Portrait souriant d'Élodie menant une entrevue dans un théâtre avec des projecteurs en arrière-plan

Élodie Menant : itinéraire d’une autrice et comédienne sacrée aux Molières

Sur les plateaux de théâtre contemporains, Élodie Menant s’impose comme une créatrice complète capable de conjuguer la précision de l’écriture, l’intensité du jeu et la rigueur de la mise en scène. Comédienne récompensée aux Molières, autrice et adaptatrice, elle façonne depuis plus de quinze ans un répertoire vibrant où l’histoire intime dialogue sans cesse avec le destin collectif.

Son parcours atypique illustre une curiosité intellectuelle rare. En passant des équations scientifiques aux exigences physiques du spectacle musical et du drame psychologique, l’artiste a su bâtir une démarche singulière au sein du paysage théâtral français.

Des sciences dures aux planches de théâtre

Née à l’orée des années 1980, la jeune femme grandit à Fontenay-sous-Bois dans un cadre stimulant. Elle évolue entre un père journaliste et écrivain et une mère, Patricia Menant, responsable de la communication chez un grand équipementier sportif. Cette proximité avec des sportifs de haut niveau nourrit très tôt son goût pour l’effort et la discipline corporelle.

Avant d’embrasser la carrière artistique, Élodie Menant suit un cursus en classes préparatoires scientifiques (Math Sup et Math Spé). Pourtant, l’appel de la scène l’emporte sur les mathématiques. Elle intègre alors le Cours Florent puis le Studio Muller, où elle perfectionne son jeu dramatique tout en développant sa pratique du chant et de la danse.

Ses premiers pas professionnels s’effectuent rapidement. Dès 2005, elle joue dans la pièce Quatre de Marie du Roy au Théâtre du Lucernaire. Peu après, elle participe à la vaste aventure du spectacle musical Le Soldat rose, composé par Louis Chedid et mis en scène par Corinne et Gilles Benizio, qui l’amène à se produire sur les scènes des Zéniths et au Casino de Paris.

Le souffle de Stefan Zweig et la Compagnie Carinae

En 2011, désireuse de piloter ses propres projets artistiques, l’artiste fonde la Compagnie Carinae. Le nom de cette structure rend hommage à une constellation australe et témoigne de son intérêt pour l’astronomie. C’est sous cette bannière qu’elle s’attaque à l’adaptation scénique des chefs-d’œuvre de la littérature européenne.

Elle choisit d’explorer l’univers tourmenté de Stefan Zweig avec La Pitié dangereuse, mise en scène par Stéphane Olivié Bisson. Le spectacle rencontre un vif succès critique et public au Lucernaire, lui permettant de remporter le prix Révélation Féminine du Off d’Avignon en 2013.

Forte de cet accueil, Élodie Menant poursuit son exploration de l’auteur autrichien en signant l’adaptation et la mise en scène de La Peur. Cette création dramatique réunit les éloges et s’installe durablement dans le paysage théâtral :

  • Une programmation continue durant trois saisons au Théâtre Michel à Paris ;
  • Plus de 400 représentations à travers la France et quatre participations au Festival d’Avignon ;
  • Une nomination aux Molières en 2017 ;
  • Une reprise remarquée au Théâtre de la Scala Paris.

Parallèlement à ses propres productions, elle enrichit son jeu d’actrice en interprétant des pièces marquantes comme Le Collectionneur de John Fowles ou Après une si longue nuit de Michèle Laurence, sous la direction de sociétaires de la Comédie-Française.

La consécration avec Arletty et le dépassement sportif

L’année 2018 marque un tournant décisif dans sa carrière avec la naissance du spectacle Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ?, co-écrit avec Éric Bu et mis en scène par Johanna Boyé. Dans ce biopic musical et théâtral, elle incarne la célèbre figure du cinéma français avec une gouaille et une sensibilité éclatantes.

Le triomphe est total lors de la 32e cérémonie des Molières en 2020. Élodie Menant décroche le prestigieux Molière de la Révélation féminine, tandis que la pièce est couronnée par le Molière du Spectacle musical. La production part ensuite en tournée internationale, recevant notamment des distinctions au Festival Francophone de Hong Kong.

Passionnée par le dépassement de soi, l’autrice imagine ensuite Je ne cours pas, je vole !, une fresque haletante consacrée aux sacrifices d’une coureuse de demi-fond en quête de qualification olympique. Créée avec six comédiens sous la houlette de Johanna Boyé, la pièce triomphe au Théâtre du Rond-Point puis à la Comédie des Champs-Élysées, récoltant cinq nominations aux Molières en 2023.

Dramaturgie, mise en scène et collaborations

Au fil des saisons, l’activité théâtrale menée sous la direction d’Élodie Menant s’étend à l’accompagnement d’autres interprètes. Elle collabore ainsi à la dramaturgie et co-met en scène L’Odeur de la guerre, un seul-en-scène percutant écrit et joué par Julie Duval, présenté régulièrement à la Scala.

Elle poursuit également son travail d’écriture avec Le gros qui fume comme une cheminée en hiver, dont le texte est publié à L’Avant-scène théâtre avant d’être présenté au Théâtre des Béliers à Avignon et à Paris. En 2024, l’Académie Française salue la qualité littéraire et dramaturgique de son parcours global.

Parmi ses projets d’envergure figure aussi De 1999 à hier, spectacle co-écrit et co-mis en scène avec Aliocha Itovich, confirmant son désir constant de renouveler les formes narratives du théâtre populaire et exigeant.

Caméras, doublage et diversification

Si les planches occupent une place centrale dans sa vie, Élodie Menant développe en parallèle une présence active devant les caméras et dans les studios d’enregistrement. À la télévision, les spectateurs ont pu la voir dans diverses fictions policières, de Femmes de loi à Alice Nevers, ainsi que sur des projets de séries d’action.

Au cinéma, elle figure au générique de plusieurs longs métrages, dont le film biographique Gisèle Halimi et les comédies satiriques de la trilogie Le Monde d’après. Sa polyvalence vocale lui ouvre également les portes du doublage, où elle prête son timbre à des personnages de séries d’animation et de productions internationales.

En conjuguant la rigueur de l’écriture théâtrale, le dynamisme de la scène et la sensibilité de l’interprétation, Élodie Menant continue d’enrichir le théâtre vivant d’œuvres humanistes et vibrantes, promises à toucher un large public pour les années à venir.


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