Pendant une décennie, les silhouettes monumentales de Bonom ont hanté les nuits urbaines, transformant les façades aveugles en d’immenses bestiaires de béton. Cet artiste hors norme a marqué de son empreinte le paysage visuel de la Belgique et de la France, avant de choisir une toute nouvelle voie créative. Aujourd’hui, son parcours témoigne d’une transition fascinante entre l’illégalité de la rue et la lumière des plateaux de théâtre.
L’art de la bête : la naissance d’un géant du street art
Une décennie d’œuvres monumentales et clandestines
Derrière le pseudonyme de Bonom se cache en réalité l’artiste Vincent Glowinski. Ce créateur hors norme s’est fait connaître en investissant les hauteurs de Bruxelles et de Paris, des villes où ses peintures monumentales prenaient vie à la faveur de la nuit. Ses fresques géantes représentaient principalement des squelettes anatomiques, des animaux sauvages ou des personnages étranges suspendus dans le vide.
Chaque dessin semblait surgir de l’obscurité pour défier les lois de la gravité. Ce travail se caractérisait par un style graphique extrêmement personnel et une maîtrise impressionnante du mouvement. L’artiste possédait un sens aigu de l’espace, choisissant toujours des lieux saisissants pour y installer ses créatures.
Le goût du risque comme moteur créatif
Réaliser de telles œuvres à plusieurs dizaines de mètres du sol exigeait un courage physique hors du commun. Pour cet artiste, le goût du risque n’était pas un simple artifice, mais un élément constitutif de sa démarche. Il escaladait les façades sans cordes ni protections, bravant le danger et l’interdiction légale pour offrir ses visions au public.
Cette approche de la création urbaine a profondément marqué l’histoire du street art européen. Le personnage de Bonom incarnait une liberté sauvage, une volonté de réenchanter la ville grise par des apparitions spectaculaires. Ses bêtes gigantesques, bien que figées sur la brique, semblaient prêtes à s’élancer sur les passants.
Une métamorphose artistique : du mur à la scène
Le corps comme pinceau avec Wim Vandekeybus
Après des années d’acrobaties nocturnes, l’artiste a ressenti le besoin d’explorer de nouveaux territoires d’expression. Il a ainsi entamé une collaboration majeure avec la compagnie Ultima Vez, dirigée par le célèbre chorégraphe belge Wim Vandekeybus. Ensemble, ils ont imaginé des performances scéniques innovantes où la peinture rencontre la danse contemporaine.
Sur scène, le corps de l’artiste se transforme directement en pinceau. Ses mouvements, captés en temps réel, tracent des formes éphémères sur de grands écrans, prolongeant son geste graphique dans une dimension tridimensionnelle. Cette transition montre comment l’énergie brute de la rue peut se réinventer dans l’espace feutré du théâtre.
Travailler à visage découvert
Ce passage à la scène a également marqué une rupture personnelle majeure. Désormais dégagé de son double artistique, l’artiste travaille à visage découvert sous son véritable nom, Vincent Glowinski. Il n’a plus besoin de l’anonymat protecteur de Bonom pour exprimer sa vision du monde.
Cette évolution n’enlève rien à la force de ses propositions artistiques. En se dépouillant de son masque de graffeur nocturne, il assume pleinement sa vulnérabilité et sa présence physique face au public. Son travail actuel continue de questionner notre rapport à l’espace et au corps, mais avec une maturité nouvelle.
« Bonom, le singe boiteux » : capturer l’éphémère en images
Un dialogue visuel entre esquisses et photographie argentique
Pour garder une trace de cette aventure artistique hors du commun, un projet éditorial d’envergure a vu le jour. L’ouvrage intitulé Bonom, le singe boiteux propose un dialogue fascinant entre les esquisses préparatoires de l’artiste et les photographies de Ian Dykmans. Ce dernier a suivi le créateur lors de ses expéditions urbaines et de ses répétitions scéniques.
Le photographe a fait le choix de la photographie argentique pour immortaliser ces moments. Ce support traditionnel permet d’accentuer le mystère et la charge expressive des créatures peintes sur les murs. Les contrastes forts et le grain de l’argentique restituent parfaitement l’ambiance clandestine des nuits bruxelloises.
Les coulisses d’un livre d’art singulier
Publié dans la collection « Strates » de CFC-Editions, ce livre constitue un document précieux pour les amateurs d’art contemporain. L’ouvrage se présente sous la forme d’un grand format relié de plus de deux cents pages, offrant une immersion totale dans l’univers de l’artiste.
Pour les collectionneurs les plus exigeants, l’éditeur a également proposé un tirage limité à 100 exemplaires numérotés et signés. Vendu initialement au prix public de 39,00 €, cet ouvrage témoigne de la reconnaissance institutionnelle d’un art qui a commencé dans la clandestinité la plus totale.
Aujourd’hui, alors que les fresques murales de Bonom s’effacent peu à peu sous l’effet du temps et des rénovations urbaines, son œuvre continue d’inspirer les nouvelles générations de créateurs. En passant de l’ombre des toits à la lumière des théâtres, Vincent Glowinski prouve que le street art n’est pas une impasse, mais le point de départ d’une recherche esthétique infinie.






