Sise au cœur du premier arrondissement de Paris, l’église Notre-Dame de l’Assomption se dresse fièrement à l’angle de la rue Saint-Honoré. Ce monument historique, discret mais majestueux, intrigue les passants par son architecture singulière en forme de rotonde. Derrière ses murs de pierre se cache une histoire tumultueuse, marquée par les bouleversements de la Révolution française et par un rôle spirituel unique.
En effet, ce sanctuaire ne se contente pas d’être un témoin du Grand Siècle. Il constitue également, depuis près de deux siècles, le principal foyer religieux et culturel de la communauté polonaise à Paris. Découvrons l’histoire, l’architecture et les secrets de cet édifice hors du commun.
Un monastère royal devenu temple de la mémoire
Des Haudriettes aux Dominicaines
L’histoire de ce lieu de culte commence véritablement en 1622. À cette date, le cardinal de la Rochefoucauld décide de transférer la communauté des Dames-de-l’Assomption, aussi appelées les Nouvelles Haudriettes, au sein de la rue Saint-Honoré. Ce transfert transforme une ancienne institution charitable créée au Moyen Âge par l’écuyer du Roi, Étienne Haudri. Le nouveau couvent devient rapidement une maison de retraite et d’éducation très prisée par la noblesse de l’époque.
Pour offrir un lieu de prière digne à ces religieuses dominicaines, la construction d’une nouvelle chapelle débute en 1670. Les plans de l’édifice sont confiés à l’architecte Charles Errard, alors très en vue. Les travaux durent six ans et s’achèvent en 1676, dotant le quartier d’un monument à l’élégance remarquable.
Les tempêtes de la Révolution et les réaffectations du XIXe siècle
Cependant, la Révolution française bouleverse le destin de ce couvent paisible. Les révolutionnaires ferment le monastère et confisquent les bâtiments. Si de nombreuses dames de la noblesse y avaient cherché refuge, elles doivent fuir les lieux. L’État transforme ensuite les bâtiments conventuels en caserne militaire, puis en dépôt pour l’administration des Finances, avant de les démolir définitivement. Aujourd’hui, le site de l’ancien couvent abrite les bureaux de la Cour des comptes.
Par bonheur, la chapelle échappe à la destruction. Les autorités révolutionnaires la désaffectent pour l’utiliser comme un simple entrepôt destiné à stocker les décors du théâtre et de l’opéra de Paris. L’édifice retrouve sa vocation sacrée en 1802 grâce au Concordat. Il devient alors l’église paroissiale du quartier sous le nom de la Madeleine.
Ce statut reste provisoire. En 1842, lors de l’inauguration de la nouvelle église de la Madeleine, l’édifice reprend son nom d’origine et redevient l’église Notre-Dame de l’Assomption, servant alors de chapelle pour le catéchisme.
Le phare spirituel de la communauté polonaise
L’année 1844 marque un tournant décisif pour la paroisse. Monseigneur Denys Affre, alors archevêque de Paris, décide de mettre le sanctuaire à la disposition des réfugiés polonais. Ces derniers ont fui leur pays en masse après l’échec de la grande insurrection de Varsovie contre l’Empire russe.
Depuis cette époque, l’église abrite le siège de la Mission catholique polonaise en France. Elle s’impose comme le point de ralliement spirituel et culturel des Polonais d’Île-de-France. À l’extérieur, un buste monumental en bronze représentant le pape Jean-Paul II accueille chaleureusement les fidèles et les visiteurs.
À l’intérieur, la décoration témoigne de ce lien indéfectible. L’autel de la Vierge, situé dans le bas-côté droit, présente une iconographie typiquement polonaise, incluant un Christ en majesté et des portraits de grandes figures catholiques de Pologne. Une plaque commémorative rend également hommage au célèbre poète romantique Juliusz Słowacki.
Une architecture monumentale inspirée de Rome
Le génie de la rotonde et du classicisme français
Sur le plan architectural, l’édifice surprend par son originalité. Charles Errard a conçu l’église selon un plan centré qui forme une rotonde parfaite de 24 mètres de diamètre. Ce choix structurel, rare à Paris, témoigne de la forte influence de la Renaissance italienne et du baroque romain sur l’architecte français.
La façade extérieure présente un porche monumental soutenu par six colonnes corinthiennes, couronné d’un fronton triangulaire classique. Les historiens de l’art s’accordent à dire que cette entrée imite directement le dessin de la chapelle de la Sorbonne.
