaires dans deux longs-métrages : T’inquiète pas, ça se soigne en 1980, puis Les Matous sont romantiques l’année suivante.

C’est précisément sur le tournage de ce second film qu’une rencontre décisive va faire basculer son destin. Elle y fait la connaissance de l’acteur et dramaturge Romain Bouteille, qui décèle son potentiel et commence à lui écrire ses premiers textes de chansons. Sous son impulsion, elle intègre la célèbre troupe du Café de la Gare. Pendant trois ans, à partir de 1982, elle y joue et y chante régulièrement, peaufinant son jeu de scène et son rapport avec le public dans une ambiance de liberté créative totale.

L’envolée pop-rock avec le succès de Capitaine

Forte de cette expérience théâtrale, elle décide de se consacrer pleinement à la chanson et signe un premier contrat chez Virgin en 1984. Elle publie l’année suivante son premier 45 tours, Si seulement tu voulais monter, un morceau dont elle écrit les paroles sur une musique d’Olivier Kowalski. Bien qu’elle quitte rapidement le label à la suite d’une restructuration interne, cette période est marquée par sa rencontre avec l’ingénieur du son et réalisateur Dominique Blanc-Francard. Ce partenariat artistique exceptionnel va s’étendre sur plus d’une décennie et donner naissance à quatre albums majeurs.

Après un single de transition intitulé Absence, elle signe chez Phonogram et publie en 1987 son premier album, Et vice verseau, co-réalisé avec Blanc-Francard. Pour ce projet, elle s’entoure de musiciens de renom, notamment les batteurs Manu Katché et Joe Hammer. Deux ans plus tard, l’album éponyme de Véronique Rivière, sorti chez Polydor, marque sa consécration auprès du grand public. Elle y compose elle-même ses mélodies, épaulée par des pointures comme Michael Jones ou Gérard Bikialo. Le titre pop-rock Capitaine devient un immense succès radiophonique en 1989, tandis que les morceaux Tout court et Vague à l’âme confirment son talent d’écriture et rencontrent un bel accueil d’estime.

Cette notoriété nouvelle lui permet de conquérir la scène. En 1990, elle assure la première partie d’Eddy Mitchell au Casino de Paris, au Zénith, puis lors d’une grande tournée nationale. L’année suivante, le festival des Francofolies de La Rochelle l’accueille au sein de sa programmation. Cependant, la pression des maisons de disques et des difficultés personnelles assombrissent cette période faste. Son troisième album, Mojave, publié en 1992, est conçu dans un contexte de déprime intense. La chanteuse le qualifiera plus tard d’album le plus sinistre qui soit, malgré la présence de titres notables comme Michaël ou Au p’tit bonheur la chance. En 1996, elle rebondit magnifiquement avec En vert et contre tout, un quatrième opus qui reçoit le prestigieux Grand Prix de l’Académie Charles-Cros.

Le retrait de la scène de Véronique Rivière et sa parenthèse équestre

Une rupture nette avec l’industrie du disque

À la fin des années 1990, le paysage musical français subit de profonds bouleversements qui heurtent les convictions de l’artiste. La fin de sa collaboration avec Dominique Blanc-Francard coïncide avec un rejet profond d’un marché du disque qu’elle estime désormais dicté par le marketing et les logiques financières des multinationales. Refusant de se plier au formatage imposé par l’émergence des émissions de télé-réalité comme la Star Academy, elle prend la décision radicale de quitter Paris et de s’éloigner des studios d’enregistrement.

Elle choisit alors de se réinventer loin du tumulte parisien en s’installant dans le Vaucluse, au bord de la Durance. Sur un terrain agricole d’un hectare, Véronique Rivière s’associe avec une amie monitrice d’équitation pour fonder un poney-club de toutes pièces. Ce projet de vie, d’abord modeste, se développe progressivement pour devenir une véritable structure équestre comptant une trentaine de chevaux et de poneys. Cette immersion en pleine nature lui permet de retrouver un équilibre personnel et de nourrir une nouvelle forme d’inspiration.

