Grandir à côté d’une icône mondiale peut s’avérer un défi quotidien pour construire sa propre identité. C’est précisément le chemin qu’a dû tracer Mijanou Bardot, la sœur cadette de la célèbre « BB », en cherchant constamment à s’extraire d’une lumière parfois trop éblouissante. Alors que son aînée incarnait l’audace et la révolution sexuelle des années cinquante, la jeune femme a choisi une voie différente, faite de pudeur et de réserve.
Son parcours témoigne d’une volonté farouche de ne pas se laisser enfermer dans un rôle de simple doublure familiale. En effet, après avoir tenté l’aventure du cinéma, elle a su se réinventer avec brio dans le monde des affaires avant de s’exiler loin des projecteurs français.
Une enfance bourgeoise sous le signe de la rigueur
Marie-Jeanne Bardot naît à Paris le 5 mai 1938, au sein d’une famille de la haute bourgeoisie. Son père, Louis Bardot, est un industriel de Lorraine qui dirige les usines familiales, tandis que sa mère, Anne-Marie Mucel, nourrit des regrets d’artiste. Avec sa sœur aînée Brigitte, elle grandit dans un luxueux appartement de sept chambres situé dans le très chic 16e arrondissement de la capitale.
Cependant, ce cadre de vie prestigieux s’accompagne d’une discipline de fer au quotidien. Les parents imposent aux deux fillettes une éducation catholique extrêmement rigide où le moindre écart de conduite est sévèrement puni. Ce climat d’exigence stricte façonne la personnalité réservée de la jeune fille, qui se réfugie souvent dans une grande retenue.
La brève aventure cinématographique de l’actrice Marie-Jeanne
Malgré cette rigueur, le destin artistique frappe à sa porte de manière inattendue à la fin de l’année 1956. Son ami, le photographe Jeanloup Sieff, prend un cliché d’elle qui fait la couverture du magazine Elle. Ce coup de projecteur soudain propulse la jeune bachelière dans l’univers de la mode et du mannequinat.
Rapidement, les propositions des réalisateurs affluent et l’actrice Marie-Jeanne décroche son premier rôle à seulement 18 ans. Elle débute ainsi dans le long-métrage Club de femmes de Ralph Habib, où elle partage l’affiche avec Jean-Louis Trintignant. Sa beauté délicate et son naturel séduisent immédiatement le public et les critiques de l’époque.
Au total, Mijanou Bardot va tourner dans neuf films sur une période de près de quinze ans. On la retrouve notamment dans des productions variées, comme le film d’aventures Le Pirate de l’épervier noir ou le drame policier Une balle dans le canon. En 1959, elle obtient le rôle principal dans Ramuntcho, réalisé par Pierre Schoendoerffer.
Pourquoi la cadette des Bardot a fui les plateaux
Toutefois, la jeune actrice refuse catégoriquement de se plier aux exigences de déshabillage de l’époque. Lors du tournage de ce film pastoral, elle décline fermement une scène de bain en suggérant avec humour de faire appel à sa sœur Brigitte pour la doubler. Cette anecdote illustre parfaitement sa pudeur indomptable, en décalage avec l’industrie cinématographique des années soixante.
Finalement, la cadette des Bardot décide de s’éloigner définitivement des plateaux de tournage en 1970. Son dernier projet, Après le déluge, dans lequel elle s’investit aussi comme scénariste, marque sa dernière apparition à l’écran. Elle expliquera plus tard ce retrait par une timidité particulièrement prononcée qui rendait chaque journée de tournage éprouvante.
De plus, le poids de la notoriété de son aînée devenait trop lourd à porter pour celle qui aspirait à une existence normale. Ne voulant pas être une éternelle « sœur de », elle choisit de se réinventer totalement. Elle prouve alors qu’elle possède un véritable esprit d’initiative en dehors des studios de cinéma.
De la création d’Espace Loggia à l’exil californien
En 1979, elle fonde ainsi l’entreprise de décoration intérieure Espace Loggia. Elle y développe un concept particulièrement novateur pour l’époque, basé sur la création de meubles modulables et de mezzanines pour optimiser l’espace. Ce projet rencontre un immense succès commercial durant les années quatre-vingt.
Après avoir dirigé l’entreprise avec succès pendant douze ans, elle décide de vendre ses parts en 1992. Cette transaction marque le début d’un nouveau chapitre de sa vie, placé sous le signe de la tranquillité absolue. Elle quitte définitivement la France pour s’installer en Californie, face à l’océan Pacifique.
C’est à Los Angeles qu’elle trouve enfin le havre de paix dont elle rêvait. Elle y vit une existence paisible aux côtés de son époux, le comédien belge Patrick Bauchau, qu’elle a épousé en 1962. Ensemble, ils ont élevé leur fille unique, Camille, loin de l’agitation médiatique européenne.
Bien que des milliers de kilomètres la séparent de la France, elle est toujours restée très proche de sa sœur aînée. En effet, à l’annonce du décès de Brigitte Bardot à la fin de l’année 2025, elle a exprimé sa profonde tristesse sur les réseaux sociaux. Elle y rappelait leur amour commun pour la nature et leur complicité d’enfance. Aujourd’hui, en 2026, alors qu’elle fête ses 88 ans, elle continue de cultiver cette discrétion qui aura été le fil conducteur et la force de toute son existence.
