Le football français a perdu l’un de ses plus anciens témoins à la fin de l’année 2025. Serge Roy, attaquant emblématique des années 1950 et 1960, s’est éteint à l’âge de 93 ans à Nice, laissant derrière lui le souvenir d’un avant-centre puissant et redoutable devant le but. Au moment de sa disparition, il occupait le statut honorifique de doyen des internationaux tricolores encore en vie.
Fils d’un artisan fromager de Beaune, ce joueur droitier a marqué l’histoire des clubs par lesquels il est passé, notamment sur le Rocher princier. Son nom résonne également à travers la trajectoire de son fils, l’ancien milieu de terrain et entraîneur Éric Roy, perpétuant ainsi une lignée sportive prestigieuse.
De la Bourgogne au Doubs : l’éclosion d’un buteur né
Né le 9 novembre 1932 en Côte-d’Or, Serge Claude Léon Roy découvre le ballon rond sur les terrains régionaux de l’AS Beaune. Très tôt, ses qualités athlétiques et sa combativité tapent dans l’œil des recruteurs. Doté d’un gabarit solide d’environ 1,76 m, l’avant-centre se forge rapidement une réputation de joueur déterminé, direct et constamment tourné vers la cage adverse.
En juillet 1952, à l’âge de 20 ans, le jeune attaquant franchit le pas du professionnalisme en rejoignant le Racing Club Franc-Comtois de Besançon. Sous les couleurs bisontines, il s’impose comme le point d’ancrage offensif de son équipe. En cinq saisons passées dans le Doubs, il compile 56 réalisations en 104 apparitions, démontrant une régularité impressionnante dans l’élite hexagonale.
Les sommets princiers avec l’AS Monaco
À l’été 1957, Serge Roy prend la direction du sud et s’engage avec l’AS Monaco. Ce transfert marque le début de ses plus belles années au plus haut niveau. Dès ses premières minutes sous le maillot rouge et blanc face à Sochaux, il frappe les esprits en inscrivant un remarquable triplé, avant de récidiver quelques semaines plus tard contre Valenciennes. Il boucle ainsi sa première saison monégasque avec 15 buts toutes compétitions confondues.
Le 15 mai 1960 reste gravé en lettres d’or dans la mémoire du club princier. Opposée à la grande équipe de l’AS Saint-Étienne en finale de la Coupe de France au stade Yves-du-Manoir, l’AS Monaco décroche le tout premier titre majeur de son histoire professionnelle au terme d’un scénario haletant (4-2 après prolongations). Diminué physiquement par une double entorse, Serge Roy fait preuve d’un courage exceptionnel en signant un doublé décisif.
La saison suivante confirme la domination monégasque. Sous la houlette de son duo d’attaque, le club remporte le premier titre de champion de France de Division 1 de son histoire en 1961. En cinq saisons sur le Rocher, l’avant-centre totalise 62 buts en 127 rencontres officielles, devenant l’une des figures fondatrices des premiers succès du club.
Une sélection prestigieuse au cœur de l’arène madrilène
Ses performances de premier plan avec Monaco lui ouvrent naturellement les portes de l’équipe de France. Après deux apparitions concluantes avec les Bleus B contre le Portugal et la Belgique, le sélectionneur Georges Verriest fait appel à lui pour une rencontre amicale de gala.
Le 2 avril 1961, Serge Roy honore son unique sélection en équipe de France A au stade Chamartin de Madrid, l’actuel Santiago-Bernabéu, devant près de 75 000 spectateurs. Convoqué aux côtés de son partenaire de club François Ludo, le joueur de 29 ans est aligné au sein d’une ligne d’attaque prestigieuse comprenant Raymond Kopa, Yvon Douis et Lucien Muller.
Malgré une défaite face à une redoutable formation espagnole emmenée par Alfredo Di Stéfano et Francisco Gento, cette rencontre scelle une amitié durable entre l’attaquant français et la légende du Real Madrid. Bien qu’il n’ait plus reporté le maillot bleu par la suite, cette cape internationale restera un jalon majeur de sa trajectoire.
Le sud pour horizon : de Marseille à la Riviera
Après son aventure monégasque, Serge Roy rejoint l’Olympique de Marseille à l’été 1962. Durant cette unique saison sur la Canebière, il dispute 36 matches et inscrit 14 buts, prenant part notamment aux joutes européennes de la Coupe des Villes de Foires. Il effectue ensuite un court passage par l’US Valenciennes-Anzin avant de rejoindre l’OGC Nice en prêt fin 1963.
Sous les couleurs des Aiglons, l’attaquant dispute 15 rencontres et trouve le chemin des filets à 5 reprises avant de ranger définitivement ses crampons professionnels à l’été 1964. Il poursuit ensuite sa passion au niveau amateur sous le maillot du Cavigal de Nice, ville où il choisit d’établir durablement sa vie de famille aux côtés de son épouse Danièle.
En 1973, près d’une décennie après la fin de sa carrière professionnelle, un jubilé exceptionnel est organisé en son honneur sur la pelouse du stade du Ray. Pour l’occasion, des monuments du football mondial tels que Johan Cruyff et Ferenc Puskás foulent le gazon niçois aux côtés d’Alfredo Di Stéfano, témoignant du respect immense qu’inspirait le joueur bourguignon à ses pairs.
Au total, le bilan de Serge Roy dans le football professionnel s’élève à 288 matches disputés et 153 réalisations, faisant de lui l’un des canonniers les plus efficaces de son époque. Une réputation d’ailleurs immortalisée par une formule célèbre de Guy Roux, qui aimait rappeler qu’il était le plus grand attaquant produit par la Bourgogne.
Disparu le 26 décembre 2025, Serge Roy laisse l’empreinte indélébile d’un pionnier qui aura guidé l’AS Monaco vers ses premiers sommets tout en transmettant une passion intacte du jeu aux générations suivantes.






