Sur les plateaux de tournage du monde entier, son nom résonne comme le synonyme absolu de la bravoure à cheval. Mario Luraschi a façonné les plus grandes scènes équestres du septième art, cumulant plus de trois mille chutes et réglant les actions de plusieurs centaines de longs-métrages. Cet écuyer hors norme a transformé la cascade équestre en une discipline d’une précision chirurgicale, sans jamais sacrifier l’intégrité de ses montures.
Derrière l’éclat des projecteurs se cache un homme de terrain, guidé par une passion sans faille pour les chevaux et le spectacle vivant. Depuis son domaine de l’Oise, il a bâti une structure unique capable de répondre aux exigences des plus grands réalisateurs. Retour sur la trajectoire d’un artisan visionnaire qui a réinventé les liens entre l’homme et l’animal à l’écran.
De la passion amérindienne aux maîtres ibériques
Né en Italie en 1947, le futur dresseur grandit loin des pistes de spectacle. Fils de maçon, il décroche d’abord un diplôme technique en aéronautique industrielle axé sur les avions militaires. Pourtant, son esprit vagabonde déjà vers d’autres horizons. Fasciné dès l’enfance par les Amérindiens d’Amérique du Nord, il ressent très tôt l’appel du monde équin.
L’expérience fondatrice de la Vallée des Peaux-Rouges
À seulement 18 ans, le jeune homme prend un virage décisif en participant à la fondation d’un parc à thème dans l’Oise. Pendant quatre années complètes, il vit sous un tipi, vêtu de tenues traditionnelles et s’initiant aux rituels amérindiens. Cette immersion totale forge son approche instinctive du cheval. Malgré les réticences paternelles, il choisit de consacrer son existence à la scène équestre après avoir observé des dresseurs de cirque capables de diriger des étalons d’un simple geste.
La quête auprès des maîtres de l’art équestre
Pour affiner sa technique, Mario Luraschi entreprend de longs voyages formateurs en Espagne, au Portugal et en Amérique du Sud. Parti en auto-stop sans papiers, il rencontre à Salamanque Alvaro Domecq, le célèbre créateur de l’École royale andalouse d’art équestre. Durant plusieurs mois, il assimile les fondamentaux de l’équitation de travail et du dressage classique. Il complète cet apprentissage auprès de mentors renommés comme Luis Valença et Paco Yañez, intégrant la rigueur de la tauromachie équestre ibérique.
Le Tipi d’Ermenonville : le sanctuaire de la cavalerie
De retour en France, le maître des cascades à cheval implante ses installations au cœur de la forêt d’Ermenonville. Baptisée « Le Tipi », sa propriété en rondins de bois abrite des écuries modernes, des ateliers de sellerie et une collection inestimable de harnachements historiques. Il y accueille une cavalerie permanente de chevaux cascadeurs, complétée lors des grands projets par de nombreuses montures de figuration.
« ` +————————————————————-+ | LES PILIERS DU TRAVAIL ÉQUESTRE SELON LURASCHI | +————————————————————-+ | 1. Sélection rigoureuse en Espagne et au Portugal | | 2. Débourrage progressif adapté au rythme de l’animal | | 3. Entraînement physique et précision au chronomètre | | 4. Sécurité absolue : primauté de la vie sur l’image | +————————————————————-+ « `
Une méthodologie axée sur la confiance
Chaque équidé fait l’objet d’une préparation méthodique et individualisée. Mario Luraschi achète lui-même ses montures dans la péninsule ibérique avant de les amener progressivement vers la Haute École et les cascades complexes. Il utilise le chronomètre pour développer leur endurance et leur réactivité, tout en observant scrupuleusement la psychologie de chaque sujet. L’apprentissage repose sur la complicité et la récompense plutôt que sur la contrainte.
Cette rigueur s’accompagne d’une exigence éthique absolue sur les tournages. Le dresseur refuse catégoriquement de mettre en péril ses bêtes pour les besoins d’un plan sensationnel. Il a maintes fois rappelé aux metteurs en scène qu’aucun métrage de pellicule ne justifie la moindre blessure d’un animal. Cette philosophie lui a permis de traverser les décennies avec la confiance indéfectible de ses partenaires à quatre pattes, malgré des épreuves douloureuses comme l’incendie tragique de ses écuries en 2007.
Cinquante ans d’exploits sur grand écran
En plus de cinq décennies de carrière, le célèbre cascadeur équestre est intervenu sur plus de cinq cents productions audiovisuelles. Son expertise technique englobe le réglage des chutes, le dressage spécialisé, la formation des comédiens et la réalisation de scènes d’action de seconde équipe.
Des cascades historiques et spectaculaires
Les réalisateurs les plus prestigieux font appel à ses services pour concevoir des séquences mémorables :
- Le saut d’une tranchée de quatre mètres hérissée de pieux dans Jeanne d’Arc de Luc Besson.
- La traversée d’une baie vitrée avec arrêt immédiat dans le film de cape et d’épée La Fille de d’Artagnan.
- Les manœuvres équestres impériales et l’explosion de ponts dans la fresque télévisée Napoléon.
- Les effets visuels animaliers complexes de Terry Gilliam dans Les Frères Grimm.
- Les poursuites urbaines et les feintes de refus d’obstacle pour le film sportif Jappeloup.
Pour accomplir de telles prouesses, cette légende de la cascade s’appuie sur des montures emblématiques. Des chevaux comme Suerte, Napolitano ou Apollo sont devenus de véritables vedettes de cinéma, capables de simuler la peur, la mort ou la révolte sur commande.
Le mentor des stars du grand écran
Mario Luraschi a également formé et guidé des dizaines d’acteurs de premier plan. De Sophie Marceau à Jean Reno, en passant par Guillaume Canet, Matt Damon, Salma Hayek ou Jean Dujardin, tous ont bénéficié de ses conseils pour paraître crédibles et monter en toute sécurité devant la caméra. Sa capacité à transmettre rapidement les rudiments de l’équitation a grandement facilité le travail des productions internationales.
De la scène de spectacle aux honneurs nationaux
Au-delà des studios de cinéma, le dresseur de chevaux pour le cinéma a conquis les scènes du monde entier. Il a orchestré des spectacles grandioses à Las Vegas, supervisé les représentations du Far West à Disneyland Paris et conçu les arènes équestres d’Europa-Park en Allemagne. En 2006, il règle notamment la spectaculaire course de chars du spectacle Ben-Hur mis en scène par Robert Hossein au palais omnisports de Paris-Bercy.
Entre 2019 et 2022, il concrétise son projet le plus personnel avec la tournée de la fresque Fascination. Cette rétrospective scénique rassemble une trentaine de chevaux et des dizaines de techniciens pour retracer son parcours à travers des numéros de Haute École, des simulations de cascades et la participation d’artistes invités comme Lorenzo.
Cette carrière exceptionnelle lui a valu les plus hautes distinctions artistiques et républicaines. Nommé chevalier de la Légion d’honneur et officier des Arts et des Lettres, il a également reçu le prestigieux prix Henri-Langlois pour sa contribution aux arts et techniques du cinéma.
Aujourd’hui installé dans ses écuries historiques aux côtés de son épouse Clémence Faivre, Mario Luraschi continue d’ouvrir son univers aux passionnés lors d’événements exclusifs. Son œuvre témoigne d’un savoir-faire unique où la virtuosité technique s’efface toujours devant la beauté brute et la noblesse du cheval.






