Margaux Fournier pose au premier plan avec, en arrière-plan, deux femmes profitant de la plage

Margaux Fournier : la caméra comme miroir d’une humanité sans artifice

Dans le paysage cinématographique contemporain, de nouvelles voix s’élèvent pour bousculer les représentations traditionnelles. C’est précisément le chemin emprunté par Margaux Fournier, une réalisatrice qui insuffle un vent de fraîcheur et de vérité dans le septième art. En plaçant sa caméra à hauteur d’homme – et surtout de femme –, cette créatrice explore des territoires corporels et sociaux souvent délaissés par les écrans classiques.

À travers ses créations, elle s’attache à rendre visibles des réalités passées sous silence. Son travail, qui mêle habilement la poésie du quotidien et l’engagement social, redéfinit les contours du film documentaire en lui insufflant une rare force romanesque.

Du parcours académique à l’éveil artistique

Née à Marseille, la jeune femme quitte sa ville natale à l’âge de 17 ans pour poursuivre ses études supérieures. Son parcours se caractérise par une grande curiosité intellectuelle. En 2019, elle obtient un Master 2 en Institutions Culturelles à Sciences Po Lille, où elle rédige un rapport d’expertise sur les plateformes de diffusion sous la direction du cinéaste Cédric Klapisch. Elle complète ensuite sa formation à La Fémis en se spécialisant en distribution et exploitation.

Avant de se tourner vers la réalisation, Margaux Fournier multiplie les expériences professionnelles éclectiques. Elle travaille ainsi comme assistante de production à New York, cheffe de projet cinéma chez MK2, et passe même quatre ans dans le secteur de la tech. C’est finalement en 2024, en intégrant l’association d’écriture 1000 Visages, qu’elle décide de se consacrer pleinement à la mise en scène, guidée par le désir de raconter des histoires authentiques.

« Au bain des dames » : une révolution intime et politique sur grand écran

Sorti en 2025, son court-métrage phare Au bain des dames est né d’une série de notes personnelles prises sur son téléphone. Ce docu-fiction de 30 minutes s’établit sur une plage marseillaise emblématique, un espace de mixité sociale et de liberté corporelle que la réalisatrice fréquente depuis son enfance. Le film se donne pour mission de combler un manque visuel en montrant des corps de femmes de plus de 60 ans, marqués par le temps, sans aucun artifice.

Un tournage sous le signe de l’immersion et de la spontanéité

Pour capter l’essence de ses protagonistes, Margaux Fournier a opté pour une méthode de tournage extrêmement légère. L’équipe technique se fondait parmi les baigneurs, filmant en maillot de bain directement sur le sable. L’absence d’ingénieur du son a imposé des contraintes techniques spécifiques, obligeant à réaliser des plans très serrés et des cadrages macro sur la peau.

Cette grande proximité a permis d’instaurer un climat de confiance absolue. Sans dialogues préalablement écrits, le film repose sur l’improvisation et le rejeu de scènes réelles. Pour préserver la dignité de ses actrices amatrices, la réalisatrice a d’ailleurs organisé une projection privée avant la sortie officielle, veillant à ce qu’aucune image ne puisse leur porter préjudice.

Briser les tabous du grand âge et de l’intime

Le film aborde avec audace la sexualité des seniors et l’usage des applications de rencontre, brisant les idées reçues sur la perte de libido chez les femmes mûres. Cependant, le ton léger de la comédie marseillaise laisse place à une émotion brute lors d’un témoignage poignant sur les violences conjugales subies cinquante ans plus tôt, filmé en une seule prise pour en préserver toute la sincérité.

Cette œuvre singulière a rencontré un immense succès critique. Elle a notamment remporté le prestigieux César du Meilleur Court-métrage Documentaire 2026. Contre toute attente, ce récit a également suscité un vif engouement chez les jeunes générations sur les réseaux sociaux, favorisant un dialogue intergénérationnel inédit.

Une exploration continue des corps et des récits de vie

Au-delà du cinéma, Margaux Fournier déploie sa créativité sur les planches de théâtre. Elle a notamment co-signé une adaptation théâtrale de l’œuvre d’Annie Ernaux et orchestré des performances artistiques d’envergure. Ses projets futurs confirment son intérêt pour les récits du quotidien et la sociologie humaine.

Elle développe actuellement un nouveau projet documentaire en collaboration avec ARTE, provisoirement intitulé Film de boules. Ce travail s’intéressera cette fois au vieillissement masculin à travers le quotidien d’hommes âgés évoluant dans l’univers de la pétanque. Par cette approche humaniste, Margaux Fournier continue de filmer les marges et de donner une voix à ceux que le cinéma traditionnel oublie trop souvent.

En plaçant l’humain au centre de son dispositif, la cinéaste trace une voie prometteuse où le réel et la fiction s’enrichissent mutuellement. Son regard bienveillant et sans concession invite le spectateur à repenser son propre rapport à l’altérité et au temps qui passe.


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