Le parcours des grands pénalistes français est rarement rectiligne, mais celui de Pascal-Pierre Garbarini dessine une trajectoire particulièrement singulière. Connu à ses débuts comme la voix des militants nationalistes corses durant les heures sombres des années 1990, il a su réorienter sa carrière avec succès.
Aujourd’hui, l’avocat corse dirige un cabinet parisien réputé, où il traite des dossiers financiers complexes et défend des figures majeures du spectacle. Ce portrait retrace le destin d’un homme de loi passionné, dont la robe noire sert à la fois de bouclier et d’outil de vérité.
Des racines à la robe : la construction d’une identité d’adoption
Un parcours façonné par l’influence d’un grand-père
Rien ne prédestinait initialement le jeune Pascal Pierre Mayer à devenir l’un des défenseurs les plus ardents de la cause corse. Né le 25 décembre 1963 à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine, il grandit loin des paysages insulaires. Son père biologique, d’origine alsacienne, reste une figure lointaine et absente de son éducation.
Ce sont ses grands-parents maternels qui l’élèvent durant ses premières années. Son grand-père, Bartolinu Garbarini, un ancien policier, exerce une influence déterminante sur son enfance. C’est en hommage à cet homme et à ses racines qu’il a officiellement adopté le nom de Garbarini en 2017.
À l’âge de dix ans, le jeune garçon s’installe sur les hauteurs d’Ajaccio. Il y poursuit sa scolarité et obtient son baccalauréat au célèbre lycée Fesch. Cette transition marque le début d’une relation passionnelle avec l’île de Beauté, oscillant toujours entre fascination et rejet.
Les bancs de la faculté et la prestation de serment
Pour ses études supérieures, il choisit de revenir sur le continent afin d’y étudier le droit. Il décroche une maîtrise en droit des affaires et fiscalité, puis valide un DESS de fiscalité à l’université Panthéon-Sorbonne. Désireux de parfaire ses connaissances judiciaires, il obtient également un diplôme à l’Institut de criminologie de Paris-Assas.
Le pénaliste bastiais a officiellement prêté serment en 1991 devant la Cour d’appel de Paris. Il commence alors sa carrière en touchant à plusieurs branches du droit. Il travaille d’abord dans le cabinet de Sylvia Spalter en droit des affaires, avant de s’initier au droit pénal auprès du célèbre avocat Henri Leclerc.
Au cœur des années de plomb : la voix du nationalisme insulaire
Le défenseur habituel des figures historiques du FLNC
Au milieu des années 1990, l’avocat prend une décision marquante en devenant le conseil des militants nationalistes. Il affirme publiquement avoir mis sa robe au service d’une cause politique. Cette période intense le place sous les projecteurs des médias nationaux.
Le défenseur habituel plaide alors pour des figures majeures du Front de libération nationale corse (FLNC). Parmi ses clients figurent des chefs présumés du mouvement comme François Santoni, Jean-Michel Rossi, Jo Peraldi ou encore Dominique Pasqualaggi. Ces procès d’une grande tension politique forgent sa réputation de plaideur combatif.
Le bras de fer judiciaire des procès d’Yvan Colonna
L’apogée de cette période militante se matérialise lors de l’affaire Érignac. Me Garbarini intègre l’équipe de défense d’Yvan Colonna lors de ses trois procès successifs pour l’assassinat du préfet. Ce combat judiciaire s’avère particulièrement éprouvant pour l’avocat et son client.
Sur ce dossier, une divergence majeure persiste entre la vérité officielle et les convictions de l’avocat. La justice a définitivement condamné Yvan Colonna à la prison à perpétuité. Pourtant, le conseil maintient l’innocence de son client et qualifie cette décision d’injustice flagrante, tout en condamnant fermement l’assassinat sur le plan politique.
Le grand virage vers le pénalisme généraliste à Paris
De l’activisme politique à la défense des célébrités
Au début des années 2000, l’avocat décide de réorienter sa carrière. Sans jamais renier ses combats passés, il s’éloigne du militantisme pur pour diversifier son activité. Il installe son cabinet à Paris et se spécialise dans le droit pénal des affaires, les successions complexes et la criminalité organisée.
Cette reconversion réussie lui permet d’attirer une nouvelle clientèle issue du monde de la culture et du spectacle. Il assure ainsi la défense de plusieurs personnalités publiques de premier plan. Alain Delon, Benoît Magimel, François Cluzet ou encore le comédien Richard Berry font appel à ses services pour préserver leurs intérêts.
Une certaine philosophie de l’armure noire
Pour Pascal-Pierre Garbarini, la robe d’avocat n’est pas un simple vêtement de travail, mais une véritable armure protectrice. Il refuse catégoriquement de plaider en costume à la mode américaine, estimant que la robe permet d’effacer l’individualité du conseil pour mieux porter la parole du client.
Passionné de cinéma et de films noirs, il structure souvent ses plaidoiries comme des mises en scène de cinéma. Il s’inspire régulièrement de grands réalisateurs comme Jean-Luc Godard pour soigner le rythme de ses interventions. Ses références intellectuelles s’étendent de Jacques Vergès à Charles Robaglia, des figures qui ont marqué l’histoire du barreau.
La tourmente de l’affaire du Petit Bar
Les soupçons d’association de malfaiteurs
En mai 2022, la carrière de l’avocat traverse une zone de fortes turbulences judiciaires. Historiquement lié à la défense de Jacques Santoni, le chef présumé de la bande criminelle ajaccienne du « Petit Bar », il se retrouve dans le collimateur des magistrats de la JIRS de Marseille.
Les juges d’instruction soupçonnent l’auxiliaire de justice d’avoir franchi la limite professionnelle en s’impliquant personnellement dans des opérations financières liées au gang. En juin 2022, les magistrats décident de le mettre en examen pour association de malfaiteurs, s’appuyant sur des écoutes téléphoniques réalisées à l’appartement parisien de son client.
L’annulation de la mise en examen par la cour d’appel
La réaction de la défense ne se fait pas attendre face à ce que l’avocat considère comme une atteinte grave aux droits de la défense. En juillet 2022, la chambre de l’instruction d’Aix-en-Provence annule d’abord son contrôle judiciaire, ouvrant la voie à une contestation plus large de la procédure.
Quelques mois plus tard, la même juridiction choisit d’annuler intégralement sa mise en examen en estimant qu’il n’existait pas d’indices graves et concordants contre lui. Replacé sous le statut protecteur de témoin assisté, le pénaliste ressort lavé des accusations principales, illustrant la fragilité de certaines procédures visant les avocats de la défense.
Au-delà des prétoires : écriture et cinéma
En dehors des tribunaux, l’avocat s’essaye également à d’autres formes d’expression artistique et littéraire. Il a notamment publié un ouvrage autobiographique intitulé Ma Robe pour armure en collaboration avec une journaliste. Ce livre permet au grand public de comprendre les coulisses des grands procès criminels et la psychologie d’un homme face à la machine judiciaire.
Sa passion pour le septième art l’a également conduit à franchir la barrière de l’écran. Il a ainsi tenu un rôle d’avocat au cinéma dans le film de procès acclamé La Fille au bracelet. Cette expérience lui a permis de conjuguer sa maîtrise technique du droit et son amour pour la mise en scène dramatique.
Aujourd’hui, Pascal-Pierre Garbarini continue d’exercer son métier de pénaliste avec la même ferveur, naviguant entre la rigueur des dossiers financiers parisiens et les dossiers insulaires complexes. Son parcours rappelle que la défense pénale exige autant de courage que de distance par rapport aux passions humaines.
