Figure incontournable du paysage médiatique et littéraire français, Michèle Fitoussi a marqué plusieurs générations de lectrices par sa plume incisive et ses combats féministes. Grande reporter, éditorialiste, romancière et dramaturge, elle a su explorer avec acuité les mutations de la condition féminine à travers des enquêtes rigoureuses, des essais percutants et des récits biographiques au succès international.
Son parcours illustre une quête constante de transmission et de liberté intellectuelle. Tout au long de sa carrière, cette observatrice attentive de la société a interrogé les dynamiques de pouvoir, la mémoire de l’exil et les injonctions modernes qui pèsent sur les femmes.
Des rives de Tunis aux grands reportages parisiens
Née le 24 novembre 1954 à Tunis de parents français, Michèle Fitoussi grandit au bord de la Méditerranée durant ses cinq premières années. Au début des années 1960, au lendemain de l’indépendance de la Tunisie, sa famille s’installe à Paris, à proximité de la Tour Eiffel. Fille d’un avocat et d’une mère engagée, elle poursuit des études brillantes et obtient en 1975 son diplôme de Sciences Po Paris.
Attirée très tôt par l’écriture et l’analyse de l’actualité, la jeune diplômée publie son premier article dès 1977 dans les colonnes du quotidien Le Monde, où elle traite du phénomène émergent des radios libres. Après plusieurs expériences et piges pour des titres spécialisés, elle rejoint la rédaction du magazine Elle au tournant des années 1980.
Pendant près de trois décennies, la journaliste y gravit tous les échelons, devenant chef de service en 1988 puis éditorialiste emblématique. Elle y réalise d’innombrables reportages d’envergure, interrogeant des chefs d’État, des penseurs majeurs et des figures de la culture mondiale. Très investie dans la défense des droits des femmes, Michèle Fitoussi co-initie notamment les « États Généraux de la Femme » organisés par le magazine en 2010, tout en signant des chroniques remarquées pour le quotidien régional Le Télégramme.
L’écho des luttes sociétales : essais et manifestes
En 1987, Michèle Fitoussi fait une entrée fracassante dans le monde de l’édition avec son premier essai, Le Ras-le-bol des super women. Ce pamphlet lucide et avant-gardiste dénonce le piège de la perfection imposé aux femmes modernes, contraintes de concilier une carrière exigeante, une vie de couple épanouie et une gestion domestique sans faille. L’ouvrage rencontre un écho retentissant et s’écoule à plus de 400 000 exemplaires dans le monde, anticipant de plusieurs décennies les débats contemporains sur la charge mentale.
Elle prolonge cette réflexion sur les équilibres familiaux et l’égalité avec la parution au début des années 1990 de Lettre à mon fils – et à tous les petits garçons qui un jour deviendront des hommes. Dans ce texte intime, elle interroge le rôle des mères dans l’éducation des futures générations masculines. Plus tard, en 2005, elle co-signe avec Marie-Françoise Colombani ELLE, Une histoire des femmes, retraçant l’évolution de la société française à travers le prisme de la presse féminine.
Du roman intimiste au témoignage international
Parallèlement à ses essais, l’autrice française déploie une œuvre romanesque sensible et variée, souvent traversée par les thèmes de la transmission familiale et du sentiment amoureux :
- 50 centimètres de tissu propre et sec (1992/1993), qui met en scène une passion amoureuse au sein d’une famille issue de l’émigration tunisienne ;
- Un bonheur effroyable (1995) et le recueil de nouvelles Des gens qui s’aiment (1997/1998) ;
- Le dernier qui part ferme la maison (2004), un roman choral explorant les fêlures et les remises en question de quadragénaires réunis en Normandie ;
- Victor (2007), une comédie de mœurs piquante ;
- La Famille de Pantin (2020/2023), une fresque mémorielle consacrée à l’intégration et à l’exil des Juifs de Tunisie en France.
L’année 1999 marque un tournant majeur dans la carrière littéraire de Michèle Fitoussi grâce à la parution de La Prisonnière, un récit poignant écrit en collaboration avec Malika Oufkir. L’ouvrage relate les vingt années de détention arbitraire subies par la famille Oufkir dans les geôles marocaines sous le règne d’Hassan II. Ce témoignage bouleversant remporte le Prix des Maisons de la Presse avant de devenir un best-seller planétaire traduit dans une trentaine de langues, sélectionné par le célèbre club de lecture d’Oprah Winfrey aux États-Unis et plébiscité pendant vingt-cinq semaines sur la prestigieuse liste du New York Times.
Forte de ce succès, la romancière s’affirme également comme une biographe de premier plan. Elle consacre en 2010 un travail monumental à l’empire de la beauté avec Helena Rubinstein, la femme qui inventa la beauté, récompensé par plusieurs distinctions littéraires. En 2014, elle publie La Nuit de Bombay, un récit d’investigation rigoureux, puis rend hommage en 2018 à la correspondante américaine Janet Flanner dans son livre Janet.
De la scène au grand écran : un engagement pluridisciplinaire
Animée par le désir de donner la parole aux créatrices, Michèle Fitoussi fonde en 2012 le festival théâtral Paris des Femmes aux côtés de Véronique Olmi et Anne Rotenberg. Cet événement annuel met à l’honneur des pièces inédites écrites exclusivement par des autrices contemporaines sur des scènes prestigieuses de la capitale.
La dramaturge signe elle-même plusieurs textes et adaptations scéniques remarquées, à l’instar d’Un Corps Parfait d’Eve Ensler ou de Très Chère Mathilde, une pièce adaptée de l’Américain Israel Horovitz et portée sur les planches du Théâtre Marigny par Line Renaud. Dans le domaine audiovisuel, elle adapte son roman Victor pour le grand écran dans un film réalisé par Thomas Gilou, et participe à l’écriture de formats télévisés humoristiques et engagés.
Reconnue par ses pairs pour l’ensemble de sa contribution intellectuelle et citoyenne, la romancière a été élevée au rang de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres, avant d’être reçue chevalier de la Légion d’honneur par le ministère de la Culture.
Par son regard affûté et sa capacité à capter les pulsations de son temps, Michèle Fitoussi demeure une voix essentielle du féminisme francophone, continuant d’inspirer les nouvelles générations par son indépendance d’esprit et sa foi inébranlable dans le pouvoir des mots.






