Face à une défiance démocratique grandissante, l’intérêt général ne peut plus reposer uniquement sur les épaules de l’État. Dans ce contexte de crise civique, Elsa Da Costa s’impose comme une voix majeure de l’innovation sociale en France. Loin des postures théoriques, cette ancienne dirigeante devenue journaliste et directrice d’ONG propose de réformer en profondeur notre modèle de citoyenneté. Son ambition est claire : replacer le pouvoir d’agir au cœur du quotidien de chacun, en commençant par les plus jeunes.
Pour y parvenir, elle mise sur des alliances inédites entre les secteurs public, privé et associatif. Son parcours singulier, marqué par des ruptures audacieuses, illustre ce désir constant de jeter des ponts entre des mondes qui s’ignorent trop souvent.
Des blessures de l’enfance au marketing : la vocation singulière d’Elsa Da Costa
L’éveil d’une conscience face au drame d’Omayra
Née à Paris le 9 mai 1976, Elsa Da Costa grandit dans un foyer marqué par l’exil et le dévouement. Son père a fui la dictature de Salazar au Portugal, tandis que sa mère a quitté le Maroc lors du renversement du protectorat français avant de s’illustrer comme pionnière des soins palliatifs en France. Cet héritage familial forge très tôt sa sensibilité aux injustices et à la douleur d’autrui.
Cependant, c’est un choc médiatique qui va sceller sa vision du monde. En 1985, alors qu’elle n’a que neuf ans, elle assiste impuissante à la télévision au calvaire d’Omayra Sanchez, cette jeune Colombienne bloquée dans la boue après une éruption volcanique. Cette tragédie suscite chez elle une profonde révolte contre l’impuissance collective. Elle y trouve également les racines de son futur combat pour l’éducation aux médias.
Les années business et le déclic de la dissonance cognitive
Après des études de marketing et d’entrepreneuriat à l’EM Lyon, elle entame une brillante carrière dans le secteur du numérique. Durant plus de dix ans, elle occupe des postes de cadre dirigeante au sein de grands groupes comme AOL, Ubisoft ou Yves Saint Laurent Couture. Pourtant, sous le vernis de la réussite matérielle, un malaise s’installe progressivement. Elle ressent une forte dissonance cognitive face au manque d’engagement sociétal de ces structures marchandes.
En 2011, à l’occasion de son troisième congé maternité, elle décide de bousculer les codes en créant sa propre start-up. Elle lance un site d’avis de consommateurs certifié AFNOR dans le domaine de la puériculture. Ce projet entrepreneurial, qui vise à redonner du pouvoir aux familles face aux discours publicitaires, connaît un franc succès avant d’être finalement intégré au Groupe TF1.
Le tournant du journalisme dans le parcours d’Elsa Da Costa et l’éveil d’une jeunesse engagée
Décoder la société par l’image et l’enquête
L’année 2015 marque un tournant décisif dans son existence. Bouleversée par les attentats contre Charlie Hebdo, Elsa Da Costa ressent le besoin impérieux de comprendre les fractures républicaines qui traversent le pays. Elle choisit alors de vendre son entreprise et de reprendre ses études pour obtenir un Master en journalisme à l’ESJ Paris à l’âge de 40 ans.
Elle entame alors une intense période d’activité médiatique. Chroniqueuse pour l’émission Les Maternelles sur France 5, elle intervient aussi sur LCI durant la campagne présidentielle de 2017, tout en créant un site comparateur de programmes politiques. Soucieuse d’échapper aux formats rigides des rédactions classiques, elle fonde en 2018 sa propre société de production, Clarté Production, pour donner corps à ses convictions à travers le format documentaire.
Le Lobby de Poissy : quand les enfants bousculent l’Europe
Son travail audiovisuel se concentre rapidement sur la capacité d’action des plus jeunes. À travers son film Le Lobby de Poissy, elle suit l’aventure d’enfants déterminés à agir pour la planète. Ce documentaire, récompensé au festival des Green Awards de Deauville, démontre que la conscience écologique n’attend pas le nombre des années.
Cette expérience débouche sur une initiative d’envergure européenne. En 2019, l’entrepreneure coordonne la rédaction d’un texte rédigé par plus de trois cents enfants issus de dix pays différents. Ce document, contenant dix-sept propositions concrètes contre la pollution et pour la biodiversité, est remis en main propre à Ursula von der Leyen au Parlement européen. Elle tirera de cette épopée un livre inspirant publié aux Éditions du Seuil en 2020.
