Comment construisait-on concrètement les monuments de la Rome antique ? Loin des clichés sur les empereurs bâtisseurs, l’historienne Pauline Ducret propose d’analyser le quotidien des chantiers de construction sous l’angle économique et social. En se penchant sur la vie des ouvriers et la provenance des pierres, elle renouvelle notre regard sur l’Antiquité romaine.
Aujourd’hui, cette chercheuse dynamique partage son temps entre les vestiges archéologiques et l’analyse de notre culture populaire. De l’étude des briques antiques aux bandes dessinées d’Astérix, son travail éclaire la manière dont le passé continue de faire écho à notre présent.
De l’École normale supérieure aux chantiers de la Rome antique
Le parcours académique de Pauline Ducret témoigne d’une solide formation littéraire et historique. Après des classes préparatoires au Lycée du Parc à Lyon, elle intègre l’École normale supérieure de Paris en 2009 dans la section des lettres classiques. Elle obtient ensuite l’agrégation d’histoire et le CAPES de lettres classiques en 2014, confirmant ainsi sa double compétence dans l’étude des textes anciens et de l’histoire.
Sa passion pour l’histoire romaine se concrétise lors de sa thèse de doctorat, soutenue à la fin de l’année 2022. Sous la direction de Catherine Saliou et Stefano Camporeale, elle étudie la dynamique du chantier de construction à Rome et dans le Latium. Cette recherche doctorale lui permet d’explorer les aspects techniques et organisationnels d’une Rome en pleine expansion.
Une méthode originale : l’archéologie du bâti et l’histoire économique
Pour comprendre la vie des anciens Romains, Pauline Ducret ne se contente pas de traduire des textes littéraires. Elle croise en effet les sources écrites, juridiques et épigraphiques avec les vestiges matériels découverts sur le terrain. Cette approche pluridisciplinaire permet d’appréhender le chantier de construction comme un processus social en constante évolution.
Ainsi, ses recherches s’intéressent particulièrement à la diversité des acteurs du bâtiment. Des maîtres d’ouvrage aux simples manœuvres, en passant par les architectes et les artisans spécialisés, elle reconstitue la vie économique de la cité. Ce travail s’incarne notamment dans son projet post-doctoral baptisé Vrbs lapidaria, qui explore spécifiquement le marché de la pierre de construction du VIe siècle avant notre ère au Ier siècle de notre ère.
L’enseignement et la recherche entre Bruxelles, Rome et la Réunion
La carrière de l’historienne se déploie à l’échelle internationale à travers diverses affiliations prestigieuses. Nommée professeure de second degré affectée dans le supérieur à l’Université de la Réunion en 2019, elle y dirige le département d’histoire. Cependant, ses activités de recherche l’amènent rapidement vers de nouveaux horizons européens.
Actuellement, elle exerce comme professeure à l’Université libre de Bruxelles tout en étant membre scientifique de l’École française de Rome pour la période allant de 2023 à 2026. Ces fonctions lui offrent un cadre idéal pour poursuivre ses travaux au plus près des sources italiennes. Elle est également rattachée à des laboratoires d’excellence comme Archéologies et Sciences de l’Antiquité à Nanterre.
Décoder la culture populaire : d’Astérix au Puy du Fou
Au-delà de ses recherches académiques sur l’Antiquité romaine, Pauline Ducret s’intéresse vivement à la réception de l’histoire dans notre société contemporaine. Elle analyse comment le cinéma, les jeux de société, les mangas et la bande dessinée réutilisent le passé. Ses interventions publiques décortiquent par exemple la célèbre bande dessinée Astérix, démontrant qu’elle utilise l’anachronisme pour caricaturer la France et l’Europe moderne plutôt que de décrire fidèlement l’Antiquité.
Cette volonté de vulgarisation et de rigueur historique l’a également conduite à co-écrire des ouvrages marquants. En 2018, elle participe à un livre collectif consacré à l’art de Jacques Martin, le créateur de la bande dessinée Alix. Plus récemment, elle publie une enquête critique très remarquée intitulée Le Puy du Faux, qui analyse les approximations historiques du célèbre parc d’attractions vendéen.
Vers une histoire publique accessible et rigoureuse
Les travaux de Pauline Ducret s’inscrivent dans une démarche d’histoire publique essentielle à l’heure des fausses informations. En montrant les coulisses de la construction romaine ou en analysant les représentations modernes du passé, elle rappelle que l’histoire est une science en mouvement. Ses futures publications, notamment ses articles sur les contrats de construction antiques ou sur la figure de Brutus, continueront d’enrichir notre compréhension du monde romain.






