Le comédien Laurent Morteau dans un studio d'enregistrement avec un micro et un casque audio

Laurent Morteau : le comédien aux mille voix, de Prison Break aux As de la jungle

Certaines voix accompagnent le quotidien de millions de spectateurs sans que leur visage ne soit immédiatement identifié. Le comédien Laurent Morteau appartient précisément à cette catégorie d’artistes discrets mais indispensables, dont le timbre familier résonne à travers des décennies de fictions cultes, de comédies populaires et d’œuvres d’animation majeures.

De l’émouvant Fernando Sucre dans la série carcérale Prison Break au malicieux Gilbert le tarsier dans la franchise Les As de la jungle, l’acteur français a su bâtir une carrière d’une incroyable densité. Son parcours témoigne d’un artisanat vocal exigeant, nourri par une solide formation scénique et une curiosité artistique permanente.

De la scène aux podiums : les débuts d’un artiste complet

Né le 20 septembre 1965, Laurent Morteau grandit au sein d’une famille éloignée du spectacle, même si un oncle professeur de ciselure sur bronze stimule très tôt sa sensibilité esthétique. Durant sa jeunesse, il s’adonne avec passion au dessin et à la prise de vue photographique, développant un sens aigu du cadrage et de l’observation humaine.

Attiré par l’art dramatique, il intègre la prestigieuse École du Passage, alors placée sous la houlette du comédien et metteur en scène Niels Arestrup. Cette formation rigoureuse lui permet d’acquérir les bases du jeu classique et contemporain, tout en affinant une présence physique qui s’illustre rapidement sur les planches.

Le jeune interprète fait ses premiers pas professionnels au théâtre sous la direction de Benoît Lavigne dans La Foire de Ben Jonson. Il passe trois années au sein de cette troupe avant d’emprunter un chemin de traverse inattendu : la photographie de mode. Entre 1990 et 1995, il immortalise les défilés parisiens de haute couture et participe même au tournage du célèbre long métrage Prêt-à-porter de Robert Altman.

L’aventure collective de la Compagnie des Camerluches

Le magnétisme des planches reprend toutefois rapidement le dessus. Le comédien renoue avec le spectacle vivant grâce à Colette Nucci au Théâtre du Grenier de Bougival, jouant dans des pièces de Tennessee Williams ou de Marivaux. En 2001, cette ferveur théâtrale débouche sur la création de la Compagnie des Camerluches, une aventure collective menée avec plusieurs artistes complices.

Ensemble, ils montent plusieurs créations saluées, dont Le Plus Heureux des trois d’Eugène Labiche et Lorenzaccio d’Alfred de Musset. Quelques années plus tard, la pièce Adèle a ses raisons, écrite et mise en scène par Jacques Hadjaje, rencontre un véritable plébiscite public lors du Festival Off d’Avignon, figurant parmi les spectacles les plus courus de l’édition.

L’art du doublage : une tessiture vocale tout en souplesse

C’est par l’intermédiaire de ses camarades de troupe que Laurent Morteau découvre l’univers de la postsynchronisation au tout début des années 1990. Ses premières armes derrière la barre s’effectuent notamment auprès de la société historique SOFI. Rapidement, les directeurs de plateau remarquent son aisance et la flexibilité singulière de son organe vocal.

Doté d’une tessiture médium naturelle convenant parfaitement aux hommes adultes et aux seniors, le doubleur possède également une capacité rare à monter dans des aigus survoltés. Cette élasticité technique en fait un interprète idéal pour les registres comiques, les personnages névrosés ou les créatures excentriques de dessins animés.

Au fil des décennies, l’artiste ne se contente pas de prêter son timbre aux productions étrangères : il diversifie ses activités en devenant adaptateur de dialogues et directeur artistique sur de nombreux projets audiovisuels.

Les visages familiers du petit et du grand écran

À la télévision comme au cinéma, Laurent Morteau est devenu la voix française attitrée de plusieurs figures majeures du paysage hollywoodien. Son travail minutieux permet d’ancrer durablement la personnalité francophone de comédiens aux styles pourtant très différents :

  • Alan Ruck : il l’accompagne fidèlement depuis son interprétation mémorable du cynique Stuart Bondek dans Spin City, jusqu’à ses rôles plus récents dans des fictions dramatiques.
  • Amaury Nolasco : il lui confère une humanité vibrante, en particulier dans la peau de Fernando Sucre, le codétenu au grand cœur de la série culte Prison Break.
  • Will Forte : il restitue avec finesse son grain de folie caractéristique, notamment dans le rôle touchant de Pubba au sein de la fable fantastique Sweet Tooth.
  • Phill Lewis : il donne toute sa superbe autoritaire et comique au directeur d’hôtel Marion Moseby dans la série jeunesse La Vie de palace de Zack et Cody.
  • Ken Leung : il prête sa voix au sarcastique Miles Straume dans les mystères de Lost : Les Disparus ainsi qu’au docteur Topher Zia dans The Night Shift.
  • Tom Lenk et Danny Strong : il incarne respectivement l’inénarrable Andrew Wells dans Buffy contre les vampires et le passionné Doyle McMaster dans Gilmore Girls.

