Marie Vialle pose le doigt sur le menton à côté d'un masque et d'un micro

Le geste et la parole : l’art singulier de Marie Vialle

Dans le paysage théâtral français, concilier la rigueur du texte classique et la liberté de l’expérimentation sonore relève parfois de l’équilibrisme. C’est pourtant dans cet espace intermédiaire, où la musique dialogue constamment avec le verbe, que s’est forgée la trajectoire artistique de Marie Vialle. En explorant les résonances profondes entre le corps, l’instrument et la parole, cette créatrice a su imposer une signature théâtrale unique.

Depuis près de trente ans, le parcours de Marie Vialle témoigne d’une recherche d’indépendance absolue. Qu’elle prête sa voix aux plus grands auteurs ou qu’elle orchestre ses propres spectacles, l’artiste refuse de se laisser enfermer dans une seule case. Son travail navigue ainsi avec une rare fluidité entre les scènes nationales et les plateaux de cinéma.

Le parcours de Marie Vialle du conservatoire aux plateaux

Une solide formation académique parisienne

Pour asseoir sa pratique, la comédienne a suivi un cursus d’excellence au sein des institutions les plus réputées de l’Hexagone. Elle intègre d’abord l’école de la rue Blanche (ENSATT) de 1992 à 1994, où elle se forme sous la direction de pédagogues comme Redjep Mitrovitsa et Aurélien Recoing.

Par la suite, elle poursuit ses études au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris, dont elle sort diplômée en 1997. Durant ces années d’apprentissage intense, elle enrichit son jeu au contact de metteurs en scène reconnus tels que Daniel Mesguich et Philippe Adrien. Cette double formation lui apporte une technique solide et un respect profond pour les textes.

Le travail de Marie Vialle sous le regard des grands maîtres de la scène

Une fois son diplôme en poche, la comédienne enchaîne les collaborations prestigieuses avec les figures majeures du théâtre contemporain. Elle joue notamment sous la direction de Luc Bondy dans l’emblématique pièce Ivanov au Théâtre de l’Odéon en 2015, ainsi que dans La Seconde Surprise de l’amour de Marivaux. Alain Françon fait également appel à son talent pour des œuvres marquantes comme Le Misanthrope de Molière ou encore Oncle Vania de Tchekhov, présenté au Théâtre des Amandiers de Nanterre ainsi qu’en tournée à Genève et Chambéry.

Par ailleurs, elle foule les scènes internationales sous la houlette de Didier Bezace, qui la dirige dans Savannah Bay de Marguerite Duras à la Brooklyn Academy of Music de New York, puis dans Les Fausses Confidences à Aubervilliers. Elle collabore aussi régulièrement avec Marie-Louise Bischofberger, notamment pour Je t’ai épousé par allégresse au Théâtre de la Madeleine en 2009, un spectacle qui a cumulé plus de cent représentations, ou encore pour une adaptation de Maupassant à La Scala Paris début 2024.

Plus récemment, Marie Vialle a incarné le rôle de Suzanne dans La Folle Journée ou le mariage de Figaro mis en scène par Léna Bréban, donnant la réplique à Philippe Torreton. Ce spectacle a séduit le public lors du Festival d’Avignon en 2025 avant de s’installer pour plusieurs mois à La Scala Paris jusqu’au début de l’année 2026.

D’autres metteurs en scène de renom ont jalonné son parcours théâtral. Elle a ainsi joué sous la direction de Jean-Luc Boutté dans Lucrèce Borgia à la Comédie-Française, de Jean-Michel Rabeux dans Le Songe d’une nuit d’été à la MC93, ou encore d’André Engel dans La Double Mort de l’horloger au Théâtre National de Chaillot. Ses collaborations avec Jean-Louis Benoit pour Henri V de Shakespeare et Stuart Seide pour Marie Stuart témoignent de sa capacité à s’approprier les grands rôles du répertoire classique et contemporain.

La voix et l’archet : l’autonomie de création par la mise en scène

Le compagnonnage fusionnel de Marie Vialle avec Pascal Quignard

Au-delà de son activité d’interprète, la metteuse en scène ressent rapidement le besoin de créer ses propres objets théâtraux. C’est dans cette perspective qu’elle fonde en 2006 sa propre compagnie, baptisée « Sur le bout de la langue », lors de la création du spectacle Triomphe du temps à Lyon. Cette démarche d’indépendance est intimement liée à sa rencontre avec l’écrivain Pascal Quignard, avec qui elle entame une collaboration artistique au long cours.

Leur aventure commune débute dès 2003 avec le spectacle en solo Le Nom sur le bout de la langue, où elle s’accompagne elle-même au violoncelle pour explorer les failles du langage. Ce compagnonnage unique se prolonge à travers plusieurs créations marquantes, à l’image de Princesse vieille reine ou de La Rive dans le noir.

