Portrait sérieux de Coline Berry et Richard Berry avec un maillet de justice et des chaînes en arrière-plan

L’affaire Coline Berry : de la fracture familiale au combat politique contre l’inceste

Le 21 janvier 2021, le dépôt d’une plainte pour viols, agressions sexuelles sur mineur et corruption de mineur par Coline Berry contre son père, l’illustre acteur Richard Berry, a provoqué une déflagration médiatique et familiale majeure. Inspirée par la libération de la parole portée par l’ouvrage de Camille Kouchner, cette démarche a mis en lumière des accusations de sévices sexuels remontant à l’enfance de la plaignante.

Au-delà de la sphère privée, cette affaire est rapidement devenue le symbole d’une confrontation complexe entre le temps judiciaire, marqué par la prescription des faits, et l’exigence de vérité des victimes. Entre batailles pour diffamation et plaidoyer devant les institutions, le parcours de la comédienne illustre les difficultés juridiques liées aux violences intrafamiliales.

Un climat d’enfance marqué par l’emprise et la violence

Née en 1976 de l’union entre Richard Berry et la tragédienne Catherine Hiegel, Coline Berry grandit au cœur d’une dynastie artistique. Ses parents se séparent lorsqu’elle a deux ans, et elle est élevée par sa mère, ne fréquentant son père que lors des week-ends et des vacances.

Selon ses déclarations, c’est dans ce cadre restreint que les premiers abus se seraient produits entre 1982 et 1986. La plaignante dénonce des viols répétés, des baisers forcés ainsi que des séances de bains et de photographies dénudées imposées par son père. Elle décrit également des rituels qualifiés de « jeux sexuels » impliquant son ex-belle-mère Jeane Manson.

Pour survivre à cette emprise, l’enfant met en place plusieurs stratégies de défense. À l’âge de dix ans, elle cesse de s’alimenter pour contraindre son père à abréger ses séjours. Plus tard, elle installe une véritable barrière physique autour de son lit. Ces traumatismes précoces ont engendré des répercussions durables sur sa santé psychologique, mêlant dépression et troubles alimentaires.

L’enquête pénale et le mur de la prescription

L’enquête diligentée par la Brigade de protection des mineurs a permis de recueillir de nombreux témoignages de proches, confirmant l’existence d’un climat familial délétère. De plus, les conclusions de l’expertise médico-psychologique ont mis en évidence la sincérité du témoignage de la plaignante, écartant toute tendance à la fabulation.

Cependant, le 31 août 2022, le parquet de Paris a prononcé le classement sans suite de l’enquête en raison de la prescription légale des faits. Si la défense de l’acteur s’est félicitée de cette issue, l’avocat de Coline Berry a rappelé que cette décision technique ne signifiait nullement une absence d’infraction.

La guerre de la diffamation et la relaxe définitive

En marge du dossier principal, Jeane Manson a poursuivi Coline Berry en diffamation pour l’avoir accusée de complicité d’abus. Cette procédure parallèle a donné lieu à un véritable feuilleton judiciaire :

  • Une condamnation initiale de la plaignante par le tribunal d’Aurillac en avril 2022.
  • La confirmation de cette peine en appel à Riom à la fin de l’année 2022.
  • L’annulation de cette décision par la Cour de cassation en décembre 2023 pour violation des droits de la défense.
  • La relaxe définitive prononcée par la cour d’appel de Lyon le 17 juillet 2024.

Cette victoire judiciaire finale est venue clore un parcours éprouvant, marqué notamment par le malaise cardiaque de son ex-belle-mère lors de l’audience de mai 2024.

Une famille irréparablement brisée

Cette affaire a tracé une ligne de fracture nette au sein du clan Berry. D’un côté, Catherine Hiegel soutient activement sa fille et confirme les violences conjugales passées de l’acteur. Sa cousine Marilou Berry et sa tante Josiane Balasko se sont également mobilisées pour défendre sa crédibilité.

À l’inverse, Richard Berry nie en bloc ces accusations, soutenu par son épouse Pascale Louange et sa fille cadette Joséphine, qui dénoncent une cabale féministe. De son côté, la sœur de l’acteur, Marie Berry, a publiquement fustigé les déclarations de sa nièce.

Porter le combat devant les législateurs

Désormais psychothérapeute, Coline Berry a choisi de transformer son combat intime en action politique. Le 29 avril 2026, elle a été entendue par l’Assemblée nationale dans le cadre d’une commission d’enquête sur les violences sexuelles incestueuses.

Devant les députés, elle a plaidé vigoureusement pour l’imprescriptibilité totale des crimes sexuels sur mineurs et la suppression de la non-rétroactivité des lois, afin que la justice ne puisse plus opposer le temps aux victimes du passé. Ce témoignage institutionnel marque une étape clé dans son engagement pour la protection de l’enfance.


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