Portrait illustrant les différentes facettes de la vie politique et professionnelle de Jean Narquin

Jean Narquin : itinéraire d’un député de terrain et figure du gaullisme social

Pendant deux décennies, la vie politique de l’Anjou a vibré au rythme de ses interventions vigoureuses et de sa proximité avec le terrain. Député sans interruption de 1968 à 1988, Jean Narquin a incarné une sensibilité populaire et sociale du mouvement gaulliste, tout en continuant à exercer son métier de chirurgien-dentiste au cœur d’Angers.

Homme d’action formé dans les maquis puis bâtisseur infatigable des réseaux gaullistes locaux, il a marqué la Ve République par son franc-parler et sa fidélité aux idéaux du général de Gaulle. Figure paternelle et mentor politique de Roselyne Bachelot, il a su conjuguer présence nationale et ancrage provincial profond.

Des maquis du Morvan à l’implantation en terre angevine

Né le 1er avril 1922 à Champvert, dans la Nièvre, au sein d’une famille d’agriculteurs, le futur parlementaire grandit au contact des réalités rurales. Après ses études secondaires au lycée de Nevers, la guerre bouleverse son parcours. Dès ses jeunes années, il choisit l’action clandestine et s’engage activement dans la Résistance au sein des Francs-tireurs et partisans du Morvan.

Cette expérience forge son attachement indéfectible à la souveraineté nationale et à la justice sociale. À la Libération, il s’oriente vers des études de santé à Paris. Brillant étudiant, il sort major de promotion de l’École d’odontologie en 1947. Deux ans plus tôt, en septembre 1945, il s’est uni à Yvette Le Dû, elle-même chirurgien-dentiste, qui restera sa fidèle compagne d’existence.

Après un début d’exercice dans le Cher, le couple choisit de s’installer à Angers en 1956 pour y ouvrir son cabinet. Très vite, Jean Narquin met son énergie au service de ses convictions politiques. Adhérent du Rassemblement du peuple français (RPF) dès 1948, il reste loyal au général de Gaulle durant toute sa traversée du désert.

À l’automne 1958, lors de l’avènement de la nouvelle République, il prend en main les rênes locales du parti. Il devient le premier secrétaire général de la fédération de Maine-et-Loire de l’Union pour la nouvelle République (UNR). Cet organisateur méthodique structure les comités de base, s’impose au comité central du mouvement et devient suppléant lors des élections législatives de novembre 1958.

Vingt ans au Palais-Bourbon : la méthode d’un élu de proximité

L’année 1968 marque un tournant décisif dans sa carrière publique. En juin, le Premier ministre Georges Pompidou le sollicite personnellement pour mener la bataille dans la première circonscription de Maine-et-Loire. L’objectif consiste alors à reprendre le siège d’Edgard Pisani, figure démissionnaire après la crise de mai.

Investi sous la bannière de l’UDR, le candidat angevin l’emporte au second tour avec 52,7 % des voix. Cet éclatant succès inaugure une longue présence parlementaire de vingt années consécutives. En mars 1973, il confirme son assise face au socialiste Jean Monnier avec 56,3 % des suffrages, avant de renouveler cette performance en mars 1978 avec plus de 57 % des voix.

Lors de la vague rose consécutive à l’élection de François Mitterrand en 1981, de nombreux élus de droite vacillent sur l’ensemble du territoire national. Pourtant, l’homme politique Jean Narquin déjoue les pronostics nationaux en obtenant sa réélection dès le premier tour avec 52,6 % des voix face au responsable socialiste départemental. Il mènera enfin son cinquième mandat lors du scrutin proportionnel de mars 1986.

Cette exceptionnelle longévité électorale repose sur une méthode de terrain assumée. Refusant les postures distantes, il privilégie l’échange direct avec ses concitoyens lors de permanences improvisées dans les cafés et commerces de quartier. Pour lui, l’écoute des préoccupations quotidiennes constitue la véritable source de l’inspiration législative.

Les combats d’un gaulliste social et territorial

Au sein de l’Assemblée nationale, le père de Roselyne Bachelot siège principalement à la commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Ses interventions budgétaires traduisent une constante attention portée aux conditions de vie des familles et aux mutations professionnelles.

Dès le début des années 1970, il se mobilise en faveur de l’emploi des femmes. Il milite activement pour l’introduction du temps partiel choisi dans la fonction publique et le développement d’une formation professionnelle adaptée. De même, il relaie sans relâche les revendications du corps infirmier, réclamant une revalorisation des grilles salariales et de meilleurs moyens hospitaliers.

Profondément attaché à sa région d’adoption, il défend le développement économique du Grand Ouest. Élu au conseil régional des Pays-de-la-Loire dès 1973, puis président de cette assemblée en 1977, il combat le désenclavement routier et industriel des territoires. Il dépose d’ailleurs en 1974 une proposition de loi visant à confier aux assemblées régionales le zonage des aides économiques d’État.

Ses prises de position traduisent un gaullisme fidèle aux principes d’indépendance et de progrès partagé. Après le départ du général de Gaulle en 1969, Jean Narquin rejoint le groupe d’action parlementaire « Présence et action du gaullisme » afin de préserver l’orthodoxie des idéaux fondateurs. Dans l’opposition après 1981, il critique vivement les lourdeurs bureaucratiques et dénonce certaines mesures économiques du gouvernement socialiste, sans jamais renier sa fibre sociale.

Transmission de relais et fidélité doctrinale

Au fil des décennies, l’élu prépare activement l’avenir politique local en soutenant l’ascension de sa fille aînée. En juin 1988, après la dissolution de l’Assemblée nationale, il craint un parachutage imposé par les instances parisiennes du RPR. Par une manœuvre tactique soigneusement orchestrée, il maintient sa propre candidature jusqu’aux dernières heures du dépôt légal avant de laisser sa place à Roselyne Bachelot, assurant ainsi une succession locale victorieuse.

L’ancien député du Maine-et-Loire s’amuse alors publiquement de sa nouvelle situation, affirmant avec autodérision être devenu le premier collaborateur de son successeur. Malgré son retrait des compétitions électorales après l’automne 1988, il conserve une influence morale et un rituel d’échange quotidien avec sa fille, devenue ministre au début des années 2000.

Cette proximité familiale n’empêche nullement l’expression de désaccords doctrinaux assumés au grand jour. Fervent partisan de la souveraineté monétaire, il combat le traité de Maastricht en créant un comité angevin pour la défense du franc. Plus tard, bien qu’opposé au projet de loi créant le PACS, il soutient avec fierté le courage de sa fille lorsqu’elle défend ce texte devant une droite parlementaire hostile.

En juillet 2002, il reçoit les insignes d’officier de la Légion d’honneur des mains de sa propre fille, consécration républicaine d’une vie consacrée au service public. Jean Narquin s’éteint le 11 juin 2003 au centre hospitalier d’Angers à l’âge de 81 ans, laissant le souvenir d’un praticien dévoué et d’un parlementaire sincère, attaché jusqu’au bout à la grandeur de son pays.


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