À l’intérieur de la rotonde, le décor s’élève avec une grande rigueur géométrique :
- La partie inférieure se compose de pilastres simples.
- Au-dessus, huit couples de pilastres cannelés soutiennent un entablement majestueux.
- Des panneaux de stuc moulurés séparent huit fenêtres hautes en verre blanc.
- Une corniche supérieure en forte saillie, ornée de perles et de denticules, couronne l’ensemble.
La coupole et la fresque de Charles de La Fosse
Le regard du visiteur est inévitablement attiré vers le haut par la coupole spectaculaire. Cette dernière est percée de huit baies de lumière qui alternent avec des niches abritant des statues.
Le véritable trésor de cette voûte reste la monumentale fresque de l’Assomption, peinte par Charles de La Fosse au XVIIe siècle. Mesurant dix mètres de large, cette œuvre lumineuse représente l’élévation de la Vierge au ciel au milieu d’un cortège d’anges. Entourée de caissons dorés, elle constitue le seul grand décor d’origine à avoir survécu aux dégradations révolutionnaires.
Un patrimoine artistique d’exception
Au-delà de sa coupole, l’église Notre-Dame de l’Assomption abrite une collection remarquable de peintures classiques. Le maître-autel est ainsi orné d’un tableau de Joseph-Marie Vien représentant l’Annonciation. Cette œuvre est surmontée d’un symbole trinitaire doré qui abrite le tétragramme hébraïque.
Dans la nef, les visiteurs peuvent admirer plusieurs toiles de maîtres :
- L’Adoration des Mages de Carl van Loo, une œuvre dynamique où les Rois mages foulent aux pieds une statue antique brisée, symbolisant la chute des croyances païennes.
- La Naissance de la Vierge peinte par Joseph-Benoît Suvée en 1779.
- L’Adoration des Bergers, une œuvre plus ancienne réalisée par Dingerman Van Der Hagen en 1648.
Enfin, l’église possède un orgue de tribune remarquable, conçu à la fin du XIXe siècle par le célèbre facteur d’orgues Aristide Cavaillé-Coll, dont la sonorité accompagne encore aujourd’hui les offices en langue polonaise.
Les églises homonymes : un patrimoine partagé
Le vocable de Notre-Dame de l’Assomption est extrêmement répandu. Plusieurs autres édifices méritent une attention particulière pour leur histoire et leur architecture.
La paroisse de Passy à Paris
Dans le 16e arrondissement parisien, au 88 de la rue de l’Assomption, se trouve une autre église homonyme à l’histoire surprenante. En 1895, les Pères de la Miséricorde décident de déménager leur ancienne chapelle de la rue de Varenne pour la reconstruire pierre par pierre à Passy. Conçu par l’architecte Le Maire, l’édifice est agrandi au XXe siècle par l’architecte Labro.
Restaurée récemment dans un style néo-roman épuré, la paroisse a vu Mgr Michel Aupetit consacrer le nouvel autel en janvier 2019. Aujourd’hui, sous la direction du Père Guillaume Sarrauste de Menthière, cette communauté propose de nombreuses activités d’entraide sociale et des groupes d’études bibliques.
Les trésors de nos régions et d’ailleurs
En dehors de la capitale, d’autres édifices portent ce nom avec fierté :
- En Haute-Savoie, l’église du Grand-Bornand se distingue par son clocher à bulbe typiquement savoyard, reconstruit en 1845 après les destructions révolutionnaires.
- À Bagnères-de-Luchon, l’architecte Loupot a achevé en 1857 un édifice de style gothique méridional et romano-lombard, orné de superbes Romain Cazes.
- À La Réunion, la paroisse de La Possession abrite un édifice reconstruit en pierre en 1964, succédant à plusieurs chapelles détruites par des cyclones.
- Au Québec, l’église de Blainville présente une architecture résolument moderne, l’architecte André Ritchot au début des années 1960 avec une immense façade de verre.
Qu’elles soient classiques, néo-romanes ou résolument contemporaines, ces églises témoignent de la richesse du patrimoine architectural sacré. Lors de votre prochain passage rue Saint-Honoré, n’hésitez pas à pousser la porte de la rotonde de l’Assomption pour admirer sa coupole unique et ressentir l’âme de l’histoire franco-polonaise.






