Visage radieux des débuts de l’ORTF et conteuse infatigable, Jacqueline Monsigny a marqué plusieurs générations de téléspectateurs et de lecteurs. Née Jacqueline Anne Marie Rollet en mars 1931 à Paris, cette artiste complète a mené plusieurs vies avec une rare liberté créative. Des plateaux d’enregistrement aux grandes sagas d’aventure, son énergie singulière a nourri la culture populaire française pendant plus de cinquante ans.
Fille d’ingénieur d’ascendance normande, la jeune femme suit d’abord des études universitaires d’histoire avant de monter sur les planches. Elle se forme à l’art dramatique auprès de Tania Balachova, apprenant à maîtriser le jeu et l’interprétation. Cette solide formation historique et théâtrale posera les fondations de l’ensemble de son œuvre future.
Les feux de la rampe : une pionnière du petit écran et de la scène
Au cours des années 1950 et 1960, Jacqueline Monsigny s’impose comme une présence familière du paysage audiovisuel. Elle participe à près de 1 000 émissions télévisées, alternant entre directs, fictions, variétés et caméras cachées. Aux côtés de son amie Marie-Blanche Vergne, elle forme un duo très apprécié, allant jusqu’à enregistrer des disques de chansons.
Sur scène, la comédienne enchaîne les pièces de boulevard et les classiques parisiens. Elle prête également sa voix au feuilleton radiophonique La Famille Duraton aux côtés de Jean Carmet. Mais pour toute une génération, son image reste indissociable des après-midis télévisés. D’octobre 1967 à mars 1973, elle anime en direct du cirque Jean Richard l’émission jeunesse 1, 2, 3 en piste ! avec Marcel Fort et les clowns Bario.
Du refus des diktats au déclic de l’écriture
Malgré ses succès sur les plateaux, la comédienne étouffe rapidement dans les rôles qu’on lui impose. Lorsqu’elle propose ses propres scénarios, le milieu du spectacle lui renvoie souvent des réponses méprisantes. On lui répète alors la fameuse formule : « Joue, sois belle et tais-toi ! ».
Pourtant, les événements sociaux viennent bouleverser sa trajectoire. La mise à l’arrêt du pays en Mai 68 interrompt brutalement les tournages télévisés. Confrontée à ce chômage forcé, la comédienne décide de transformer l’un de ses scénarios refusés en manuscrit littéraire. Cette initiative marque le début d’une spectaculaire reconversion.
L’art du roman d’aventure : le phénomène d’une grande conteuse
En 1970, le succès frappe immédiatement à la porte avec la parution de Floris, mon amour aux éditions Grasset. Ce coup d’éclat inaugure une tétralogie romanesque et convainc l’autrice de capes et d’épées de se consacrer exclusivement aux livres. Jacqueline Monsigny développe alors une écriture rythmée, pleine de souffle et solidement documentée.
Sur près de quatre décennies, la femme de lettres publie une quarantaine d’ouvrages traduits dans une vingtaine de pays. Ses sagas historiques transportent le public dans des contrées lointaines et des époques mouvementées. Parmi ses plus grands succès figurent La Belle de la Louisiane, Le Roi sans couronne, la fresque normande La Saga des Hautefort ou encore Les Filles du Tsar.
En marge de ses grandes fresques d’époque, Jacqueline Monsigny explore des registres inattendus pour séduire de nouveaux publics :
- Des romans jeunesse d’action et d’anticipation avec la série Freddy Ravage, mettant en scène un héros télépathe face à des créatures préhistoriques.
- Des biographies intimistes de figures féminines emblématiques comme Jackie Kennedy ou la reine Élisabeth II.
- Un témoignage personnel consacré à son amie la princesse Grace de Monaco.
- Des récits d’évasion maritime et coloniale avec des titres comme La Sirène du Pacifique.
Cette diversité thématique illustre une curiosité constante pour les destins hors du commun.
Une créativité partagée : complplicités familiales et passion américaine
La vie privée de la romancière s’entremêle étroitement avec son activité artistique. Après deux premiers mariages, elle épouse en 1972 l’acteur américain Edward Meeks, rencontré quelques années plus tôt lors du Festival de télévision de Monte-Carlo. Ensemble, le couple partage son quotidien entre la France et les États-Unis.
Cette union transatlantique débouche sur de multiples projets créatifs. En 1987, Jacqueline Monsigny et son époux signent le téléfilm Michigan Mélodie, qui réalise l’une des meilleures audiences de l’année sur TF1. Ils coécrivent également plusieurs ouvrages sur les coulisses du septième art, notamment Le Roman de Hollywood et Le Roman du Festival de Cannes.
Par ailleurs, l’écrivaine collabore avec son fils cadet, le producteur et scénariste Thibaut Chatel. Ensemble, ils conçoivent le roman La Maison Rouge et imaginent des bibles pour des séries d’animation à succès dans les années 1990. Cette dynamique familiale nourrit une production continue jusqu’aux dernières années de sa vie.
Un héritage populaire au confluent de deux mondes
Attentive à la transmission culturelle, elle prend la présidence de l’association Auteurs en Normandie, terre chère à ses racines familiales. Jacqueline Monsigny s’éteint le 15 août 2017 à l’âge de 86 ans. Elle repose au cimetière du Père-Lachaise à Paris, entourée de ses proches.
Par sa trajectoire audacieuse, la célèbre actrice française devenue romancière a prouvé qu’un esprit libre pouvait s’affranchir des étiquettes de son époque. Son œuvre romanesque reste une invitation généreuse à la découverte de l’Histoire par le plaisir de la fiction.