Le retour à la création et l’appel de la scène

La passion de la musique ne s’éteint pas pour autant. En 2005, encouragée par le producteur Bernard Pradier, elle compose dans son refuge du Vaucluse un cinquième album sobrement intitulé Éponyme. Ce disque marque son retour officiel à la chanson et s’accompagne d’une série de concerts au Théâtre de Dix Heures à Pigalle. Séduit par son authenticité, l’animateur Laurent Ruquier lui apporte un soutien précieux en lui offrant une résidence d’un mois dans ce même théâtre en 2006, allant jusqu’à prêter sa propriété normande pour le tournage d’un clip de promotion avec les membres de sa bande.

Cette collaboration avec l’animateur prend une dimension supérieure en 2009. Véronique Rivière est choisie pour reprendre au pied levé le premier rôle de Francesca Lavie dans la comédie musicale Je m’voyais déjà, un spectacle juke-box écrit par Ruquier et mis en scène par Alain Sachs autour des chansons de Charles Aznavour. Durant plus d’un an, elle partage la scène du Théâtre de Dix Heures avec de jeunes artistes tels que Jonatan Cerrada et Pablo Villafranca. En 2011, elle publie son sixième album, Aquatinte, réalisé en étroite complicité avec le guitariste Michel Haumont. Elle défend ce projet sur les scènes de l’Européen et du Sentier des Halles, prouvant que son lien avec le public est resté intact malgré les années de silence.

Le travail de Véronique Rivière comme voix de l’ombre au service du doublage

En parallèle de sa carrière de chanteuse et de comédienne de scène, elle s’est forgé une solide réputation dans le milieu très fermé du doublage. Prêtant sa voix à des personnages de fictions, de films d’animation ou de séries télévisées, elle a su mettre sa sensibilité et son timbre de voix si particulier au service d’autres comédiennes.

Des rôles de composition dans le cinéma et l’animation

Au cinéma, les spectateurs ont pu entendre sa voix sur plusieurs longs-métrages anglophones marquants :

  • La voix de Charlotte Kutaway (Shirley Henderson) dans Le Journal de Bridget Jones (2001) et sa suite Bridget Jones : L’Âge de raison (2004).
  • Le personnage de Betty Finn (Renée Estevez) dans la comédie noire Heathers (1989).
  • Le rôle de Mary Jane Wilks (Gaby Hoffmann) dans le film d’aventures Huckleberry Finn (1993).

Dans le domaine de l’animation, elle participe durant les années 1990 à de nouveaux doublages de grands classiques comme Sinbad le marin (1962) ou Le Chat botté (1969). Elle prête également sa voix à des personnages secondaires dans Le Triomphe de Babar (1989) et incarne Lady Rowena dans la version francophone d’Ivanhoé.

Une présence régulière dans les séries télévisées

Le public adolescent des années 2000 connaît particulièrement son timbre de voix sans forcément associer son nom à ses rôles. En effet, elle assure la voix française de Cleo Sertori, l’une des héroïnes de la série australienne à succès H2O, incarnée par Phoebe Tonkin sur pas moins de 78 épisodes. Elle poursuit cette aventure aquatique en doublant le personnage d’Isabelle dans la série dérivée Mako Mermaids, puis en prêtant sa voix à Rikki Chadwick dans la version animée H2O: Mermaid Adventures.

Sa riche filmographie dans le domaine des séries d’animation comprend également des participations à des productions cultes de la télévision :

  • La série Degrassi, où elle double le personnage de Melanie Brodie sur 55 épisodes.
  • Le dessin animé Hamtaro, dans lequel elle prête sa voix aux célèbres hamsters Bijou, Librius et Pénélope.
  • Des séries classiques telles que Les Minipouss (où elle double plusieurs personnages dont la mère d’Alice), Princesse Sarah (Lavinia Whatley), ou encore Robin des Bois (Lady Mariana).

Qu’elle soit sur le devant de la scène sous les projecteurs, en studio pour enregistrer ses propres compositions, ou dans l’obscurité d’un plateau de doublage, Véronique Rivière a toujours privilégié la sincérité artistique aux sirènes de la célébrité facile. Son parcours rappelle qu’il est possible de mener une carrière riche et respectée en restant fidèle à ses valeurs et en sachant s’éloigner du bruit du monde lorsque cela devient nécessaire. Sa trajectoire singulière continue d’inspirer ceux qui cherchent à concilier passion, liberté et authenticité.


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