Le prolifique réalisateur français Quentin Dupieux revient sur le devant de la scène avec un projet pour le moins déroutant. Sorti en salles le 10 juin 2026, son nouveau long-métrage intitulé intitulé Le Vertige propose une expérience visuelle et philosophique inédite. En mêlant prises de vues réelles et animation 3D rudimentaire, le cinéaste nous plonge d’emblée dans le vertige d’une existence numérisée, où la frontière entre le réel et le virtuel se dissout dans l’absurde le plus total.
L’annonce d’une simulation informatique géante
L’intrigue démarre sur les chapeaux de roues quand Jacky, incarné par Alain Chabat, se rend en urgence chez son ami Bruno, joué par Jonathan Cohen. Il vient lui annoncer une nouvelle fracassante : l’humanité entière vit dans une simulation informatique géante. Cette prémisse, qui fait écho à l’expérience de pensée philosophique de Hilary Putnam, donne le ton d’une farce métaphysique d’une durée resserrée de 67 minutes.
Cependant, Bruno accueille cette révélation avec un flegme déconcertant, préférant s’inquiéter de la fatigue de sa femme enceinte, Fabienne. S’ensuit une série de confrontations lunaires, illustrées notamment par un moteur de scooter posé dans la cuisine qui bave sur les mains des protagonistes. C’est précisément ce décalage permanent qui crée la sensation de déséquilibre chez le spectateur, bousculé par des dialogues ciselés et des situations d’une drôlerie absurde.
Une esthétique « low-fi » inspirée des premiers jeux vidéo
Sur le plan visuel, Quentin Dupieux fait le choix d’un rendu volontairement rudimentaire. Conçu de manière quasi clandestine avec un budget très limité, le film a d’abord été tourné en prises de vues réelles avant d’être transposé en 3D grâce au logiciel libre Blender. Pour ce faire, le réalisateur s’est entouré de cinq jeunes diplômés de la prestigieuse école des Gobelins.
Le résultat à l’écran évoque l’esthétique pixélisée des consoles de salon des années quatre-vingt-dix, comme la PlayStation 1 ou l’Amstrad CPC 464. L’univers virtuel du film fourmille de bugs volontaires, de textures baveuses et d’avatars aux mouvements rigides. Cette proposition graphique radicale accentue l’étourdissement d’un monde en pleine dématérialisation, tout en rendant un hommage nostalgique aux technologies d’autrefois.
Une satire féroce de notre époque connectée
Derrière son apparente légèreté et ses gags visuels incongrus, comme un accouchement improvisé où le nouveau-né finit par terre, le film dresse un portrait acide de notre société. Le cinéaste s’attaque ouvertement à l’isolement provoqué par le défilement infini sur nos smartphones et à la dématérialisation croissante des relations humaines. En ciblant les travers de la firme Apple, sa quête obsessionnelle de la haute définition et ses tics de communication, Dupieux propose un miroir déformant mais cruellement juste de notre quotidien. Ce constat amer renforce le vertige existentiel qui traverse toute l’œuvre.
Une réception contrastée pour un ovni cinématographique
Présenté en première mondiale hors compétition pour clore la Quinzaine des Cinéastes lors du Festival de Cannes 2026, le long-métrage a suscité des réactions passionnées. Une partie de la critique salue l’audace esthétique du projet, l’efficacité de ses dialogues et la performance du duo Chabat-Cohen. En revanche, certains spectateurs et journalistes se montrent plus réservés face à cette 3D rudimentaire et au caractère potentiellement répétitif de la formule.
Sur la plateforme AlloCiné, le film affiche ainsi une note moyenne de 3,1/5 pour la presse contre 2,5/5 pour le public. Néanmoins, cette division confirme la capacité du réalisateur à bousculer les attentes et à diviser pour mieux régner sur le cinéma de l’absurde.
Avec cette fable technologique et philosophique, le réalisateur livre une réflexion stimulante sur notre rapport aux écrans et à la réalité. Reste à savoir si le public saura surmonter la barrière visuelle de cet ovni pour apprécier pleinement cette vertigineuse mise en abyme de notre modernité.
