Louis Derungs est assis à son bureau devant une baie vitrée avec vue sur une ville moderne

Le destin foudroyé de Louis Derungs : de l’arc de 15 000 volts à la conquête des neurosciences

Comment un jeune homme de dix-neuf ans peut-il se reconstruire après avoir traversé l’enfer d’une décharge électrique de 15 000 volts ? L’histoire de Louis Derungs ne s’inscrit pas dans la simple résilience passive, mais incarne une métamorphose profonde où le handicap devient paradoxalement un nouveau vecteur de liberté.

En refusant de subir son destin, ce jeune chercheur et conférencier suisse a transformé un drame absolu en un laboratoire d’innovations scientifiques, psychologiques et sportives. Son parcours fascinant redéfinit les limites de la volonté humaine face aux traumatismes les plus extrêmes.

L’accident du 12 octobre 2013 : le jour où tout a basculé

Le destin de Louis Derungs bascule tragiquement le 12 octobre 2013 à Morges, en Suisse. Alors qu’il rentre à pied d’une soirée étudiante sous une pluie battante, le jeune homme de 19 ans longe une voie ferrée. C’est à ce moment qu’un arc électrique de 15 000 volts se forme par conduction à cause de la forte humidité. Le courant traverse son corps, entrant par le cou et ressortant par ses pieds. L’intéressé a toujours formellement exclu toute tentative de suicide : il s’agit d’un accident tragique et inexpliqué.

Le bilan médical initial s’avère catastrophique. Son cœur subit un arrêt prolongé, imposant la pose temporaire d’un stimulateur cardiaque, tandis que ses reins et son foie sont gravement touchés. Ses brûlures extrêmes couvrent plus de 50 % de sa surface corporelle, laissant ses os et ses côtes visibles à certains endroits. Les sources médicales divergent toutefois légèrement sur ce point, certaines évoquant un taux de brûlures de 45 %.

Hospitalisé en urgence absolue au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne, il est plongé dans un coma artificiel. Là encore, les témoignages divergent : certaines sources parlent de quelques jours de coma, quand d’autres font état de six semaines de sommeil forcé. Pour endiguer des infections incurables et d’importantes hémorragies, les chirurgiens doivent se résoudre à l’amputer des deux bras, juste sous l’épaule. Après de multiples greffes de peau prélevée sur ses jambes pour reconstruire son torse, Louis Derungs ne pèse plus que 42 kilos.

Une rééducation hors norme guidée par l’auto-hypnose

Malgré des pronostics médicaux extrêmement sombres, l’étudiant refuse la fatalité. Transféré à la Clinique romande de réadaptation de la SUVA à Sion, il contredit les spécialistes qui l’imaginaient condamné au fauteuil roulant. Grâce à une détermination sans faille, il parvient à marcher à nouveau de manière autonome dès le mois d’avril 2014.

Pour surmonter les douleurs intolérables que la morphine ne parvient plus à calmer, l’artiste de sa propre reconstruction se tourne vers l’auto-hypnose et la méditation. Il s’entraîne par exemple à transformer mentalement le bruit incessant des pompes médicales en un doux clapotis de vagues.

Refusant d’utiliser des prothèses en raison d’un moignon musculaire trop court, il élabore sa propre méthode d’autonomie appelée « Nine ». Il conçoit des outils sur mesure pour son quotidien à Morges, comme une coque en carbone fixée à ses moignons pour y visser des ustensiles de cuisine. Afin de préserver son indépendance, il préfère recruter directement son aide à domicile plutôt que de dépendre d’auxiliaires changeants.

De la finance aux neurosciences : un parcours académique brillant

Avant son drame, le jeune homme à l’intelligence vive étudiait les mathématiques à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) pour devenir ingénieur financier. Ce profil cognitif de surdoué, doté d’un quotient intellectuel supérieur à 135, va grandement l’aider à réorienter sa vie.

Dès septembre 2016, il entame des études de psychologie à l’Université de Lausanne (UNIL). Curieux et infatigable, il accumule les compétences et obtient des diplômes en développement pharmaceutique, en informatique, en intelligence artificielle, en hypnothérapie et en psychologie positive. Il couronne ce parcours académique en devenant le plus jeune diplômé de l’histoire de l’IMD Business School de Lausanne, où il décroche un Executive MBA.

Ses connaissances théoriques se traduisent rapidement par des projets entrepreneuriaux concrets :

  • Le projet E-PNO (2015) : un protocole pilote basé sur l’autohypnose pour la gestion de la douleur.
  • Une start-up dédiée à la santé mentale : une solution digitale pour soulager les douleurs chroniques, rachetée par un groupe de neurotechnologie dont il devient le directeur médico-économique.
  • Interventions chirurgicales : sa maîtrise lui permet d’accompagner des patients en bloc opératoire afin de remplacer l’anesthésie générale par l’hypnose.

Des défis sportifs extrêmes et une voix médiatique forte

Pour éprouver sa nouvelle enveloppe corporelle, l’athlète se lance dans des défis physiques hors du commun. En août 2015, il réalise la traversée de l’Oregon à vélo le long de la côte Ouest américaine. Il s’aligne également au départ du mythique Marathon des Sables dans le désert marocain, s’essaye au saut à l’élastique, pratique le ski de fond sur la Transjurassienne et s’adonne au trail de crête en solitaire.

Cette force de vie, Louis Derungs la partage à travers l’écriture et les médias. En 2016, il publie son premier témoignage, 15 000 volts, rédigé grâce à un logiciel de dictée vocale. À la fin de l’année 2025, il propose une version enrichie intitulée 15 000 volts – 10 ans après, éditée chez Favre et préfacée par l’animateur Frédéric Lopez. Bien que des divergences subsistent sur sa date exacte de sortie (fin novembre ou début décembre 2025), l’ouvrage rencontre un large écho.

Cette collaboration avec Frédéric Lopez se prolonge sur les écrans. Invité de l’émission Un dimanche à la campagne, le jeune père de famille inspire également le téléfilm Après la fin, prévu sur France 2 pour le début de l’année 2026, dans lequel il joue son propre rôle.

Aujourd’hui conférencier professionnel et coach, il accompagne les entreprises et les particuliers à travers sa communauté Oneful. Son incroyable parcours montre que la reconstruction ne consiste pas à réparer le passé, mais à inventer un avenir inédit.


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