Avec son trait spontané, ses couleurs douces et son humour désabusé, Salomé Lahoche s’est imposée en quelques années parmi les figures les plus singulières du roman graphique francophone. L’autrice dépeint les angoisses quotidiennes, les errances de la jeunesse et les paradoxes contemporains avec une autodérision féroce.
Son univers séduit un lectorat grandissant, tant sur les réseaux sociaux qu’en librairie. Derrière la légèreté apparente des teintes acidulées, la dessinatrice aborde frontalement la santé mentale, la précarité et le refus des injonctions modernes de réussite.
Des bancs d’école aux ateliers d’Angoulême
Une jeunesse nourrie de lectures et d’autodérision
Née le 24 août 1997 à Rouen, la créatrice grandit sous le climat pluvieux de Normandie, un cadre propice à une plongée précoce dans la lecture. Fille d’une professeure d’anglais et d’un agent public territorial, elle s’amuse souvent de son éducation au sein d’une famille militante de gauche.
Durant son adolescence, elle découvre avec passion l’effervescence des blogs BD et s’imprègne de plusieurs romans graphiques marquants. Elle s’inspire notamment des travaux de Marjane Satrapi, de Simon Hanselmann ou de Florence Dupré la Tour, qui nourrissent son goût pour la narration intime.
Un apprentissage artistique rigoureux
Après l’obtention de son baccalauréat à l’âge de 16 ans, Salomé Lahoche entame une année de mise à niveau en arts appliqués à Paris. Elle intègre ensuite l’École européenne supérieure de l’image d’Angoulême, où elle perfectionne sa technique narrative pendant trois ans.
Elle poursuit son parcours à la Haute École des arts du Rhin de Strasbourg jusqu’à l’obtention de son diplôme en 2021. À l’issue de ses études, l’artiste choisit de s’installer durablement à Angoulême, une ville réputée pour son dynamisme éditorial et ses ateliers collectifs.
L’irruption digitale : le phénomène des réseaux sociaux
L’esthétique singulière du « cynisme pastel »
À partir de 2020, l’illustratrice commence à publier régulièrement de courts strips autobiographiques sur Instagram sous l’identifiant `@salomelahoche`. Son style visuel repose sur un contraste saisissant, associant des tons pastel lumineux à des réflexions d’un pessimisme mordant.
Dans ses cases, le rose pâle accompagne les déceptions sentimentales, tandis que le bleu illustre les lendemains de fête difficiles. Elle qualifie volontiers son travail d’un dessin simple rehaussé d’une touche décalée, revendiquant une posture aux antipodes du culte de la performance.
Cette approche décomplexée trouve un écho puissant auprès des lecteurs. Sa communauté grandit rapidement, franchissant le cap des 140 000 abonnés au printemps 2026. Certains professionnels de santé mentale utilisent même ses planches comme support thérapeutique en consultation pour aborder les dépendances ou l’anxiété.
Une mise à distance salutaire de la sphère intime
Malgré une présence numérique très active, Salomé Lahoche protège scrupuleusement sa vie personnelle et celle de ses proches. Elle rappelle souvent que ses publications ne reflètent qu’une infime partie de son quotidien réel, scénarisée à des fins humoristiques.
Avec la stabilisation de sa situation professionnelle et l’arrêt de certaines consommations excessives, ses thèmes d’écriture évoluent. Ses récits récents s’orientent davantage vers des interrogations philosophiques et des questionnements métaphysiques plus universels.
De la confidence autobiographique à la fiction mordante
Les recueils de strips : un miroir sans fard
En février 2023, la dessinatrice fait paraître son premier ouvrage relié, intitulé La vie est une corvée, aux Éditions Exemplaire. Le livre rassemble deux années de courtes bandes dessinées publiées en ligne ainsi que plusieurs créations inédites.
Dans le prolongement de cette dynamique, elle publie début 2025 le recueil Peur de mourir mais flemme de vivre. L’ouvrage documente la transition délicate vers une vie d’adulte plus posée, tout en conservant une tonalité désabusée très appréciée du public.
Les incursions remarquées dans la fiction pure
Parallèlement à ses tranches de vie personnelles, Salomé Lahoche explore la fiction avec le premier tome d’Ernestine, paru chez Même Pas Mal en janvier 2024. Le récit met en scène une fillette surdouée de onze ans, fumeuse, cynique et impitoyable avec son entourage.
Cette création demande quatre années de travail préparatoire et confirme la capacité de l’autrice à construire des récits longs. Le second volume de cette comédie grinçante enrichit cet univers décalé.
L’autrice diversifie encore son répertoire avec Ancolie, une bande dessinée parue chez Glénat. Cette parodie fantastique raconte les aventures d’une sorcière fêtarde et peu empathique, contrainte de sauver le monde pour assurer sa propre tranquillité.
« `html
| Titre | Éditeur | Genre principal |
|---|---|---|
| La vie est une corvée | Éditions Exemplaire | Autobiographie / Strips |
| Ernestine | Éditions Même Pas Mal | Fiction / Comédie noire |
| Peur de mourir mais flemme de vivre | Éditions Exemplaire | Autobiographie / Humour |
| Ancolie | Éditions Glénat | Fiction fantastique |
« `
Réception critique et regard sur sa génération
Le travail de Salomé Lahoche reçoit un accueil enthousiaste de la critique spécialisée et des professionnels du livre. À l’automne 2024, elle remporte ainsi le prestigieux prix Révélation Bande dessinée ADAGP lors du festival Quai des Bulles pour son album Ernestine.
L’année suivante, les libraires indépendants saluent également son talent en lui décernant le prix Libr’à Nous dans la catégorie dédiée au neuvième art. En parallèle de ses livres, elle collabore ponctuellement à la presse, notamment pour la revue Manière de voir, et participe à des ouvrages collectifs avec d’autres autrices contemporaines.
Souvent qualifiée par les médias de porte-parole d’une génération désabusée, elle réfute pourtant toute volonté de représenter l’ensemble de sa classe d’âge. Elle préfère concentrer son travail sur l’observation lucide de ses propres paradoxes politiques, écologiques et affectifs.
En transformant ses doutes intimes en récits universels et piquants, Salomé Lahoche continue de renouveler la bande dessinée humoristique francophone. Son regard sans concession promet d’ouvrir de nouvelles pistes narratives particulièrement réjouissantes.





