Portrait de Laurent Dassault devant un fond illustrant ses activités dans l'art, l'aviation, le vin et les chevaux

Laurent Dassault : comment l’héritier a réinventé et diversifié l’empire familial

Au sein des grandes dynasties industrielles françaises, certains héritiers choisissent d’emprunter des chemins de traverse pour consolider le patrimoine commun. Laurent Dassault incarne précisément cette volonté d’ouverture et d’exploration continue. Fils de Serge Dassault et petit-fils de Marcel Dassault, ce dirigeant a su très tôt imprimer sa marque singulière au sein du groupe familial, en orientant d’importants capitaux vers des secteurs inattendus comme les grands crus, le marché de l’art et les technologies émergentes.

Loin de se cantonner aux succès historiques de l’aéronautique ou de l’informatique industrielle, l’homme d’affaires a bâti une stratégie d’investissement fondée sur la diversification patrimoniale et le rayonnement international. Son parcours illustre la manière dont une grande fortune industrielle peut dialoguer avec la création contemporaine, la terre viticole et l’innovation de pointe.

De la finance traditionnelle au giron familial

Né le 7 juillet 1953 à Neuilly-sur-Seine, le jeune homme grandit au cœur d’un environnement marqué par l’esprit d’entreprise et l’ingénierie. Deuxième d’une fratrie de quatre enfants, aux côtés d’Olivier, de Thierry et de Marie-Hélène, il choisit d’abord d’acquérir une solide formation juridique et commerciale. Il mène ainsi de front une licence en droit des affaires à l’Université Paris II Panthéon-Assas et un cursus à l’École supérieure libre des sciences commerciales appliquées, dont il sort diplômé en 1977.

Avant d’entamer sa carrière civile, il accomplit son service militaire dans l’Armée de l’air. Affecté comme officier de renseignement au sein du 3e Escadron de chasse 3/3 Ardennes sur la base aérienne de Nancy-Ochey, il découvre sur le terrain le fonctionnement des escadrons opérationnels de Jaguar. Cette expérience formatrice le conduit plus tard au grade de capitaine de réserve.

Plutôt que d’intégrer immédiatement les bureaux de la holding familiale, le jeune diplômé fait ses armes dans le secteur bancaire pendant près de treize ans. Entre 1977 et 1991, il gravit les échelons au sein de plusieurs établissements financiers de premier plan. Il exerce notamment à la Banque Vernes et Commerciale de Paris, devient secrétaire général de la Société centrale d’investissements, puis prend la direction du département bancaire France à la Banque industrielle et commerciale du Marais. Il achève ce parcours formateur comme administrateur directeur général d’une grande banque parisienne.

Cette longue parenthèse financière prend fin en 1991, date à laquelle Laurent Dassault rejoint officiellement Dassault Investissements. Il y prend en charge les compensations indirectes liées aux contrats d’aviation militaire, tout en concevant une nouvelle feuille de route pour valoriser les actifs non industriels de la famille.

Les grands crus : une passion terrienne devenue stratégie viticole

L’un des terrains d’expression privilégiés de cette diversification reste sans conteste la viticulture. En 1994, l’industriel français prend les rênes de Château Dassault, une propriété emblématique située sur le plateau de Saint-Émilion. Conscient des exigences de l’appellation Grand Cru Classé, il modernise les installations techniques, restructure le vignoble et baptise en 1997 le second vin du domaine « Le D de Dassault ».

Sous sa direction, la filiale Dassault Wine Estates consolide rapidement ses positions dans le Bordelais. Il participe activement au rachat de propriétés voisines comme Château La Fleur Pourret et prend des participations stratégiques dans des domaines prestigieux du vignoble girondin. Cette approche allie l’excellence du savoir-faire traditionnel à des méthodes de gestion rigoureuses issues du monde de l’entreprise.

Très vite, cette vision dépasse les frontières hexagonales. Dès 1998, Laurent Dassault s’associe à six autres propriétaires bordelais de renom pour acquérir un domaine de 850 hectares au pied de la cordillère des Andes, à Mendoza. Cette aventure collective donne naissance au célèbre projet viticole argentin du Clos de los Siete. Parallèlement, il noue un partenariat avec Benjamin de Rothschild pour développer un vignoble d’exception dans la même région.

Au début des années 2000, l’homme d’affaires poursuit son expansion en Amérique du Sud en créant le domaine Altaïr au Chili, fruit d’une coentreprise avec la famille Luksic sur 70 hectares de terres viticoles. Bien qu’il ait cédé ses parts chiliennes en 2007, cette initiative a démontré sa capacité à exporter une vision moderne de la viticulture de prestige sur les terroirs du Nouveau Monde.

