Portrait de David Lisnard avec la ville de Cannes en arrière-plan

David Lisnard : le parcours du maire de Cannes et son ambition pour 2027

À l’approche de la prochaine échéance présidentielle, les grandes manœuvres s’accélèrent au sein de la droite française. Parmi les figures émergentes qui bousculent le paysage politique national, David Lisnard trace sa route avec une méthode singulière, alliant gestion locale rigoureuse et positionnement idéologique tranché.

Celui qui préside aux destinées de la Côte d’Azur et des communes de France tente aujourd’hui d’imposer une alternative libérale-conservatrice. Entre un ancrage territorial indéboulonnable et une ambition élyséenne désormais assumée, son parcours interroge autant qu’il séduit les observateurs de la vie politique.

Des racines cannoises au goût de l’effort

L’histoire d’amour entre l’édile cannois et sa ville ne date pas d’hier. En effet, il est issu d’une très ancienne famille cannoise dont les racines locales remontent au XVe siècle, composée de pêcheurs, de commerçants et d’entrepreneurs locaux. Son arrière-grand-père, Léon Lisnard, a d’ailleurs construit le marché Forville en 1934, un lieu emblématique du cœur historique de la cité.

Plus tard, ses grands-parents Suzanne et Raymond sont devenus les gérants de l’hôtel deux étoiles Le Soleil d’Azur. C’est pourtant à Limoges que le futur maire voit le jour le 2 février 1969, son père Denis, footballeur professionnel, ayant temporairement déménagé pour des raisons sportives avant de revenir s’installer sur la Côte d’Azur.

Malgré ce cadre de vie privilégié, l’éducation de David Lisnard se fait sous le signe de l’effort et de l’autonomie financière. Dès l’âge de 16 ans, il enchaîne les emplois étudiants pour financer ses études, travaillant comme serveur, pompiste ou encore rédacteur d’articles. Brillant élève, il est finalement diplômé de l’Institut d’études politiques de Bordeaux en 1992.

Parallèlement à ses obligations académiques, il développe une hygiène de vie rigoureuse. Grand sportif, il pratique la course à pied, notamment les marathons, mais aussi la boxe et la natation, tout en cultivant une passion profonde pour l’écriture et la musique.

L’ascension méthodique du premier magistrat de Cannes

La trajectoire de David Lisnard dans l’arène politique s’accélère au milieu des années 1990. En 1996, il est recruté par Jacques Pélissard, alors député-maire de Lons-le-Saunier, pour devenir son directeur de cabinet et son attaché parlementaire. Cette première expérience lui permet de comprendre les rouages du pouvoir législatif.

De retour à Cannes en 1999, il reprend la gérance du commerce familial et s’engage activement dans la politique locale. Il devient le directeur de campagne de Bernard Brochand pour les municipales de 2001. Après la victoire, il est nommé adjoint au maire et prend la présidence du Palais des Festivals et des Congrès.

Son action locale se caractérise rapidement par une recherche constante d’efficacité. En tant que président du SICASIL, le syndicat de l’eau potable, il parvient à faire progresser le rendement du réseau de 69 % à 85 %, économisant ainsi des millions de mètres cubes d’eau. Fort de ces succès, il succède naturellement à Bernard Brochand en 2014.

Depuis, son assise électorale n’a cessé de se renforcer au fil des scrutins. Il est réélu triomphalement dès le premier tour en 2020 avec 88,08 % des voix, puis réitère cette performance historique en 2026 en l’emportant à nouveau au premier tour.

La conquête de l’AMF et l’élan national de Nouvelle Énergie

Au-delà de ses frontières communales, le maire de Cannes acquiert une stature nationale d’envergure. En novembre 2021, il franchit un cap décisif en se faisant élire président de l’Association des Maires de France (AMF), succédant à François Baroin après un vote largement majoritaire face à son concurrent direct.

