Gilles Girard sourit en tenant un micro et vêtu de son costume blanc emblématique sur scène

Gilles Girard et l’épopée des Classels : la voix en blanc de la pop québécoise

La nostalgie des années soixante fait toujours vibrer le cœur des Québécois. Ces derniers restent profondément attachés aux figures de cette époque d’effervescence musicale. Au sommet de cette vague de souvenirs, la voix unique de Gilles Girard résonne encore avec la même force qu’à l’époque des yéyés.

De Danny Boy aux Classels : la naissance d’une icône

Les premiers pas d’un jeune prodige montréalais

Né le 16 février 1942 à Montréal, le jeune garçon montre très tôt des dispositions pour la chanson. Il participe ainsi à des concours d’amateurs dès l’âge de dix ans. C’est pourtant à l’adolescence, en 1958, que sa trajectoire professionnelle s’accélère lorsqu’il devient l’assistant et le chanteur de première partie du magicien et hypnotiseur Le Grand Domineau.

À seulement seize ans, il enregistre son tout premier disque sous le pseudonyme de « Danny Boy ». Ce titre, intitulé J’aimerais savoir, est une adaptation française d’un succès de Paul Anka. Cette première expérience pose les bases d’une carrière qui va bientôt marquer l’histoire de la musique pop au Québec.

Le look tout en blanc : une révolution visuelle et marketing

En 1960, le destin du jeune interprète bascule lors d’un mariage où il fait la rencontre du groupe Les Special Tones. Invité à se joindre à eux, il refuse de jouer de la basse et choisit de s’imposer comme chanteur principal et joueur de tambourine.

Sous l’impulsion de leur gérant Ben Kaye, la formation prend officiellement le nom de « Les Classels » en 1964. C’est à ce moment précis que Gilles Girard décide d’abandonner son pseudonyme pour chanter sous sa véritable identité, ouvrant la voie à une décennie de gloire nationale.

Le groupe se distingue immédiatement par une identité visuelle révolutionnaire pour l’époque. Les musiciens arborent un look intégralement blanc, allant des costumes de scène aux instruments, en passant par leurs propres cheveux teints, remplacés plus tard par des perruques. Pour parfaire cette image saisissante, chaque membre se déplace au volant d’une voiture Ford Galaxie de couleur blanche.

L’âge d’or des Classels et les secrets d’un succès phénoménal

Des compositions originales qui marquent l’histoire

Contrairement à de nombreuses formations contemporaines qui se contentent d’adapter des succès anglophones, le groupe mise sur un répertoire composé majoritairement de créations originales. Ce choix artistique audacieux s’avère payant, puisque la formation vend plus d’un million de disques avant de se séparer en 1971.

L’année 1964 marque l’apogée créative du groupe avec la sortie de trois de leurs plus grands succès. Les titres Avant de me dire adieu, Ton amour a changé ma vie et le célèbre morceau Le sentier de neige s’imposent rapidement dans toutes les mémoires.

La guerre des perruques blanches devant les tribunaux

Leur immense succès suscite rapidement des convoitises et des imitations. En 1964, face à la concurrence du groupe Les Hou-Lops qui tente d’adopter une esthétique similaire sous le nom de « Les Têtes blanches », Les Classels intentent un procès historique. Ils remportent cette bataille juridique, obligeant leurs rivaux à abandonner leur nouveau concept visuel.

Une carrière solo et le grand retour des idoles

Des scènes américaines aux retrouvailles québécoises

Après la dissolution du groupe en 1971, Gilles Girard entame une carrière en solo avant de relancer l’aventure quelques années plus tard. En 1977, il donne un nouveau souffle au projet en fondant la formation Gilles Girard et les Super Classels.

Cette renaissance permet au groupe de s’exporter avec succès aux États-Unis. Durant quatre années consécutives, ils se produisent ainsi à Atlantic City, où ils partagent l’affiche avec le crooner Al Martino, avant de s’installer à Miami aux côtés de Johnny Farago.

Au fil des décennies, l’affection du public québécois pour le chanteur ne faiblit pas. Lors du spectacle nostalgique « Le retour de nos idoles » au Colisée Pepsi de Québec, le public lui réserve une ovation debout de sept minutes avant même qu’il ne commence à interpréter ses succès.

En 2016, il remonte sur scène avec le spectacle « Souvenirs 60 », accompagné par ses musiciens du groupe Poker. Cette formule associe un hommage aux Beatles en première partie et les grands classiques de sa propre carrière en seconde partie.

Le coup d’éclat télévisuel à l’âge de 82 ans

Plus récemment, au début de l’année 2024, l’artiste crée la surprise sur le plateau de l’émission Zénith diffusée sur TVA. À l’âge de 82 ans, il livre une performance mémorable en reprenant le titre de rock I Was Made for Lovin’ You du groupe Kiss, apparaissant entièrement maquillé et costumé comme les rockeurs américains.

Le patrimoine musical de Gilles Girard : une discographie mémorable

La longue carrière de Gilles Girard se reflète à travers une discographie riche, jalonnée de nombreux disques quarante-cinq tours et d’un album remarqué à la fin des années quatre-vingt.

Voici les principales étapes de sa production discographique en solo et avec sa formation :

  • 1962 : Reviendras-tu un jour / J’aimerais savoir (sous le nom de Danny Boy et son Combo)
  • 1972 : Tu es mon grand amour / Avec la voix de ton coeur
  • 1973 : Adieu / Oui tu es là
  • 1975 : Mon besoin c’est toi… / Since I Met You Baby
  • 1977 : Les trois cloches / Disco cloches (avec les Super Classels)
  • 1978 : Le sentier de neige (version instrumentale et vocale)
  • 1989 : L’album Une touche de classe sous le label Artiste Records

Malgré le passage des ans et une bronchite asthmatique qu’il gère courageusement depuis un demi-siècle à l’aide d’inhalateurs, le chanteur conserve une énergie remarquable. Désormais installé à Pointe-Calumet avec sa compagne, il reste actif et s’est d’ailleurs produit en spectacle le 24 mars 2026 à Montréal.

Aujourd’hui âgé de 84 ans, Gilles Girard demeure un symbole vivant de l’âge d’or de la pop québécoise. Sa voix intemporelle et son sens inné du spectacle continuent d’écrire l’histoire d’un patrimoine musical qui refuse de vieillir.


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