Le marché de l’art et les enchères équestres : l’aventure Artcurial et Arqana

Outre le vin, le marché de l’art représente un pilier central de son action. Administrateur d’Artcurial SA aux côtés de Nicolas Orlowski, Laurent Dassault participe directement à la transformation de cette maison de vente en un acteur majeur des enchères internationales. En tant que président du comité d’étude et de développement, il supervise l’ouverture d’antennes régionales à Deauville et porte les ambitions de la maison vers l’Asie et le Moyen-Orient.

En 2006, il imagine une alliance inédite en incitant Artcurial à devenir actionnaire de la maison de vente aux enchères de chevaux de pur-sang Arqana, fondée en collaboration avec Son Altesse l’Aga Khan. Conseiller auprès du directoire et membre du conseil de surveillance, il rapproche ainsi le monde feutré des collectionneurs d’art de l’univers hippique de haut niveau.

Cette curiosité pour la création contemporaine le conduit également sur la scène internationale : en novembre 2009, il cofonde avec Hadrien de Montferrand une galerie consacrée au dessin contemporain au cœur du district artistique 798 à Pékin. Cette structure offre une vitrine inédite aux artistes émergents chinois et européens.

Son engagement artistique s’exprime également à travers de nombreux mandats bénévoles au sein des plus grandes institutions culturelles :

  • Administrateur de la Société des Amis du Musée national d’art moderne au Centre Pompidou ;
  • Administrateur du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris ;
  • Vice-président de l’Association des Amis du Musée d’Orsay ;
  • Président des Amis du FRAC Aquitaine depuis 2010 ;
  • Organisateur du prix Marcel Duchamp, qui récompense chaque année des artistes novateurs de la scène française.

Capital-risque et écosystème technologique : entre la France et Israël

En parallèle de ses mandats institutionnels au sein du Groupe industriel Marcel Dassault et de l’Immobilière Dassault, le co-gérant du groupe Dassault a développé une intense activité de capital-risque à titre individuel. Il s’intéresse très tôt aux jeunes pousses technologiques et constitue un portefeuille personnel comptant plus de 150 participations dans des start-ups et licornes innovantes. Il soutient notamment l’incubateur L’Escalator lancé par Maurice Lévy pour favoriser l’insertion professionnelle par l’entrepreneuriat.

Son intérêt pour l’innovation l’amène tout naturellement à investir massivement dans l’écosystème technologique israélien. Se définissant lui-même comme le membre de la famille le plus engagé dans cette dynamique, Laurent Dassault injecte des capitaux dans des fonds de capital-risque réputés de la Silicon Wadi, tels que Qumra Capital, Fortissimo Capital, Pitango Venture Capital ou encore Jerusalem Venture Partners (JVP).

Il occupe par ailleurs la fonction de président du comité consultatif du fonds Catalyst, fondé par Eddy Cukierman. À travers ces véhicules d’investissement, le milliardaire français soutient des sociétés technologiques en pleine phase de croissance dans les secteurs de la cybersécurité, de l’intelligence artificielle et des télécommunications.

Engagements citoyens, passions et transmission familiale

Au-delà des affaires, l’homme se distingue par des engagements philanthropiques discrets mais constants. Sensible aux questions mémorielles, il rejoint fin 2013 l’Association pour la Mémoire des Enfants Cachés et des Justes en tant que trésorier, contribuant financièrement à la création du sentier historique et du jardin mémoriel du Chambon-sur-Lignon. Sur le plan humanitaire, il préside également la branche française de l’association One Drop, vouée à faciliter l’accès universel à l’eau potable.

Cavalier émérite et joueur assidu de polo, Laurent Dassault voue une passion authentique aux courses de galop. En tant que propriétaire, ses chevaux ont disputé des centaines d’épreuves officielles sur les hippodromes français, accumulant de nombreuses victoires et places d’honneur. Plus surprenant encore, il s’est prêté avec amusement à quelques apparitions cinématographiques, tenant de petits rôles de composition et participant comme coproducteur à plusieurs longs-métrages.

Pour l’ensemble de ses activités économiques, artistiques et associatives, la République lui a décerné plusieurs décorations prestigieuses. Il est ainsi promu au rang d’officier de la Légion d’honneur, tout en portant les insignes d’officier des Arts et des Lettres, du Mérite agricole, des Palmes académiques et de l’Ordre de la Couronne en Belgique.

Sur le plan de la gouvernance, après avoir exercé d’éminentes responsabilités au sein du conseil de surveillance du Groupe industriel Marcel Dassault SAS, l’heure de la transmission a sonné. Ses deux fils, Julien et Adrien, ont pris sa suite directe au sein des instances dirigeantes de la holding familiale pour perpétuer cet équilibre subtil entre rigueur industrielle et audace patrimoniale.

Grâce à son tempérament d’explorateur et son flair d’investisseur, Laurent Dassault a profondément enrichi le patrimoine familial en le tournant résolument vers l’art, la terre et l’innovation globale.


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