Dans le Paris de l’après-guerre, le monde du spectacle a vu naître des alliances hors du commun. C’est dans ce décor passionné que s’est déployé le destin de Lana Marconi, une actrice dont l’existence entière s’est confondue avec celle du dramaturge Sacha Guitry.
Derrière la silhouette sculpturale de cette comédienne se cachaient pourtant des secrets jalousement gardés. De la précarité de ses jeunes années à ses liens insoupçonnés avec la couronne de Roumanie, elle a su ériger un rempart de silence pour préserver son couple.
La muse de Sacha Guitry : une fusion artistique et conjugale
Leur histoire commence par une entremise célèbre. C’est en effet la comédienne Arletty qui introduit la jeune femme auprès du maître du théâtre français. À partir du mois de mai 1945, la jeune femme partage sa vie avec lui, apportant un soutien précieux à un homme alors rejeté par le Tout-Paris de la Libération.
Leur union se concrétise quelques années plus tard, le 25 novembre 1949, par un mariage qui fera date. Ce jour-là, Guitry prononce à l’adresse de celle qui devient sa cinquième et dernière épouse une phrase restée célèbre : « Les autres furent mes épouses, vous, vous serez ma veuve ». Il la surnomme aussi affectueusement son « cher renard », conscient que ses belles mains fermeront un jour ses yeux.
Pourtant, cette dévotion conjugale s’accompagne d’une liberté de mœurs tout à fait singulière pour l’époque. La dernière épouse de Sacha Guitry entretient en effet une liaison amoureuse durable avec Frede, la célèbre directrice du cabaret Le Carroll’s. Loin de briser le couple, cette relation s’intègre harmonieusement à leur quotidien, Frede s’installant même au sein du foyer durant plusieurs années.
La dernière épouse de Sacha Guitry face aux projecteurs
Sur les planches comme devant la caméra, la carrière de Lana Marconi se caractérise par une exclusivité absolue. Elle n’a en effet jamais tourné ni joué pour un autre réalisateur que son époux, devenant en quelque sorte sa création artistique exclusive.
Au théâtre, elle crée sept pièces écrites par Guitry, démontrant une belle polyvalence en interprétant parfois plusieurs rôles simultanément, comme dans l’adaptation du Diable boiteux. Dans la pièce Toâ, elle incarne un personnage nommé Virginie Lacassagne, tout en prêtant sa voix à la chanson de la bande originale.
Sa filmographie, bien que concentrée sur une période de seulement huit ans entre 1948 et 1956, affiche un succès populaire indéniable. Ses films ont ainsi cumulé près de 9,9 millions d’entrées cumulées en salles, principalement dans des comédies et des drames historiques. À l’écran, elle impose un style de jeu singulier, prêtant ses traits à des femmes élégantes et distantes, empreintes d’une certaine froideur clinique.
Voici les œuvres majeures qui ont jalonné son parcours cinématographique :
- Le comédien (1948) : sa toute première apparition publique à l’écran dans le rôle de Catherine Maillard.
- Le diable boiteux (1948) : elle y prête ses traits à Madame Grand.
- Aux deux colombes (1949) : elle y incarne la grande-duchesse Christine.
- La vie d’un honnête homme (1952) : elle y joue le rôle de Thérèse Verdier.
- Si Versailles m’était conté (1954) : elle y assume un double rôle marquant, celui de la reine Marie-Antoinette et de Nicole Legay.
- Si Paris nous était conté (1956) : son ultime apparition cinématographique, où elle incarne à nouveau la souveraine Marie-Antoinette.
Les secrets enfouis de l’actrice roumaine
Si le public parisien ne connaissait d’elle que son élégance, ses origines réelles étaient bien plus modestes et tumultueuses. Née à Bucarest en 1917 sous le nom d’Ecaterina Ileana Marcovici, elle quitte la Roumanie avec sa mère à l’âge de cinq ans. Loin des rumeurs d’aristocratie, elle grandit en réalité dans la pauvreté, élevée par une mère actrice sans emploi.
Le plus grand secret de Lana Marconi réside toutefois dans ses liens politiques complexes. Elle était en effet la belle-fille du roi Carol II de Roumanie, un monarque controversé qui avait instauré une constitution d’inspiration fasciste. À la Libération, alors que Guitry est déjà dans le collimateur des autorités, elle choisit de garder un silence absolu sur cette parenté pour protéger son époux.
Ce secret bien gardé manque pourtant d’éclater au grand jour au milieu des années cinquante. Son frère Mirel, en proie à de grandes difficultés financières, publie alors des révélations indiscrètes dans la presse à scandale. Cet épisode provoque une immense colère chez l’actrice roumaine, qui a toujours lutté pour cadenasser les détails de sa vie privée.
Réception, controverses et homonymie moderne
La personnalité de la comédienne continue de diviser les historiens et les critiques bien après sa disparition. Si certains louent sa fidélité sans faille, d’autres dressent d’elle un portrait beaucoup plus sombre. L’historien Patrick Buisson n’hésite pas à la qualifier de véritable monstre, soulignant sa méfiance maladive envers les journalistes et son caractère implacable.
Après le décès de Guitry en 1957, elle se retire définitivement de la vie publique. Elle s’éteint finalement en décembre 1990 à Neuilly-sur-Seine, avant de rejoindre son époux au cimetière de Montmartre.
Une homonymie lointaine : la thérapeute Lana Marconi
Il convient de ne pas confondre l’actrice franco-roumaine avec son homonyme contemporaine canadienne. Cette dernière, la docteure Lana Marconi, s’est illustrée dans un tout autre domaine en tant que thérapeute et réalisatrice de documentaires spirituels.
Elle a notamment coécrit un ouvrage à succès de la série Wake Up and Live the Life You Love aux côtés de Deepak Chopra. Ses films documentaires, à l’instar de The Resonance, s’attachent à explorer l’éveil des consciences et les médecines alternatives, à mille lieues du Paris théâtral du milieu du XXe siècle.
Lana Marconi demeure ainsi une figure fascinante, indissociable de l’œuvre du dramaturge dont elle fut la gardienne du temple. En emportant ses secrets d’exil et ses fêlures intimes, elle est entrée dans la légende du cinéma français comme l’ultime et mystérieuse muse de Sacha Guitry.