En marge de ces collaborations au long cours, le comédien a participé à une multitude de productions à succès. On retrouve ainsi sa signature vocale derrière le déjanté Adrian Pimento dans la comédie policière Brooklyn Nine-Nine, ou encore Tag Jones, le jeune assistant et prétendant de Rachel Green dans la sitcom incontournable Friends.

Au cinéma en prises de vues réelles, Laurent Morteau a notamment marqué les esprits des amateurs de science-fiction en doublant le droïde de sécurité K-2SO, interprété en capture de mouvement par Alan Tudyk dans le film acclamé Rogue One: A Star Wars Story.

De Johnny Bravo aux As de la jungle : l’univers de l’animation

Si son travail en prises de vues réelles est considérable, c’est sans doute dans le domaine de l’animation que Laurent Morteau déploie toute l’étendue de sa fantaisie. Dès les années 1990, il marque une génération entière d’enfants en incarnant le vantard musclé Johnny Bravo sur Cartoon Network, ainsi que le père farfelu dans Le Laboratoire de Dexter.

Dans l’univers Disney, il campe le redoutable sorcier Mozenrath au sein de la série télévisée dérivée d’Aladdin, prouvant sa capacité à naviguer avec la même conviction entre la menace dramatique et la pure farce cartoonesque.

L’empreinte indélébile de Gilbert le tarsier

L’un des rôles les plus emblématiques de sa carrière demeure incontestablement Gilbert, le tarsier philosophe et perpétuellement grincheux de la saga Les As de la jungle. Créée par le studio français TAT Productions, cette franchise multi-récompensée a conquis les écrans du monde entier à travers plusieurs séries et longs métrages sortis en salles.

Le jeu nuancé du comédien confère à ce minuscule primate savant un mélange irrésistible de mauvaise foi et de tendresse, faisant de ce personnage l’un des piliers comiques de l’équipe de justiciers animaliers.

Des irréductibles Gaulois aux productions contemporaines

Le talent de composition vocale de Laurent Morteau s’illustre également dans le cinéma d’animation hexagonal de grande envergure. Sous la direction de Louis Clichy et Alexandre Astier, il prête ses intonations cassées au truculent doyen du village gaulois :

  • Astérix : Le Domaine des dieux (2014) : première incarnation remarquée du vieillard colérique Agecanonix.
  • Astérix : Le Secret de la potion magique (2018) : reprise du rôle dans cette aventure originale aux millions d’entrées.
  • Attention Menhir ! (2019) : prestation pour l’expérience immersive en 4D conçue pour le Parc Astérix.

Plus récemment, l’artiste prête sa voix au personnage de Qilby dans les saisons 3 et 4 de la saga d’animation française Wakfu, tout en participant à des œuvres acclamées par la critique telles que Sirocco et le royaume des courants d’air ou la série de super-héros adulte Invincible.

Les mondes virtuels et le jeu vidéo

L’industrie vidéoludique a également largement fait appel aux compétences d’interprétation de Laurent Morteau. Grâce à son sens du rythme et sa capacité à camper des archétypes mémorables en quelques répliques, il enrichit de nombreux univers interactifs d’envergure internationale.

Les joueurs attentifs peuvent ainsi reconnaître son timbre au détour de grandes sagas narratives : il incarne notamment le tireur d’élite Jun (Noble 3) dans Halo: Reach, le colon tourmenté Jun Long dans Fallout 4, ou encore Brendan, l’intelligence artificielle logée dans un distributeur de boissons bavard au cœur de la mégapole futuriste de Cyberpunk 2077.

Qu’il s’agisse de grosses productions comme Horizon Forbidden West, Heavy Rain ou Spider-Man 2, le comédien insuffle une vérité théâtrale à des personnages virtuels aux profils très diversifiés.

Par sa polyvalence remarquable et son dévouement passionné à l’art du jeu vocal, Laurent Morteau s’impose comme une référence incontournable de l’interprétation francophone, continuant d’enrichir le patrimoine audiovisuel de sa créativité inépuisable.


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