Dans cette dernière performance, présentée au Festival d’Avignon, Marie Vialle partage directement la scène avec l’écrivain, entourée d’animaux vivants comme une chouette et une corneille. En 2022, elle poursuit ce dialogue avec l’adaptation de Dans ce jardin qu’on aimait, confirmant la force de leur complicité intellectuelle.

Explorer d’autres écritures contemporaines

L’univers de la metteuse en scène ne se cantonne pas à cette seule collaboration littéraire. En effet, elle s’empare régulièrement d’autres écritures contemporaines pour concevoir des formes scéniques hybrides. Elle adapte ainsi le célèbre discours de David Foster Wallace dans un spectacle intitulé Les Vagues, les amours, c’est pareil, présenté au CentQuatre-Paris, un établissement dont elle est artiste associée.

Récemment, Marie Vialle a également mis en scène L’Invitation de Claude Simon, un projet créé au sein de la Cité internationale de la langue française. À travers ces différentes expériences, la dramaturge s’attache à faire entendre des voix singulières en plaçant toujours la musicalité des mots au centre de sa recherche.

La présence singulière de Marie Vialle devant la caméra dans le cinéma d’auteur

Des débuts prometteurs aux rôles de maturité

Parallèlement à ses recherches théâtrales, Marie Vialle mène une carrière régulière sur les écrans de cinéma et de télévision. Elle fait ses premiers pas devant la caméra de Thomas Bardinet dans Le Cri de Tarzan au milieu des années 1990. Peu après, elle décroche le rôle principal dans Julie est amoureuse de Vincent Dietschy en 1998. Ce long-métrage de fiction pose les bases d’un parcours cinématographique exigeant et diversifié.

On la retrouve ainsi au casting du film de Philippe Garrel, Le Vent de la nuit, puis dans La Parenthèse enchantée de Michel Spinosa aux côtés d’acteurs de premier plan. Au fil des ans, l’artiste alterne entre des apparitions discrètes et des rôles plus denses, comme dans Avant l’oubli d’Augustin Burger ou Les Inséparables de Christine Dory en 2008. Plus récemment, elle a incarné le personnage d’Alice dans Ulysse et Mona réalisé par Sébastien Betbeder.

Par ailleurs, sa filmographie s’enrichit de nombreux courts-métrages sous la direction de cinéastes indépendants. Elle collabore notamment avec Joseph Morder pour La Plage, Pierre Dugowson pour Breakfast, ou encore Sandra Beltrao dans Si j’étais un arbre. À la télévision, elle participe également à plusieurs fictions, interprétant des rôles variés allant d’Aurore dans Un amour impossible à Marton dans des téléfilms de répertoire.

Quand la musique s’invite à l’écran

Le cinéma sait aussi tirer parti des talents musicaux de l’actrice, qui maîtrise professionnellement le violoncelle et le chant. Le réalisateur Grégory Magne lui a offert un rôle particulièrement sur mesure dans son film Les Musiciens, sorti sur les écrans au printemps 2025.

Elle y incarne Lise Carvalho, une violoncelliste virtuose recrutée pour un concert exceptionnel mettant à l’honneur des instruments de Crémone. Ce rôle lui permet de fusionner ses deux passions artistiques majeures sous l’œil de la caméra.

Une philosophie du jeu ancrée dans le respect et la transmission

Protéger la santé mentale des créateurs

Pour Marie Vialle, la pratique artistique ne peut se dissocier d’une réflexion éthique sur les conditions de travail dans le milieu du spectacle. Elle défend activement une vision du métier d’acteur qui doit être sécurisée pour préserver la santé mentale des artistes. Pour étayer sa pensée, elle s’appuie notamment sur les théories du travail de Christophe Dejours, rappelant que la création exige un cadre protecteur.

Par ailleurs, cette volonté de transmission se traduit par des projets menés hors des circuits traditionnels. Elle a ainsi conçu le projet d’écriture « C’est tout » en collaboration avec le chorégraphe Thierry Thieu Niang et un groupe d’enfants. Cette initiative montre son désir constant de croiser les regards et de transmettre son amour du verbe aux plus jeunes générations.

Grâce à ce parcours d’une grande cohérence, Marie Vialle a reçu le titre de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, une reconnaissance qui salue son engagement artistique. Qu’elle soit seule en scène avec son violoncelle ou entourée d’un collectif d’acteurs, elle continue de tracer un chemin singulier où la parole poétique demeure le plus sûr des guides. Son œuvre en mouvement rappelle que le théâtre est avant tout un espace de rencontre physique et sonore, indispensable pour maintenir vivant le lien humain.


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