Portrait de Pierre Murat, critique de cinéma, assis à un bureau entouré de livres et d'éléments rappelant l'univers du film

Pierre Murat : itinéraire d’un critique de cinéma érudit et sans compromis

Dans le paysage de la critique cinématographique française, peu de voix et de signatures possèdent une telle longévité. Figure familière des auditeurs du dimanche soir et des lecteurs de la presse culturelle, Pierre Murat incarne une approche exigeante, érudite et passionnée du septième art. Son style incisif et sa franchise ont marqué des générations de cinéphiles.

Pendant plus de quatre décennies, ce journaliste a exploré le cinéma mondial sous toutes ses coutures. De la presse écrite aux studios de radio, en passant par les comités de sélection de festivals prestigieux, son parcours illustre une fidélité absolue à l’image et aux auteurs.

Des racines méditerranéennes à l’érudition cinéphile

Né le 22 février 1948 à Bizerte, en Tunisie, au sein d’une famille française d’origine russe, Pierre Murat grandit dans un univers ouvert sur plusieurs cultures. Très tôt, le grand écran s’impose à lui comme une révélation. Son tout premier choc visuel survient devant Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock, une expérience fondatrice qui scelle son amour du cadrage et de la mise en scène.

Guidé par cette curiosité, il entreprend des études supérieures éclectiques, mêlant les lettres classiques, les langues orientales et le cinéma. Il rédige notamment un mémoire universitaire dédié au cinéaste et monteur Henri Colpi, avant de soutenir un doctorat consacré au cinéma d’espionnage. Cette formation académique solide nourrit son regard critique sans jamais alourdir son propos d’un jargon abscons.

Ses goûts de spectateur s’affirment autour de figures majeures de la mise en scène. Admirateur fervent de Max Ophüls et de Woody Allen, Pierre Murat défend une cinéphilie élégante, attentive au rythme narratif, à la direction d’acteurs et à la sensibilité des récits.

Une plume majeure au cœur de la presse écrite

Le parcours professionnel de Pierre Murat débute véritablement au tout début des années 1970. En 1971, il rejoint la rédaction des Fiches du cinéma, une institution reconnue pour ses analyses méthodiques de l’ensemble des sorties en salles. Il prend ensuite la tête de la revue ainsi que celle de L’Annuel du Cinéma jusqu’au tournant des années 1980.

Au début de cette nouvelle décennie, il intègre l’hebdomadaire Télérama. C’est au sein de ce magazine culturel qu’il déploie son style piquant et son sens aigu de la synthèse. Il prend la direction de la rubrique cinéma de 1999 à 2018, guidant des centaines de milliers de lecteurs à travers les sorties hebdomadaires et les rétrospectives.

Pour prolonger ces échanges avec le public, l’ex-rédacteur en chef adjoint de Télérama anime également pendant plusieurs années un espace d’expression interactif, intitulé Clin d’œil, le blog de Pierre Murat. Il y partage ses coups de cœur impromptus, ses agacements et ses réflexions sur l’évolution de l’industrie cinématographique.

Une présence incontournable sur les ondes

À partir de 1992, Pierre Murat rejoint la tribune du Masque et la Plume sur France Inter. Autour de la table ronde animée successivement par Jérôme Garcin puis Rebecca Manzoni, le journaliste et critique s’impose rapidement comme l’un des sociétaires les plus emblématiques du programme.

Ses interventions radiophoniques se distinguent par une verve théâtrale et un enthousiasme communicatif. L’auteur et critique de film n’hésite jamais à ferrailler contre l’avis de ses confrères, qu’il s’agisse de défendre une œuvre d’auteur confidentielle ou d’éreinter une superproduction hollywoodienne jugée paresseuse.

Les auditeurs fidèles lui connaissent également une manie amusante : sa propension régulière à dévoiler la fin ou les retournements scénaristiques des longs métrages au cours des débats. Cette liberté de ton, souvent moquée avec tendresse par ses pairs, témoigne d’une volonté permanente de raconter la structure narrative d’une œuvre jusqu’au bout.

Sélectionneur et passeur au sein des festivals

Au-delà de son activité de chroniqueur, Pierre Murat s’investit directement dans les coulisses de la création cinématographique en collaborant avec de grands rendez-vous internationaux. Son expertise reconnue lui ouvre les portes du Festival de Cannes au milieu des années 1990.

De 1995 à 2005, il officie comme sélectionneur des courts métrages pour la compétition officielle de la grand-messe cannoise, sous les présidences et directions de Gilles Jacob puis de Thierry Frémaux. En 2005, il rejoint également le comité de sélection de la Semaine de la critique, contribuant à mettre en lumière de nouveaux talents émergents. Par ailleurs, il apporte son regard à d’autres manifestations, en présidant par exemple le jury du Festival de Biarritz Amérique Latine.

L’archiviste et le biographe du septième art

Parallèlement à ses articles de presse, Pierre Murat consacre une part importante de son temps à l’édition d’ouvrages de référence. Il participe activement à la mémoire collective du cinéma à travers des publications patrimoniales et des études monographiques :

  • La codirection annuelle de la collection L’Année du cinéma chez Calmann-Lévy de 1982 à 2005, aux côtés de consœurs comme Danièle Heymann et Isabelle Danel.
  • La direction éditoriale du volumineux Guide du cinéma recensant 15 000 films, publié sous l’égide de Télérama.
  • Des monographies approfondies consacrées à des créateurs majeurs, à l’image d’Andreï Tarkovski ou de Brigitte Bardot (coécrit avec Gérard Pangon).
  • Un travail analytique poussé autour de Danielle Darrieux, actrice dont il décortique la filmographie avec une précision admirable.
  • La conception ludique de l’ouvrage Ciné Game Book : Histoire mondiale du septième art, réalisé avec Michel Grisolia.

À travers ses écrits, ses prises de parole et ses ouvrages, l’ancien critique de cinéma défend une vision vivante et sans compromis du grand écran, rappelant que la critique demeure avant tout un acte de transmission et de dialogue avec le public.


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