Le cinéma français voit régulièrement éclore de nouveaux visages, mais rares sont ceux qui s’imposent avec une telle évidence en seulement quelques mois. À seulement 21 ans, le comédien Alexis Rosenstiehl dessine les contours d’une trajectoire prometteuse, alternant avec aisance entre les plateaux de tournage et les planches de théâtre.
Cette ascension rapide ne doit rien au hasard. Porté par une énergie débordante que certains qualifient d’hyperactivité, ce jeune artiste bilingue, également à l’aise en espagnol, s’est forgé une solide réputation de travailleur passionné. Des courts de tennis de son enfance aux caméras des plus grands réalisateurs, retour sur l’itinéraire d’un talent brut qui bouscule les codes de sa génération.
Du court de tennis aux planches : la naissance d’une vocation
Un destin contrarié devenu opportunité
Rien ne prédestinait initialement le jeune homme à embrasser la carrière d’acteur. Durant son enfance, sa seule et unique ambition est de devenir joueur de tennis professionnel. Cependant, le destin en décide autrement. À l’âge de 12 ans, un syndrome d’Osgood-Schlatter, une douloureuse pathologie du genou liée à une pratique sportive intensive, l’oblige à abandonner définitivement ses rêves de court. Pour occuper ses journées et canaliser son énergie, sa mère l’oriente alors vers le théâtre.
Le choc esthétique de la Comédie-Française
Au départ, le jeune garçon ne conçoit pas le métier de comédien comme une véritable profession. Le déclic survient lorsque sa grand-mère l’emmène voir Cyrano de Bergerac à la Comédie-Française. Fasciné par la performance de Michel Vuillermoz, il réalise la puissance de cet art. Dès lors, le théâtre devient un rituel de partage régulier avec sa grand-mère. Parallèlement, son père nourrit son ouverture sur le cinéma international et américain en partageant avec lui de nombreuses séances de visionnage.
Un apprentissage rigoureux et l’audace des conservatoires
Des bancs du lycée aux scènes parisiennes
Son parcours scolaire s’articule très tôt autour de sa passion. Élève au Lycée Victor Hugo à Paris, il choisit l’option théâtre dès la seconde, puis la spécialité au baccalauréat. Il obtient son diplôme avec la mention Bien, décrochant au passage un impressionnant 19/20 à l’épreuve de jeu. Durant ses années de lycée, il multiplie les expériences sous la direction de professionnels, interprétant des œuvres de Shakespeare, Sophocle ou Brecht. Il participe même au tournage d’une scène d’Angels in America sous la direction de l’actrice Dominique Blanc.
L’audacieux double cursus
Déterminé à parfaire sa technique, il s’inscrit simultanément dans deux établissements distincts, initialement à leur insu :
- Le Conservatoire municipal de Vincennes.
- Le Conservatoire Maurice Ravel dans le 13e arrondissement de Paris.
Cette double formation intensive est complétée par un passage au Cours Florent suite à un stage en 2023, ainsi que par un cursus au Thélème Théâtre École (TTE), où il prépare le prestigieux concours du Conservatoire national supérieur d’art dramatique.
Une ascension fulgurante sur grand et petit écran
Trois longs-métrages en dix mois
La carrière cinématographique d’Alexis Rosenstiehl s’accélère brutalement lorsqu’il enchaîne trois tournages majeurs en moins d’un an. Le public le découvre notamment dans Juste une illusion, réalisé par le duo Éric Toledano et Olivier Nakache. Il y incarne Arnaud Dayan, un adolescent rebelle de 17 ans passionné de new wave dans les années 1980. Sur ce projet, il donne la réplique à Camille Cottin et Louis Garrel, qu’il compare volontiers à des bolides du jeu d’acteur.
Il poursuit sa lancée avec le drame Ceux qui comptent de Jean-Baptiste Leonetti, où il partage l’affiche avec Sandrine Kiberlain, puis rejoint la superproduction Netflix Quasimodo, réalisée par Jean-François Richet, aux côtés de Vincent Cassel et Karim Leklou.
La consécration à la télévision
La télévision lui offre également ses premiers grands rôles et sa première reconnaissance publique. En 2024, il incarne Joseph adolescent dans le téléfilm Les Ailes collées, réalisé par Thierry Binisti. Ce rôle lui permet de remporter le Prix de la meilleure interprétation masculine ex-æquo au Festival de Luchon 2025. Pensant d’abord à une plaisanterie, le jeune comédien n’était même pas présent pour recevoir son prix.
Une philosophie de jeu tournée vers l’exigence
La méthode du « reboot »
Face à la diversité des rôles qu’on lui propose, l’acteur applique une méthode personnelle qu’il qualifie de « reboot » complet pour chaque nouveau personnage. Refusant de s’enfermer dans un registre, il privilégie l’observation directe de ses partenaires sur le plateau pour nourrir son propre jeu.
Bien qu’attiré par l’imaginaire hollywoodien de son enfance, il refuse de se focaliser uniquement sur l’industrie américaine. Pour lui, le cinéma de qualité n’a pas de frontière, citant des cinéastes européens comme Paolo Sorrentino ou Ruben Östlund comme des modèles inspirants.
Le rêve de la troupe
Malgré son succès précoce devant la caméra, le comédien garde les pieds sur terre et n’oublie pas ses premières amours. Son ambition ultime reste d’intégrer un jour la troupe de la Comédie-Française. Il rêve notamment de prêter ses traits au personnage de Louis Laine dans L’Échange de Paul Claudel, une manière de boucler la boucle initiée par sa grand-mère dans la salle Richelieu.
Entre mystère familial et avenir prometteur
Au-delà de son talent brut, le jeune homme suscite la curiosité des observateurs en raison de son patronyme. Beaucoup s’interrogent sur un éventuel lien de parenté avec Agnès Rosenstiehl, la célèbre créatrice de la bande dessinée Mimi Cracra. Si l’illustratrice a déjà évoqué son petit-fils dans les médias et que la rareté du nom laisse présumer une filiation, aucun document officiel n’est venu confirmer cette rumeur.
Quoi qu’il en soit, le jeune acteur s’impose déjà par lui-même. Sélectionné parmi les révélations à suivre de l’année par les professionnels du secteur, il travaille actuellement sur l’adaptation théâtrale du roman La Ballade de l’impossible de Haruki Murakami, prouvant qu’il est autant un interprète qu’un créateur en devenir. L’avenir du cinéma français semble désormais s’écrire en partie avec lui.
