D'Gey en portrait sur fond abstrait coloré

Le destin de D’Gey : des projecteurs des boys bands à la liberté nomade

Au milieu des années quatre-vingt-dix, la France succombe à la folie des boys bands, un tourbillon médiatique qui propulse de très jeunes artistes sous les projecteurs. Parmi ces visages marquants, le chanteur D’Gey connaît une gloire fulgurante avant de choisir la voie de l’émancipation artistique. Ce parcours tumultueux, oscillant entre l’adoration des foules et une quête de vérité, illustre la difficulté de se reconstruire après une célébrité précoce.

Après avoir fui les exigences d’une industrie formatée, l’ancien adolescent adulé s’est réinventé loin des plateaux de télévision. En effet, sa trajectoire l’a mené de la chanson à la peinture, en passant par le voyage et l’affirmation de soi. Aujourd’hui, son histoire offre un regard sans concession sur les coulisses du show-business de l’époque.

Les origines D’Gey d’une enfance voyageuse

Né sous le nom de Gérald Jean-Laurent le 9 juillet 1979 à Évreux, le futur artiste grandit dans un univers multiculturel. Fils d’un père créole et d’une mère franco-italienne, ce garçon solitaire s’installe avec sa famille à Saint-Paul, aux Antilles, à l’âge de quatre ans. C’est là qu’il s’initie à la musique en prenant ses premiers cours de piano.

En 1990, sa famille revient en France métropolitaine. Très vite, son physique avantageux lui ouvre les portes du mannequinat. Selon certaines sources, il débute à l’âge de onze ans au sein de l’agence rouennaise « Top Crescendo ». D’autres rapports évoquent plutôt un départ à quinze ans. Quoi qu’il en soit, cette première expérience le familiarise avec l’objectif, avant que le destin ne bascule en 1996 lorsqu’il abandonne ses études pour la musique.

L’ouragan G-Squad et le succès de l’« Escadron du Groove »

À la fin de l’été 1996, le paysage musical français s’apprête à changer avec la création du premier boys band national, baptisé G-Squad. Ce nom, inspiré de l’expression « Escadron du Groove », réunit cinq jeunes hommes : Chris, Marlon, Mika, Andrew et Gérald. Ensemble, ils s’imposent immédiatement comme les idoles d’une génération.

Le succès commercial s’avère colossal. Leur premier single, Raide dingue de toi, se vend à 200 000 exemplaires, tandis que le titre suivant, Aucune fille au monde, atteint les 280 000 ventes. Leur premier album éponyme rencontre également un immense succès public, avec des ventes estimées à plus de 200 000 disques selon plusieurs sources, voire 300 000 selon d’autres estimations. En tant que favori des fans, le jeune Gérald voyage alors de Paris à Séoul pour assurer des représentations mémorables.

La rupture nécessaire et la crise identitaire de D’Gey

Cependant, cette vie de paillettes cache une réalité étouffante pour les membres du groupe. Gérald dénonce plus tard l’attitude de ses producteurs et managers, qu’il qualifie de vendeurs de rêves exploitant des adolescents crédules. La pression est d’autant plus forte qu’on lui interdit formellement de révéler son homosexualité, ce qui provoque chez lui une profonde crise identitaire.

Par conséquent, après seulement une année d’activité intense, Gérald et Andrew décident de quitter le navire. Ils refusent ainsi de participer à l’enregistrement du second album du groupe. G-Squad continue brièvement son chemin à trois avant de se dissoudre définitivement en 1998. Pour le jeune chanteur, commence alors une longue transition.

Les années solo et la confrontation avec le rejet médiatique

Désireux de s’exprimer par ses propres moyens, le musicien tente de lancer sa carrière en solo sous le pseudonyme de D’Gey. En 1998, il publie le single Chaque jour, qui obtient un succès d’estime encourageant avec 80 000 exemplaires vendus. Pourtant, la suite de son parcours se heurte à un obstacle de taille : le rejet systématique des anciens membres de boys bands par les médias nationaux.

En janvier 1999, son titre rock J’ai dû apprendre subit ainsi un échec commercial malgré ses qualités d’écriture. Quelques années plus tard, en 2002, il propose l’album C mon seul espoir en collaboration avec Stéphane Mondino, un projet plus intime vendu à Paris. Malgré des singles plus tardifs comme New kind of love ou le titre engagé I’m your man en 2005, la musique ne lui permet plus de s’épanouir pleinement.

La reconstruction par l’art et le voyage

Face à ces désillusions, D’Gey choisit de s’éloigner définitivement du show-business pour se reconstruire. Il trouve d’abord un véritable salut dans la peinture, une discipline qu’il décrit comme une passion exigeante. Pour nourrir son inspiration, il s’intéresse de près à la création régionale et commence à voyager à travers le monde.

Ce besoin de liberté le conduit à s’installer pendant dix ans aux États-Unis, notamment en Californie où il expose ses œuvres. Durant ses pérégrinations, il s’imprègne de l’artisanat local et de la production du terroir des pays qu’il traverse, vivant successivement au Mexique, en République Dominicaine et en Amérique Centrale. Pour parfaire son éducation artistique, il étudie également le savoir-faire traditionnel de chaque région. Aujourd’hui, il partage cette vie nomade aux côtés de son époux, le vidéaste Will Burnett, qui documente leurs aventures sur Internet.

L’exploration visuelle et le retour aux sources

Parallèlement à sa peinture, D’Gey explore d’autres voies créatives et médiatiques. En 2004, il fait publiquement son coming-out, se libérant enfin des secrets imposés par son ancienne carrière. Quelques années plus tard, il collabore avec le photographe Christopher Baumas pour publier l’ouvrage Secret, un recueil de plus de 150 clichés de nu artistique où il pose en couverture afin d’exprimer son lien fusionnel avec la nature.

Il fait aussi quelques incursions à la télévision comme chroniqueur sur Pink TV et participe au film Black Out en 2008. Bien qu’il ait évoqué un possible retour en France lors d’un passage remarqué dans l’émission Télématin en septembre 2024, l’ancien chanteur privilégie désormais la sérénité de son quotidien nomade.

En définitive, le parcours singulier de D’Gey démontre qu’il est possible de se libérer des carcans de la célébrité éphémère pour réinventer sa vie selon ses propres règles. Son cheminement artistique et personnel reste une belle leçon de résilience pour tous ceux qui cherchent à s’accomplir en toute authenticité.


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