L’art contemporain s’empare parfois de nos souvenirs les plus tendres pour leur donner une éternité inattendue. Cette démarche poétique caractérise parfaitement l’œuvre de Philippe Berry, un créateur qui a su transformer la lourdeur du bronze en une célébration joyeuse de l’enfance. Ses sculptures, peuplées de ballons colorés et d’animaux facétieux, s’imposent comme des parenthèses de légèreté dans un monde souvent trop sérieux.
Pourtant, derrière cette apparente simplicité ludique se cache une technique rigoureuse et un parcours de vie d’une grande richesse. De ses débuts dans la communication visuelle à ses installations monumentales à travers le monde, cet artiste singulier a tracé un chemin unique. Il a su concilier la culture populaire et la noblesse des matériaux traditionnels.
De la communication visuelle aux premiers pas de l’artiste plasticien
Né le 18 mai 1956 à Paris, Philippe Simon Benguigui grandit au sein d’une famille juive originaire d’Oran. Son père, Moïse Benguigui, choisit par décret en 1964 de substituer officiellement le nom de « Berry » à leur patronyme d’origine. C’est sous ce nom que le jeune garçon grandit aux côtés de son frère aîné Richard, futur acteur de renom, et de sa sœur Marie.
Après avoir quitté le lycée en classe de première, il intègre en 1974 la prestigieuse École Supérieure d’Arts Graphiques Met de Penninghen à Paris. Il commence ensuite sa carrière professionnelle dans le domaine du textile et de la publicité, travaillant comme graphiste puis directeur artistique. Au début des années 1980, il s’établit comme illustrateur indépendant et conçoit notamment l’ affiche du film Il faut tuer Birgitt Haas en 1981.
Toutefois, son aspiration artistique le pousse rapidement vers d’autres horizons. Dès 1984, il commence à peindre et à dessiner de manière intensive en parallèle de ses activités publicitaires. C’est à cette époque qu’il rencontre le critique d’art Bernard Lamarche-Vadel, qui devient son mentor. Ce dernier l’aide à surmonter ses doutes sur l’histoire de l’art et à structurer sa recherche plastique.
La transition vers la sculpture fait cependant l’objet de légères divergences chronologiques selon les sources. Si certains récits affirment que Philippe Berry s’est consacré pleinement à la sculpture dès 1984, d’autres situent ses débuts en volume autour de 1988, voire en 1992 lors de la préparation de sa première grande exposition de bronzes en galerie.
Le bronze et la couleur : la méthode créative du sculpteur français
Le passage de la toile au volume s’est fait de manière presque accidentelle pour Philippe Berry. En effet, c’est en accompagnant sa fille Marilou à des cours de poterie en terre cuite que l’artiste découvre le plaisir du modelage. Encouragé par sa galeriste à reproduire ses créations à grande échelle, il trouve dans la sculpture une liberté et une légèreté qu’il n’arrivait pas à exprimer sur ses grands formats peints.
Le sculpteur français choisit alors le bronze comme matériau de prédilection. Ce choix, loin d’être anodin, lui permet d’inscrire l’éphémère des jeux de l’enfance dans la pérennité de l’histoire de l’art. Son univers se peuple de motifs récurrents :
- Des ballons de baudruche et des bonshommes de neige ;
- Des ours en peluche et des figurines de cow-boys ;
- Des animaux de la savane comme des éléphants et des girafes ;
- Des projections de « splashs » et des onomatopées.
Refusant d’intégrer des messages politiques ou cachés dans ses créations, il privilégie le plaisir pur de la forme et de la couleur. À partir des années 2000, il développe une innovation majeure en introduisant des teintes irisées rappelant le sucre d’orge. Il passe ainsi une année entière avec son fondeur pour mettre au point une technique permettant de peindre le bronze et le polir à un degré extrême de brillance, écartant définitivement l’usage de la résine.
Ses recherches plastiques jouent constamment avec les lois de la physique. Ses œuvres défient la gravité à travers des équilibres précaires, matérialisant des pyramides de ballons ou d’animaux massifs. Chaque pièce nécessite un long processus de fabrication s’étalant sur quatre à cinq mois de travail minutieux.
Les mille facettes de l’ancien mari de Josiane Balasko
La vie de Philippe Berry est également marquée par ses liens étroits avec le milieu du spectacle et du cinéma. En 1982, il épouse l’actrice et réalisatrice Josiane Balasko. De leur union naissent deux enfants : Marilou, devenue actrice, et Rudy, adopté à la fin des années 1980. Le couple divorce en 2000, et l’artiste se remarie plus tard avec Angelina Vautier, dont il divorcera également. Il est aussi le père de César et d’Anouk, nés de ses unions ultérieures.
En tant qu’ancien mari de Josiane Balasko, il collabore activement à plusieurs projets théâtraux et cinématographiques de l’actrice. Il conçoit ainsi les décors de pièces à succès telles que Nuit d’ivresse en 1985 ou Un grand cri d’amour en 1996. De plus, il réalise les décors de la célèbre pièce Cuisine et dépendances en 1991 et de Toc toc de Laurent Baffie en 2005.
Par ailleurs, il s’essaie occasionnellement au jeu d’acteur en faisant de brèves apparitions dans des films réalisés par son épouse. Les sources divergent légèrement sur l’étendue de sa filmographie. Si certaines ne répertorient que deux apparitions, d’autres confirment sa présence dans trois longs-métrages : Sac de nœuds en 1985, Ma vie est un enfer en 1991 et Gazon maudit en 1995.
Des œuvres monumentales aux enchères publiques
Au fil de sa carrière, la notoriété de l’artiste plasticien s’est exportée bien au-delà des galeries parisiennes. En 1998, il réalise notamment une sculpture-fontaine pour l’Ambassade de France au Zimbabwe. Plus tard, en 2013, son œuvre monumentale Arc-en-ciel, haute de six mètres, est installée à Saint-Ouen, tandis qu’il conçoit une tour Eiffel de ballons installée dans la province de Guangdong en Chine l’année suivante.
Ses œuvres font régulièrement l’objet d’expositions majeures en France et à l’étranger. À l’été 2009, une double exposition d’envergure présente pas moins de 174 œuvres présentées entre le Château de Laréole et Saint-Bertrand-de-Comminges. Son travail fait également l’objet d’une monographie de référence rédigée par Marcelin Pleynet en 2007.
Sur le marché de l’art, ses pièces en bronze atteignent des estimations significatives lors des ventes publiques. Par exemple, une œuvre intitulée Deux hippos et un ballon a été estimé de 3 000 € à 4 000 € lors d’une vente en 2012. En galerie, ses grandes sculptures en bronze peint et poli se négocient aujourd’hui à des tarifs pouvant dépasser les 50 000 dollars selon les formats.
Le 5 septembre 2019, Philippe Berry succombe brutalement d’un arrêt cardiaque le 5 septembre 2019 à l’âge de 63 ans, avant d’être inhumé au cimetière parisien de Pantin. Il laisse derrière lui une œuvre lumineuse et intemporelle, qui continue de transmettre sa vision joyeuse de l’existence aux amateurs d’art du monde entier. En figeant la poésie de l’enfance dans le bronze coloré, il a offert au public un précieux antidote à la mélancolie.
