En 2023, les amateurs de cinéma d’épouvante ont d’abord découvert sur grand écran l’exorcisme du Vatican, un long-métrage qui s’inspire librement des mémoires du père Gabriele Amorth. Ce prêtre italien, devenu une figure presque légendaire au sein de l’Église catholique, a passé des décennies à traquer le mal sous toutes ses formes. À travers cette œuvre cinématographique, Hollywood s’empare d’un rituel séculaire pour en faire un spectacle visuel intense, mêlant secrets d’État et affrontements démoniaques.
Cependant, derrière les effets spéciaux spectaculaires et les rebondissements dramatiques, se cache une réalité beaucoup plus complexe. La frontière entre la croyance religieuse, la psychiatrie et le divertissement populaire s’avère particulièrement mince lorsqu’on aborde le sujet des forces occultes. Pour démêler le vrai du faux, il convient d’explorer à la fois le parcours de l’exorciste le plus célèbre de Rome et la manière dont son combat a été réinventé pour le grand public.
Gabriele Amorth, la figure historique derrière le mythe
Le ministère de l’exorcisme pontifical au quotidien
Pour comprendre la genèse du film, ceux qui cherchent à analyser l’exorcisme du Vatican doivent se pencher sur la vie de son protagoniste réel. Né en 1925, Gabriele Amorth a exercé comme exorciste en chef de Rome de 1986 à 2016. Surnommé le « Doyen des Exorcistes », cet homme d’Église au fort tempérament affirmait avoir réalisé plus de 100 000 interventions au cours de sa longue carrière. Il lui arrivait même de mener plusieurs séances de front pour répondre à la demande.
Le père Amorth a consigné ses expériences dans des ouvrages à succès, notamment Un exorciste raconte, qui ont servi de base au scénario. Son travail a également été influencé par le célèbre film L’Exorciste de 1973. Amorth était d’ailleurs un ami proche du réalisateur William Friedkin. Il lui a même permis de capturer cette intervention en direct sur une patiente italienne nommée Cristina. Le prêtre est finalement décédé en 2016 durant le tournage du documentaire qui lui était consacré.
La succession et la réalité du diocèse de Rome
Bien que le Vatican ait initialement qualifié le documentaire de Friedkin d’initiative privée, l’institution s’est montrée plus réceptive par la suite. Le pape François a lui-même réaffirmé l’existence de Satan et reconnu avoir pratiqué des exorcismes en Argentine. En 2014, le Saint-Siège a officiellement reconnu l’Association des exorcistes, structurant ainsi cette pratique à l’échelle mondiale.
Après la disparition du père Amorth, le père Vincenzo Taraborelli a repris le flambeau à Rome. Néanmoins, le diocèse fait face à une pénurie criante. On ne compte aujourd’hui que huit exorcistes actifs pour une demande qui ne cesse de croître, certains prêtres étant âgés ou malades.
L’exorcisme du Vatican sur grand écran : le film de 2023
Une production soignée portée par Russell Crowe
Le réalisateur Julius Avery a mis en scène l’exorcisme du Vatican en s’appuyant sur un casting international prestigieux. L’acteur oscarisé Russell Crowe incarne le rôle principal, ce qui constitue le premier rôle principal de l’acteur dans un film d’horreur, un genre qu’il évitait jusqu’alors par superstition. Face à lui, Franco Nero prête ses traits au Pape, tandis que Ralph Ineson prête sa voix du démon Asmodeus.
Bénéficiant d’un budget de production de 18 millions de dollars, l’équipe a tourné le film principalement en Irlande, notamment à Dublin et Limerick. D’une durée de 103 minutes, cette production se classe dans le genre épouvante-thriller. En raison de sa violence et de ses références visuelles, elle a écopé d’une interdiction aux moins de 12 ans en France et d’une classification « R » aux États-Unis.
Du rite vatican au grand spectacle : le scénario décrypté
L’intrigue se déroule en 1987. Le Pape envoie le père Amorth en Espagne pour aider Henry, un jeune garçon possédé par une entité d’une violence extrême. Sur place, Amorth s’associe au prêtre local, le père Esquibel. Le démon utilise alors les traumatismes personnels des prêtres pour tenter de les briser moralement.
