Dans l’univers très exigeant de la montagne, peu d’athlètes parviennent à conjuguer l’intensité de la compétition pure et la rigueur de l’alpinisme d’exploration. Mathéo Jacquemoud s’est imposé comme l’une des figures les plus marquantes de sa génération, en bousculant les codes du ski-alpinisme et des records de vitesse en haute altitude.
Ce montagnard complet refuse de s’enfermer dans une seule case. En effet, son parcours d’exception allie la rigueur tactique du compétiteur au sens aigu de la sécurité propre au métier de guide de haute montagne.
Des sommets du Trièves à l’élite mondiale du ski-alpinisme
Une enfance forgée par le dénivelé
Né le 17 juillet 1990 dans une ambulance traversant le Trièves, Mathéo Jacquemoud grandit dans le village de Lus-la-Croix-Haute dans la Drôme. Dès l’âge de 6 ou 7 ans, il arpente les pentes raides aux côtés de ses parents, Daniel et Catherine. Il réalise alors déjà des dénivelés de plus de 1 000 mètres en raquettes, les skis solidement attachés sur le sac parental pour la descente.
Cette immersion précoce développe chez lui une aisance physique remarquable. Après plusieurs années consacrées au ski alpin et au VTT longue distance, il complète la liste des courses nécessaires au probatoire de guide dès ses 15 ans. Le jeune homme affine ensuite ses connaissances théoriques à Grenoble, où il valide un cursus universitaire en obtenant un master STAPS.
Un palmarès d’exception sur les cimes
Très vite, le circuit professionnel découvre un compétiteur redoutable et infatigable. L’athlète haut-savoyard empoche plusieurs couronnes planétaires, cumulant quatre à cinq titres mondiaux en individuel, par équipe et en combiné. En 2022, il s’adjuge notamment la couronne mondiale de longue distance au Tour du Rutor avant de triompher à nouveau lors des Mondiaux par équipe en 2023.
Sur les épreuves mythiques, ses succès marquent durablement les esprits des passionnés. Mathéo Jacquemoud remporte par deux fois la prestigieuse Pierra Menta, d’abord en 2013 aux côtés de William Bon Mardion, puis en 2016 avec son partenaire régulier Kilian Jornet. Après une première pause sportive en 2017 pour se consacrer au métier de guide, il revient au sommet en 2022 avant de programmer sa retraite définitive du circuit en 2025.
Entre chronos records et engagement en haute altitude
Des Écrins à l’Himalaya : la quête de vitesse
Parallèlement aux podiums officiels, le skieur-alpiniste français transpose ses capacités physiologiques hors normes sur les plus hauts massifs de la planète. Dans l’Himalaya, il signe une ascension fulgurante de l’Ama Dablam, culminant à 6 812 mètres. Il boucle l’aller-retour depuis le camp de base en un temps record de 6 heures et 23 minutes, rejoignant le sommet en moins de 4 heures.
Ces démonstrations de rapidité reposent sur une gestion méticuleuse de l’effort et du risque. En France, il s’illustre également en gravissant le Dôme des Écrins en moins de deux heures, confirmant son aisance sur les terrains glaciaires complexes.
Les grandes traversées du massif du Mont-Blanc
Installé à Saint-Nicolas de Véroce et familier de la vallée de Chamonix, l’alpiniste fait du massif du Mont-Blanc son laboratoire privilégié. En binôme avec Benjamin Védrines en 2022, il réalise la traversée intégrale du massif, avalant 70 kilomètres et 7 300 mètres de dénivelé positif en moins de 24 heures.
Les exploits chronométrés s’enchaînent avec une régularité impressionnante. Associé à William Boffelli, il établit une marque historique sur la célèbre Haute Route reliant Chamonix à Zermatt en 13 heures et 27 minutes. Avec Samuel Equy, Mathéo Jacquemoud signe également un aller-retour express entre Chamonix et le sommet du Mont-Blanc à skis en seulement 4 heures et 41 minutes.
L’Intégrale des Alpes : l’odyssée d’un athlète complet
Vingt jours d’effort continu de Vienne à Nice
En mars 2026, l’athlète concrétise son projet le plus ambitieux : traverser tout l’arc alpin d’est en ouest sans assistance motorisée. Baptisée « Tracer sa ligne », cette aventure hors norme le mène de la capitale autrichienne jusqu’aux rives de la Méditerranée. Parti de Vienne, il touche la Promenade des Anglais à Nice au terme de vingt jours d’effort ininterrompu.
L’itinéraire totalise des chiffres vertigineux qui témoignent de sa résistance mentale et musculaire :
- Une distance globale de 2 200 kilomètres parcourue entre cols et vallées ;
- Un dénivelé positif cumulé colossal de 86 000 mètres d’ascension ;
- Une répartition précise alternant 715 kilomètres à ski et 1 474 kilomètres à vélo de route ;
- Un volume d’effort impressionnant totalisant 200 heures de déplacement effectif.
Une logistique millimétrée sans assistance motorisée
Pour réussir ce périple titanesque, le champion de ski-alpinisme s’impose une discipline de fer au quotidien. Il maintient une moyenne de douze heures d’effort physique par jour, tout en limitant son sommeil à environ six heures chaque nuit. Sa progression découpe les Alpes en plusieurs grands raids, franchissant successivement le Grossglockner, les Dolomites, la chaîne de la Bernina et le Grand-Paradis.
Sur le terrain, la fluidité opérationnelle s’avère déterminante. L’aventure nécessite 38 transitions rapides entre le vélo et les skis, rendues possibles par le soutien logistique de ses proches au sol. Tout au long du parcours, plusieurs compagnons de cordée rejoignent ponctuellement Mathéo Jacquemoud pour partager des étapes d’anthologie.
Transmission et nouvelle voie pour le guide haut-savoyard
Au-delà de ses records personnels, le montagnard s’investit profondément dans la formation des futures générations. Membre de la prestigieuse compagnie des guides UIAGM, il officie comme formateur à l’École Nationale de Ski et d’Alpinisme (ENSA) à Chamonix. Il transmet son expertise technique et son analyse des conditions nivologiques aux aspirants guides.
Son engagement se prolonge également auprès de la relève sportive. En tant qu’entraîneur des équipes de France espoirs de ski-alpinisme, le coéquipier de Kilian Jornet partage ses méthodes d’entraînement et sa vision tactique des grands rendez-vous internationaux.
Soutenu par des fabricants techniques comme le collectif Simond, l’athlète conserve un équilibre de vie précieux au cœur des Alpes. Entre sa passion pour l’apiculture, la musique et sa vie de famille, Mathéo Jacquemoud incarne un alpinisme moderne d’une rare polyvalence, où la vitesse sublime la beauté des grands espaces sans jamais renoncer à la prudence.






