Dans le paysage religieux contemporain, peu de figures incarnent aussi bien l’alliance de l’érudition théologique et de la gouvernance pastorale que le cardinal Thomas Collins, homme de foi, de dialogue et d’écoute, cet archevêque émérite de Toronto a marqué de son empreinte l’Église catholique du Canada durant plusieurs décennies. Son parcours singulier, qui l’a mené des salles de classe universitaires aux plus hautes sphères du Vatican, illustre une vie entièrement consacrée à l’étude et à la transmission des Écritures.
Aujourd’hui âgé de 79 ans, ce prélat respecté demeure une voix écoutée au sein de la communauté chrétienne nord-américaine. Son héritage se mesure autant à la rigueur de ses enseignements qu’à son engagement sans faille dans la gestion des diocèses dont il a eu la charge.
Un érudit des Écritures formé à l’école de Rome
Né le 16 janvier 1947 à Guelph, dans la province de l’Ontario, le jeune homme se tourne très tôt vers la prêtrise. Il commence ses études de théologie au Séminaire Saint-Pierre de London, en Ontario. Après l’obtention de sa licence à l’Université de Western Ontario, ses capacités intellectuelles exceptionnelles orientent ses supérieurs à l’envoyer parfaire sa formation en Europe.
Durant les années 1970, il s’installe ainsi en Italie pour étudier à l’Institut biblique pontifical de Rome. Il y passe trois années particulièrement intenses et y obtient une licence en Écritures saintes. Par la suite, il couronne ce brillant parcours académique par un doctorat en théologie à l’Université grégorienne de Rome.
Spécialiste reconnu des textes sacrés, il choisit de consacrer deux années entières de sa vie à étudier le Livre de l’Apocalypse. Cette immersion dans les textes prophétiques et eschatologiques influencera durablement sa vision théologique et sa manière de s’adresser aux fidèles.
Du sacerdoce à la direction spirituelle en Ontario
Le cheminement pastoral de Thomas Collins prend une dimension concrète le 5 mai 1973. Ce jour-là, il est officiellement ordonné prêtre pour le diocèse de Hamilton par Mgr Anthony Tonnos. Après une première expérience enrichissante en paroisse, ses qualités de pédagogue le ramènent rapidement vers le monde universitaire.
Dès 1978, il rejoint l’équipe enseignante du séminaire de London en Ontario. Durant près de deux décennies, il y enseigne les Écritures saintes et y exerce la fonction délicate de directeur spirituel. Son implication et son sens de l’organisation le conduisent tout naturellement à prendre la direction de l’établissement en devenant son recteur en 1995.
L’ascension de Thomas Collins vers l’archidiocèse de Toronto
Le destin de Thomas Collins s’accélère à la fin des années 1990 lorsqu’il accède à la dignité épiscopale. Nommé évêque coadjuteur de Saint-Paul, en Alberta, au printemps 1997, il en devient l’évêque en titre quelques mois plus tard. Son efficacité pastorale et sa gestion rigoureuse lui permettent d’être nommé archevêque d’Edmonton en 1999.
C’est toutefois en décembre 2006 que Benoît XVI lui confie la charge la plus importante et la plus exposée du pays : devenir archevêque de Toronto, succédant ainsi au cardinal Aloysius Ambrozic. À la tête du plus grand diocèse anglophone du Canada, il choisit pour devise épiscopale « Deum Adora » (Adore Dieu). Il exercera cette fonction exigeante pendant dix-sept ans, jusqu’en 2023, structurant le diocèse face aux défis du nouveau millénaire.
Un cardinal influent au cœur des instances du Vatican
La reconnaissance romaine de son travail pastoral ne se fait pas attendre. Lors du consistoire du 18 février 2012, le pape Benoît XVI l’élève au rang de cardinal-prêtre associé à la paroisse romaine de San Patrizio. Dès lors, Thomas Collins participe activement aux grandes décisions de l’Église universelle. Il prend notamment part au conclave de 2013 qui aboutira à l’élection du pape François.
Le pape François lui accorde à son tour une grande confiance en le nommant, en janvier 2014, membre de la commission cardinalice de surveillance de l’Institut pour les œuvres de religion, la célèbre Banque du Vatican. Ce rôle de supervision financière de premier plan démontre la réputation d’intégrité absolue dont bénéficie le prélat canadien auprès de la curie romaine.
Des engagements publics marqués par la défense de la doctrine
Tout au long de sa carrière, le cardinal n’a pas hésité à faire entendre sa voix sur les sujets de société complexes. Très attaché à la protection de la vie dès sa conception, il a fermement défendu les positions traditionnelles de l’Église catholique sur la scène publique canadienne.
Il a notamment exprimé de vives critiques lors de l’attribution de l’Ordre du Canada au docteur Henry Morgentaler, un médecin très controversé pour son militantisme en faveur de l’avortement. Pour le cardinal, cette distinction honorifique nationale constituait une décision profondément regrettable, en contradiction directe avec les valeurs fondamentales du respect de la vie humaine.
Pour approfondir sa pensée théologique, on peut se pencher sur ses écrits et analyses, en particulier ceux consacrés à l’étude spécifique de la Révélation biblique, qui éclairent sa vision de l’engagement chrétien dans le monde moderne.
Retiré de ses fonctions exécutives depuis 2023, le prélat laisse derrière lui l’image d’un pasteur érudit, profondément ancré dans les textes sacrés et respecté pour sa droiture. Son parcours, des paroisses de l’Ontario aux bureaux feutrés du Vatican, reste un modèle d’engagement ecclésial pour toute une génération de croyants au Canada.