En fouillant les catacombes de l’abbaye espagnole, les deux ecclésiastiques découvrent un terrible secret historique. Asmodeus aurait entièrement orchestré l’Inquisition espagnole après avoir possédé le grand exorciste de l’époque. Pour sauver la famille, le père Amorth accepte d’offrir son propre corps au démon avant d’être sauvé in extremis par son confrère. À la fin, le Pape leur confie une nouvelle mission : traquer le mal à travers le monde.
À l’écran, le film dépeint le personnage d’Amorth avec une bonne dose d’anticonformisme. Il se déplace à Vespa, soutane au vent, boit du whisky en cachette et désamorce les situations tendues par des plaisanteries bien senties, rappelant la figure populaire de Don Camillo.
Accueil du public, critiques et polémiques historiques
Un succès populaire malgré des avis partagés
Le film a rencontré un franc succès dans les salles. En France, il a cumulé 383 962 entrées en huit semaines d’exploitation, devançant même certaines grosses productions lors de sa sortie. Sur le plan critique, les avis sont plus contrastés. Les agrégateurs affichent des notes moyennes, à l’image de SensCritique qui rapporte une note moyenne globale de 6,1/10 de la part de ses membres.
Si les critiques ont salué la performance pleine d’autodérision de Russell Crowe, ils ont en revanche déploré un manque d’originalité. Le film abuse de clichés du genre horrifique, comme les lévitations ou les voix d’outre-tombe. Certains journalistes ont même regretté une surenchère d’effets spéciaux numériques qui nuit à l’ambiance angoissante du récit.
La controverse de la réécriture historique
Au-delà des qualités cinématographiques, l’exorcisme du Vatican a soulevé des questions éthiques et idéologiques. Plusieurs analystes ont pointé du doigt la manière dont le scénario traite l’Inquisition espagnole. En attribuant les exactions historiques de l’Église catholique à une possession démoniaque, le film semble dédouaner l’institution de ses responsabilités réelles dans les heures les plus sombres de son histoire. Une partie de la critique a jugé cette pirouette scénaristique dérangeante.
Les incohérences et divergences des bases de données de l’exorcisme du Vatican
Le mystère des chiffres du box-office américain
L’analyse des données commerciales entourant l’exorcisme du Vatican met en lumière des contradictions surprenantes entre les sources de référence. La plus notable concerne les recettes générées sur le sol américain. D’un côté, certaines fiches encyclopédiques font état d’un box-office américain de 20 009 380 dollars pour un cumul mondial de 76 648 272 dollars. De l’autre, des sites spécialisés dans le cinéma de genre attribuent la somme de 76 987 621 $ au seul marché américain, créant un écart considérable.
Le flou autour de la sortie physique en France
Une autre divergence majeure concerne la chronologie de la distribution à domicile. Les bases de données cinématographiques classiques indiquent que le film est sorti en DVD et Blu-ray en France le 13 septembre 2023. Pourtant, d’autres plateformes spécialisées mentionnent une sortie DVD/VOD en France programmée pour le 10 mars 2025.
Aujourd’hui, le film est largement accessible au public français. Les amateurs peuvent le retrouver sur diverses plateformes de streaming et de vidéo à la demande :
- Canal VOD, Sooner et Amazon Video pour la location en ligne ;
- Pathé Home, VIVA by videofutur et Premiere Max ;
- Apple TV Store et Rakuten TV pour l’achat numérique.
Pour les collectionneurs, le support physique reste disponible, le DVD simple étant vendu aux alentours de 8 à 9 euros, tandis que l’édition Blu-ray est proposée au prix de 14,99 € dans les enseignes spécialisées.
Qu’on le considère comme un simple divertissement horrifique ou comme une adaptation romancée de croyances bien réelles, la fascination mondiale pour l’exorcisme du Vatican ne faiblit pas. En mêlant la grande histoire de l’Église aux codes du cinéma de genre, cette œuvre continue de susciter le débat, rappelant que les mystères de la foi et de l’esprit humain demeurent des sujets d’exploration inépuisables pour la fiction contemporaine.