Pour porter la voix de David Lisnard au niveau national, son mouvement local créé en 2013, Nouvelle Énergie, se déploie à l’échelle du pays en 2021. Ce parti commence à peser lors des échéances électorales, allant jusqu’à investir des candidats lors des législatives anticipées de 2024 et des sénatoriales.

Se sentant de plus en plus à l’étroit au sein de sa famille politique d’origine, il choisit de clarifier sa situation. Le 31 mars 2026, il fait une annonce officiellement sur France 2 pour indiquer qu’il quitte définitivement le parti Les Républicains, dénonçant la dérive étatiste et le manque d’audace réformatrice de sa direction.

Dans la foulée de cette rupture de ban, sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 est déclarée officiellement le 31 mars 2026. Il plaide désormais activement pour l’organisation d’une primaire de la droite et du centre la plus ouverte possible afin de désigner un leader unique capable de l’emporter.

Une doctrine libérale-conservatrice mise en pratique

La méthode de David Lisnard repose sur une doctrine claire : le libéral-conservatisme. Sur le plan financier, il applique à Cannes une politique d’austérité de gestion qui lui permet de désendetter massivement la ville. Ainsi, il hérite d’une situation complexe en 2014 et ramène à 2 606 euros la dette par habitant en quelques années, tout en investissant massivement dans l’enseignement supérieur.

Sur le plan idéologique, le président de l’AMF combat ce qu’il nomme le « social-étatisme ». Il prône un passage rapide de l’État-providence à un État-performance, recentré sur ses fonctions régaliennes. Ses propositions économiques incluent une baisse massive des impôts de production, un choc de dérégulation et l’introduction d’une part de capitalisation pour les retraites.

Ses positions sociétales sont quant à elles résolument conservatrices et fermes. Il s’est illustré en prenant un arrêté anti-burkini en 2016 sur les plages cannoises, et refuse catégoriquement les repas confessionnels dans les cantines scolaires. Concernant l’immigration, il réclame des mesures drastiques pour réduire drastiquement les flux d’entrées annuels.

Enfin, il s’intéresse de près aux technologies du futur pour garantir la souveraineté nationale. En collaboration avec des experts, il propose d’investir des milliards d’euros pour créer un laboratoire d’IA souverain en France, tout en maintenant une position géopolitique ferme, notamment pour sécuriser ses approvisionnements pétroliers au Proche-Orient.

Entre pragmatisme, crises et paradoxes

Malgré un bilan salué par ses partisans, le parcours de l’élu cannois n’échappe pas aux critiques. Lors de la crise sanitaire du Covid-19, si sa réactivité a été saluée à travers la distribution rapide de masques, les détracteurs de David Lisnard pointent du doigt des dérives jugées autoritaires, notamment l’usage de caméras de surveillance pour traquer le non-port du masque.

De plus, certains puristes du libéralisme voient une contradiction majeure dans son positionnement économique. En effet, alors qu’il fustige les subventions publiques, il défend ardemment le soutien massif de l’État au cinéma français, une position jugée très opportuniste en raison des intérêts économiques vitaux liés au Festival de Cannes.

Une œuvre écrite pour structurer sa pensée

Pour diffuser ses idées et nourrir le débat public, il a publié plusieurs ouvrages de réflexion politique :

  • Refaire communauté, pour en finir avec l’incivisme (2018), une réflexion sur le civisme au quotidien ;
  • La culture nous sauvera (2021), un plaidoyer pour l’accès aux arts cosigné avec Christophe Tardieu ;
  • Les leçons de Pompidou (2024), une analyse historique de la gouvernance moderne ;
  • Ainsi va la France (2025), un manifeste détaillant sa vision libérale pour le pays.

Alors que la course pour l’Élysée est désormais lancée, l’avenir dira si cette formule combinant rigueur budgétaire et fermeté républicaine saura convaincre les Français au-delà des frontières de la Côte d’Azur.


Publié le

dans

par