Comment un jeune passionné de musique, qui organisait des soirées pour les lycéens de l’ouest parisien, est-il devenu l’un des acteurs les plus influents de la gastronomie et de l’événementiel en France ? Le parcours de Benjamin Patou illustre une transformation spectaculaire, passant de l’animation de fêtes adolescentes à la direction d’un empire de la restauration haut de gamme.
Après avoir marqué de son empreinte la vie nocturne de la capitale, l’entrepreneur de l’événementiel opère un virage stratégique majeur en se recentrant sur la valorisation du patrimoine gastronomique historique. À travers ses différentes initiatives, Benjamin Patou a su imposer une méthode singulière où l’expérience globale l’emporte sur la simple prestation technique.
Des soirées de Neuilly aux premiers succès entrepreneuriaux
Né le 29 juin 1977 à Boulogne-Billancourt, Benjamin Patou grandit dans un environnement marqué par l’élégance et le droit. Petit-neveu du célèbre couturier et parfumeur Jean Patou, il est le fils d’Olivier Patou, avocat en droit commercial et élu à Neuilly-sur-Seine. Élevé par son père après le décès précoce de sa mère alors qu’il n’a que huit ans, le jeune homme se montre peu réceptif à la rigueur scolaire. Autoproclamé cancre, il obtient son baccalauréat au second essai.
Sa véritable vocation se révèle très tôt derrière les platines et dans l’organisation d’événements. Dès l’âge de 15 ans, il conçoit des soirées pour la jeunesse dorée de l’ouest parisien. Pour lancer sa première grande fête de fin d’année lycéenne, il décroche une subvention de 5 000 francs auprès de Nicolas Sarkozy, alors maire de Neuilly. Sa sœur Delphine l’aide à signer ses premiers contrats officiels en raison de sa minorité. Cette activité précoce lui permet de générer des revenus hebdomadaires significatifs en liquide.
À seulement 19 ans, il prend la direction artistique de la Villa Barclay. Fort de cette expérience, il fonde en 1997 l’agence Profete, initialement dédiée à la location de matériel de sonorisation et à l’organisation de mariages. L’entreprise se structure au fil des ans pour devenir ProFête en 2002. En 2008, profitant des opportunités de défiscalisation de la loi TEPA, Benjamin Patou lève des fonds et acquiert son premier établissement en propre, le club Le Globo, suivi l’année suivante par le rachat du mythique Bus Palladium.
L’âge d’or de Moma Group : un modèle d’intégration verticale
En 2012, l’homme d’affaires restructure son agence pour fonder Moma Group. Ce véhicule devient le moteur d’un développement rapide dans le secteur de l’événementiel, des clubs et de la restauration de prestige. Le dirigeant de Moma Group déploie un modèle d’intégration verticale particulièrement efficace, s’appuyant sur quatre piliers complémentaires :
- Les clubs et salles de prestige : des lieux emblématiques comme Le Globo, Le Bus Palladium, Le Raspoutine, L’Arc Paris ou encore L’Élysées Biarritz.
- La restauration festive : un réseau de tables réputées comprenant Manko, Noto, Victoria, Ran, Le Bœuf sur le Toit ou encore Shellona à Saint-Tropez et Saint-Barthélemy.
- L’activité traiteur : matérialisée par la reprise de Kaspia Réceptions et Kardamome.
- La culture et le conseil : à travers la régie Moma Sélection, l’agence Moma Event et la production des Opéras en plein air.
Cette dynamique attire l’attention des grands acteurs du secteur. En 2016, le groupe hôtelier Barrière acquiert près de 49 % des parts de Moma Group pour s’implanter solidement à Paris, valorisant l’expertise de Benjamin Patou qui conserve le contrôle majoritaire. Malgré les difficultés liées à la crise sanitaire, qui imposent la cession de la filiale traiteur KRS pour préserver la trésorerie, le groupe rebondit. En 2022, après le retrait de Barrière, Benjamin Patou s’associe à des figures comme Patrick Bruel pour remonter à 70 % du capital, pilotant alors un ensemble de 30 établissements générant 120 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Le virage stratégique vers le patrimoine gastronomique
Le début de l’année 2025 marque un tournant décisif dans la carrière de l’entrepreneur. Benjamin Patou cède 85 % de ses parts dans Moma Group au fonds Butler Industries pour se consacrer pleinement à une nouvelle ambition. Aux côtés de son ami de lycée Antoine Arnault, il concentre ses forces sur Lapérouse Holding.
Ce véhicule d’investissement cible exclusivement des adresses répondant à des critères stricts : des lieux historiques, iconiques et indémodables. Ensemble, les deux associés acquièrent et relancent des institutions de la gastronomie parisienne. Leur portefeuille comprend notamment le célèbre restaurant Lapérouse dans le 6e arrondissement, l’Auberge Bressane, le restaurant Lafayette’s installé dans l’ancien hôtel particulier du marquis de La Fayette, ainsi que la prestigieuse maison Prunier. Ils déclinent également le concept avec la création du Café Lapérouse à l’Hôtel de la Marine et à Saint-Tropez, initiant un déploiement international.
Entre réseaux d’influence et débats esthétiques
La réussite de Benjamin Patou repose sur sa capacité à fédérer des personnalités d’horizons divers. Son réseau de partenaires mêle des figures du monde des affaires et des médias, à l’image de Yannick Bolloré ou de l’analyste Mathieu Laine. Pour concevoir ses établissements, le magnat des nuits parisiennes s’entoure systématiquement de signatures prestigieuses, confiant la décoration à Sarah Lavoine, Laura Gonzalez ou Alexis Mabille, et les cuisines à des chefs de renom comme Jean-François Piège, Marc Veyrat ou Akrame Benallal.
Ce parcours n’a pas échappé aux rivalités professionnelles. Ses relations avec Laurent de Gourcuff, fondateur de Paris Society et autre figure majeure du secteur, ont longtemps animé la scène parisienne. Leur concurrence intense pour l’obtention des meilleurs emplacements a finalement nécessité l’intervention de Nicolas Sarkozy en 2019 pour faire signer un pacte de non-agression entre les deux hommes.
Par ailleurs, le positionnement très haut de gamme et festif de ses adresses suscite parfois des réserves de la part de la critique gastronomique. Certains chroniqueurs regrettent un contraste entre la splendeur des décors et la simplicité de l’assiette, qualifiant parfois ces tables de clinquantes. Ces débats n’altèrent pas la trajectoire de l’homme d’affaires, qui a retracé son parcours atypique dans une autobiographie intitulée Itinéraire d’un enfant raté, publiée en mai 2026.
En se réinventant continuellement, Benjamin Patou démontre que l’art de recevoir à Paris se situe désormais au carrefour de l’histoire, du design et de la mise en scène événementielle.






