Dans le paysage du rap français contemporain, peu d’artistes choisissent délibérément la marge pour exprimer leur créativité. Pourtant, le rappeur 404Billy s’est imposé comme une voix singulière en refusant les codes du succès commercial facile. Depuis ses premiers pas dans le Val-d’Oise, cet interprète trace une route solitaire guidée par une exigence technique et un refus des compromis.
Des racines val-d’oisiennes à la construction du personnage 404Billy
L’enfance entre Villiers-le-Bel et la Normandie
Benjamin Saunier voit le jour le 11 janvier 1995 à Villiers-le-Bel, dans le Val-d’Oise. Issu d’un métissage antillais, avec un père guadeloupéen et une mère martiniquaise, il passe une partie de sa jeunesse au Havre. C’est dans les quartiers de Caucriauville et de Bléville qu’il forge ses premiers souvenirs. Très tôt, son père lui transmet sa passion pour le rap. À seulement 11 ans, le jeune garçon commence déjà à rédiger ses propres histoires, posant les bases de sa future vocation.
De Benjamin Saunier au pseudonyme 404Billy
C’est à l’âge de 17 ans que l’artiste 404Billy choisit son pseudonyme, s’identifiant directement au célèbre hors-la-loi américain. Plus tard, il y accole le préfixe « 404 », clin d’œil à l’erreur informatique et à un ancien collectif dont il faisait partie, afin de se démarquer sur Internet. Parallèlement, sa vie personnelle s’accélère puisqu’il devient père pour la première fois à 16 ans. Ses influences musicales se précisent alors. Il écoute la plume sombre de Casey, le réalisme de Despo Rutti ou encore les classiques de Booba.
L’évolution d’une discographie sombre et technique
Les débuts chaotiques de 404Billy à sa rencontre décisive avec Damso
Le parcours musical de l’artiste débute véritablement vers 16 ans, d’abord de manière expérimentale. Sa rencontre avec le rappeur Siboy s’avère déterminante, ce dernier produisant son premier morceau officiel, Mourir. Cependant, le musicien 404Billy qualifie aujourd’hui ces premiers pas de chaotiques. En 2017, la donne change grâce au titre Le Kid Est Mort et à sa série de freestyles intitulée Error, qui captent l’attention du public et reçoivent le soutien de Vald.
L’année suivante, il publie son premier EP, Hostile. Ce projet de dix titres lui ouvre les portes d’une exposition plus large. Séduit par son univers brut, l’artiste belge Damso lui propose d’assurer les premières parties de sa tournée. Ensemble, ils enregistrent le morceau RVRE. Ce titre rencontre un franc succès et devient le premier clip de l’interprète de 404 à dépasser le million de vues sur les plateformes.
Les projets majeurs d’un parcours sans compromis
Son parcours est jalonné de sorties régulières qui marquent son évolution artistique :
- Hostile (EP, 2018) : le premier projet qui le révèle au grand public.
- Process (Album, 2019) : un opus comprenant une collaboration remarquée avec Damso.
- Supernova (Album, 2019) : un disque sombre avec PLK en unique invité.
- 100 (Mixtape, 2021) : une compilation faisant suite à sa série de freestyles.
- BLKKKK VAN GOGH (Trilogie d’EPs, 2022-2023) : un retour aux sources du boom-bap.
- SAMO. (Album, 2025) : un manifeste underground inspiré par l’art de Basquiat.
Le projet SAMO et les récents chapitres de 404Billy en 2026
En janvier 2025, le musicien 404Billy franchit une nouvelle étape avec la sortie de l’album SAMO.. Ce titre fait écho à une expression familière anglophone traduisant une certaine lassitude, mais il rend également hommage au célèbre tag de graffiti utilisé par Jean-Michel Basquiat à la fin des années 1970. Conçu comme un manifeste underground, l’album cache un acrostiche astucieux, « U.N.D.E.R.G.R.O.U.N.D K.I.N.G », formé par les initiales de ses pistes. Plus récemment, au début du mois de juin 2026, il a poursuivi sur cette lancée en dévoilant le single CNN en collaboration avec Osirus Jack, suivi de l’EP intitulé UNDERDOG..
Une posture de contreculture : indépendance et confrontations
Le choix de l’autonomie et le rejet de l’industrie
Pour préserver sa liberté de création, l’artiste choisit de rompre son contrat avec son ancien label afin de fonder sa propre structure indépendante, Kidvillain Records, en 2023. Ce choix entrepreneurial fort lui permet de s’affranchir des exigences des maisons de disques majeures. Il affiche dès lors un positionnement de contreculture assumé, boudant les médias traditionnels et revendiquant une totale indépendance artistique. Pour lui, la musique doit rester un art brut, loin des stratégies marketing standardisées.
Des prises de position controversées sur les réseaux sociaux
Cette liberté de ton s’accompagne parfois de vives polémiques. En 2022, ses textes font l’objet de critiques concernant des positions jugées réactionnaires, notamment sur le rôle de l’école publique. Deux ans plus tard, l’artiste 404Billy suscite une importante controverse suite à des déclarations publiées sur le réseau social X. Il y affirme son refus de voir le rap s’ouvrir à la culture queer et LGBT, provoquant l’indignation de plusieurs observateurs et médias spécialisés. Ces propos clivants renforcent son image de rappeur provocateur, imperméable au politiquement correct.
Un duel de rimes mémorable contre Benjamin Epps
L’un des épisodes les plus marquants de sa carrière récente reste son clash avec le rappeur Benjamin Epps. Après une collaboration initiale en 2021, les relations professionnelles se dégradent rapidement en raison de différends financiers et de désaccords sur scène. En 2023, la discorde devient publique lorsque Billy lance les premières hostilités dans le morceau Title Shot. L’affrontement culmine au début de l’année 2024 par l’échange de plusieurs attaques directes, appelées « disstracks ».
En réponse à un morceau particulièrement virulent de son adversaire, le rappeur 404Billy réplique immédiatement avec le titre Pinocchio Epembia. Les amateurs de hip-hop saluent largement cette réponse technique et incisive. Le public et les observateurs s’accordent d’ailleurs à lui attribuer la victoire de ce duel artistique. Sur YouTube, le morceau rencontre une audience remarquable, cumulant des centaines de milliers d’écoutes en l’espace de quelques mois.
En traçant son propre chemin loin des sentiers battus de l’industrie musicale, 404Billy continue d’incarner une vision intransigeante du rap français. Alors qu’il multiplie les projets en toute autonomie, sa fidélité à un style brut et sans concession confirme que l’underground conserve toute sa force de frappe. Son parcours démontre que l’indépendance reste une voie exigeante mais durable pour les artistes qui refusent de lisser leur discours.