À la tête d’Ashoka France : la méthode d’Elsa Da Costa pour structurer le changement
La mission d’Elsa Da Costa pour accompagner les pionniers de l’innovation sociale
Forte de ces expériences hybrides, elle prend la direction générale d’Ashoka France en février 2021. Cette organisation non gouvernementale internationale se donne pour mission de détecter et de propulser les entrepreneurs sociaux dont les projets apportent des solutions systémiques aux grands défis de notre époque.
Sous sa direction, l’antenne française d’Ashoka renforce son impact. En s’appuyant sur un réseau solide de mentors et de partenaires financiers, l’ONG accompagne aujourd’hui quatre-vingt-six entrepreneurs sociaux sur le territoire national. Pour la directrice, ces acteurs de terrain incarnent un pragmatisme de la fraternité indispensable pour réparer le tissu social.
Défendre l’économie sociale face aux menaces budgétaires
La tâche est pourtant rude dans un contexte économique incertain. La directrice s’inquiète régulièrement des coupes budgétaires qui pèsent sur l’économie sociale et solidaire, un secteur qui représente pourtant près de 15 % de l’emploi privé en France. Selon elle, le financement de l’intérêt général doit être profondément repensé pour ne plus dépendre uniquement des subventions publiques.
Elle multiplie ainsi les prises de parole pour sensibiliser les décideurs économiques. Dans ses tribunes, elle plaide pour que l’innovation sociale soit reconnue comme un moteur de développement à part entière, capable de concilier efficacité économique et utilité collective.
Le manifeste pour un engagement « JUSTE » au quotidien
Des propositions concrètes pour réformer le bénévolat et l’éducation
En janvier 2026, Elsa Da Costa a publié un essai marquant intitulé À nos cœurs vaillants dans la collection « L’Engagée » chez Calmann-Lévy. Dans cet ouvrage, elle formule vingt-huit propositions concrètes structurées autour de l’acronyme J.U.S.T.E. pour ancrer l’engagement au cœur des institutions :
- Jalonner (par la loi) : Faciliter le mécénat avec une Loi Coluche 2 pour sécuriser financièrement les associations grâce à des dons pluriannuels sur trois ans.
- Unir (les modèles économiques) : Développer des outils comme les comptes personnels d’engagement ou le sociétoscore pour évaluer la philanthropie des entreprises.
- Sensibiliser (par l’éducation) : Aménager le temps scolaire des élèves engagés et soutenir financièrement les jeunes diplômés travaillant dans l’intérêt général.
- Transmettre (par les récits) : Étendre le statut de société à mission aux entreprises de presse pour favoriser l’éducation aux médias.
- Émanciper (par la technologie).
Parmi ses mesures phares, elle suggère également de créer des trimestres de retraite associatifs afin de valoriser les années de bénévolat de long terme, sur le modèle des trimestres accordés pour la maternité.
Nuances et débats autour d’une vision globale
Si la démarche d’Elsa Da Costa suscite un large consensus autour de sa capacité à faire dialoguer différents mondes, certaines nuances techniques apparaissent dans les sources. Par exemple, des divergences subsistent concernant l’histoire d’Ashoka, dont la création mondiale est datée tantôt de 1980, tantôt de 1981, tandis que son réseau est estimé à 93 ou 97 pays selon les documents. De même, la pagination de son dernier essai varie de 200 à 300 pages selon les fiches bibliographiques.
Ces détails n’enlèvent rien à la cohérence de sa démarche. En siégeant au conseil de surveillance de Ouest-France ou au sein des États généraux de l’information, elle continue de défendre une vision où l’éducation aux médias et l’engagement citoyen marchent main dans la main.
L’itinéraire d’Elsa Da Costa montre que l’engagement n’est pas une simple posture morale, mais un apprentissage continu qui s’exerce à chaque étape de la vie. En outillant la jeunesse et en structurant l’innovation sociale, elle invite chacun à dépasser le fatalisme pour devenir acteur du changement. Face aux crises démocratiques contemporaines, cette approche pragmatique offre des pistes concrètes pour réinventer notre pacte républicain.
