Polyvalente et discrète, Anne-Marie Étienne s’est forgé une place singulière dans le paysage culturel francophone. Qu’elle dirige des comédiens chevronnés devant la caméra ou qu’elle orchestre des pièces sur les planches parisiennes, cette créatrice explore sans relâche les méandres du cœur humain. Son œuvre se distingue par un regard bienveillant, attentif aux fêlures du quotidien et à la force des rencontres imprévues.
Née à Bruxelles en mai 1956, la cinéaste et dramaturge a d’abord fait ses armes comme actrice avant d’embrasser l’écriture et la réalisation. Ce double ancrage, entre la France et la Belgique, a profondément nourri une démarche artistique marquée par l’élégance du dialogue et la générosité des récits.
Des plateaux de tournage aux premiers écrits
Après des études théâtrales en Belgique, la jeune artiste fait ses débuts professionnels au début des années 1980. Elle commence par prêter ses traits à des personnages variés à la télévision française, notamment dans les séries Médecins de nuit et Les Enquêtes du commissaire Maigret. Cette immersion sur les plateaux lui permet d’observer de près la mécanique des tournages et le travail de direction d’acteurs.
Le grand écran lui ouvre rapidement ses portes. Elle participe d’abord au film Family Rock de José Pinheiro en 1982, avant de côtoyer de grands maîtres du cinéma hexagonal. En 1988, elle incarne le rôle marquant de Renée dans Une affaire de femmes de Claude Chabrol, puis apparaît dans la comédie Bonjour l’angoisse de Pierre Tchernia. Ces expériences confirment son talent de comédienne tout en éveillant en elle le désir impérieux de raconter ses propres histoires.
La transition vers l’écriture s’opère tout naturellement à la fin de la décennie. Dotée d’un sens aigu de l’écoute, Anne-Marie Étienne collabore à la rédaction de scénarios pour d’autres créateurs. Elle participe ainsi à l’écriture de Un week-end sur deux, le tout premier long métrage mis en scène par Nicole Garcia en 1990. Cette collaboration remarquée met en lumière son aptitude à cerner les dynamiques familiales et les déchirements intimes avec une rare pudeur.
Un cinéma d’émotions et de liens humains
Forte de ces collaborations, l’autrice décide de franchir le pas de la mise en scène. Son premier long métrage, Un été après l’autre, réunit une distribution prestigieuse portée notamment par la comédienne Annie Cordy et Paul Crauchet. Le film pose d’emblée les fondations de son univers : un cinéma intimiste, sensible, où les générations dialoguent et s’apprivoisent malgré leurs différences et leurs blessures.
Dans ses œuvres suivantes, la réalisatrice affine sa vision de la comédie de mœurs et du drame sentimental. En 1999, elle signe Tôt ou tard, une comédie douce-amère qui croise les destins de deux passionnés de musique. Porté par Philippe Torreton, Amira Casar et Anny Dupérey, le récit déploie une partition subtile sur le hasard des rencontres et l’apprentissage du bonheur.
La maturité et le succès public
En 2007, Anne-Marie Étienne livre Si c’était lui…, une comédie sentimentale qui rassemble Carole Bouquet, Marc Lavoine et Florence Foresti. L’intrigue joue avec finesse sur le choc des personnalités entre deux voisins de palier que tout oppose. Le film rencontre un accueil chaleureux et remporte notamment le Grand Prix du Festival de Sarlat ainsi que le prix du public à Cosne-sur-Loire. Le long métrage confirme l’attachement des spectateurs pour ces chroniques légères et tendres.
Quelques années plus tard, la réalisatrice propose une œuvre encore plus poétique et épurée avec Sous le figuier. Elle y confie l’un des rôles principaux à l’illustre actrice Gisèle Casadesus, entourée d’Anne Consigny et de Jonathan Zaccaï. Ce film lumineux aborde la fin de vie et la transmission entre les âges sans pathos excessif. La caméra capte la beauté des gestes simples et célèbre la douceur de vivre au cœur d’une nature apaisante.
Le théâtre comme espace d’expérimentation et de liberté
Parallèlement à sa carrière cinématographique, la metteuse en scène entretient un lien indéfectible avec l’art vivant. Dès le milieu des années 1990, elle écrit et publie plusieurs textes dramatiques salués pour leur vivacité de réplique. Ses pièces abordent le couple, l’incommunication moderne et les désillusions sentimentales avec un humour souvent corrosif.
Sur les planches parisiennes, elle orchestre elle-même ses créations avec une rigueur scénographique évidente :
- Cette nuit ou jamais, créée en 1995 au Théâtre du Lucernaire ;
- Une mesure d’avance, montée en 1997 sur la scène du Théâtre Saint-Georges ;
- On ne refait pas l’avenir, présentée en 2000 aux Bouffes-Parisiennes ;
- Quand l’amour s’emmêle, jouée en 2004 au Théâtre du Palais-Royal.
Chaque spectacle témoigne d’une plume vive, éditée par des maisons reconnues comme Actes Sud-Papiers. Anne-Marie Étienne y dirige des interprètes d’horizons divers, veillant à préserver une grande authenticité de ton et une fluidité constante dans les échanges.
De la Comédie-Française aux classiques revisités
En 2015, l’artiste relève un défi théâtral majeur en concevant un spectacle pour la troupe de la Comédie-Française au Théâtre du Vieux-Colombier. Elle choisit d’adapter et de mettre en scène Les Enfants du silence, la pièce emblématique de Mark Medoff. Le spectacle mêle la parole articulée et la langue des signes française dans un dialogue organique particulièrement salué par la critique. Reprise avec succès au Théâtre Antoine, cette aventure scénique montre sa volonté d’aborder des thèmes sociétaux forts autour de l’acceptation et du handicap.
Toujours guidée par le plaisir du jeu, la metteuse en scène s’attaque ensuite au répertoire comique classique. Au printemps 2022, elle investit le Théâtre de Poche-Montparnasse pour diriger le vaudeville de Georges Feydeau intitulé Mais n’te promène donc pas toute nue. Elle y orchestre une mécanique de précision où le rire naît d’une critique acerbe des faux-semblants bourgeois et politiques.
Un univers artistique guidé par l’écoute de l’autre
À travers ses multiples réalisations, l’art d’Anne-Marie Étienne se singularise par une tonalité chaleureuse et réconfortante. L’autrice refuse le cynisme ambiant pour privilégier l’empathie, la résilience et la solidarité humaine. Qu’il s’agisse de comédies légères ou de fables plus mélancoliques, ses personnages cherchent inlassablement à dépasser les clivages sociaux pour se comprendre et s’aimer.
Cette recherche d’harmonie s’exprime également dans sa direction d’acteurs, toujours attentive à la sincérité des sentiments. En mêlant avec constance la rigueur théâtrale et le sens du cadre cinématographique, l’artiste belge continue d’enrichir une œuvre humaniste où chaque histoire invite à cultiver la bienveillance envers autrui.






