Partager un patronyme identique réserve parfois d’étonnantes surprises de l’histoire. Dans le département de la Loire, le nom de Pierre Garonnaire résonne comme une double promesse de réussite, incarnée par deux hommes aux destins singuliers. Le premier a bâti l’âge d’or de l’AS Saint-Étienne. Le second s’est imposé comme une figure majeure de la French Tech en cofondant la plateforme MYM.
Bien que séparés par plusieurs décennies, ces deux Stéphanois partagent un point commun frappant : un flair exceptionnel pour dénicher les talents. De la terre battue des années 1930 aux algorithmes modernes, ce patronyme illustre les mutations de la notoriété en France.
Pierre Garonnaire (1916-1998) : le bâtisseur de la légende verte
Le parcours de Pierre Garonnaire des terrains de quartier à l’élite du football français
Né le 31 mai 1916 à Saint-Étienne, Pierre Paul Antoine Garonnaire, surnommé « Garo », grandit dans le quartier populaire de La Terrasse. Orphelin de père très jeune, sa mère l’élève seule grâce à sa petite épicerie locale. Sur la place du quartier, Pierre Legalery, correspondant du journal L’Équipe, repère le jeune homme.
Grâce à ce parrainage, il intègre le Saint-Étienne Sporting Club des minimes aux juniors. Il rejoint ensuite la section amateur de l’AS Saint-Étienne en 1935 sous l’impulsion d’un dirigeant local. Durant la Seconde Guerre mondiale, il évolue comme arrière droit ou milieu droit. Réputé pour être physique et intraitable, il dispute 21 matchs de championnat de guerre et six rencontres de Coupe de France.
Au cours de ces années difficiles, il affronte des clubs prestigieux comme Nice, Toulouse, Bordeaux ou le Stade de Reims. Surtout, il se lie d’une amitié indéfectible avec Jean Snella, avec qui il partage ses repas sous l’Occupation. Après le conflit, les deux complices continuent de s’entraîner ensemble en prenant des cours particuliers. Cette préparation rigoureuse pose les bases d’une collaboration technique qui allait bientôt transformer le football français.
Le flair légendaire d’un recruteur en 2 CV
En 1950, l’emblématique figure verte joue un rôle décisif. Il convainc Jean Snella de succéder à Ignace Tax sur le banc stéphanois. Trois ans plus tard, en 1953, Snella lui confie officiellement les clés du recrutement du club. C’est le début d’une aventure hors du commun. Durant près de quarante ans, Pierre Garonnaire va sillonner la France entière au volant de sa modeste Citroën 2 CV.
De Lille à Perpignan et de Brest à Strasbourg, il accumule les kilomètres pour observer des jeunes prometteurs. Son flair exceptionnel lui permet de bâtir le triumvirat de légende de l’ASSE. Il s’associe pour cela au président Roger Rocher et à l’entraîneur Robert Herbin. Ensemble, ils hissent le club vers les sommets nationaux et européens.
Son palmarès de recruteur force l’admiration. Le mythique gestionnaire repère et convainc des joueurs majeurs tels que Robert Herbin, Jean-Michel Larqué ou Georges Bereta. Il recrute également les frères Hervé et Patrick Revelli. Fait d’armes exceptionnel : il découvre et recrute l’intégralité des joueurs stéphanois de la légendaire finale de la Coupe d’Europe des Clubs Champions en mai 1976.
Les secrets d’une méthode humaine et rigoureuse
La réussite de ce recruteur hors pair ne repose pas uniquement sur son œil technique. Il privilégie en effet une approche profondément humaine. En se rendant chez les jeunes joueurs, il sait rassurer les familles en insistant sur le travail et l’humilité. Pour lui, l’intégration sportive est indissociable de l’éducation. Il impose ainsi aux stagiaires de suivre des cours du soir dispensés par l’enseignant Jean Oleksiak.
Cette philosophie globale du football lui vaut le respect du milieu sportif. Dans son ouvrage Parlons football, Michel Platini rend d’ailleurs un vibrant hommage à sa vision novatrice. Il le classe parmi les grands « inventeurs du jeu » et les meilleurs « espions » de l’histoire. Parallèlement, Pierre Garonnaire conserve les pieds sur terre en gérant un magasin de maroquinerie à Saint-Étienne.
Une fin de carrière contrastée et des mystères de calendrier
L’histoire d’amour avec l’ASSE prend fin brutalement en 1982. L’ancien dirigeant stéphanois doit quitter ses fonctions après l’affaire de la « caisse noire ». Néanmoins, l’appel du terrain reste le plus fort. Durant la décennie suivante, il rend à nouveau service au club de son cœur. Il passe même son examen d’agent de joueurs en 1995, à l’âge respectable de 79 ans.
La fin de vie de ce serviteur passionné s’accompagne toutefois de divergences chronologiques. Certains registres indiquent qu’il est décédé le 8 juillet 1998 à Saint-Étienne, juste avant le sacre des Bleus. En revanche, d’autres documents mentionnent sa disparition le 11 juillet 1998 à Cannes. Sa retraite de scout est officiellement enregistrée ce même jour.
Pierre Garonnaire (né en 1985) : le pionnier de l’économie des créateurs
De la Loire aux bancs de l’emlyon business school
Né près de soixante-dix ans après son aîné, le second Pierre Garonnaire voit le jour à Feurs, dans la Loire. Très tôt attiré par l’économie, il s’oriente vers des études supérieures prestigieuses. Il intègre l’emlyon business school, dont il sort diplômé en 2009 après avoir étudié le droit des affaires.
Cette solide formation lui permet de décrypter les opportunités de la révolution numérique. Dès 2009, il fait ses premiers pas dans le secteur des technologies et des applications mobiles. Il travaille d’abord comme chargé de projet pour l’agence digitale NOMEO. Il devient ensuite responsable des affaires chez Proxistore, consolidant ainsi son expertise.
La success-story MYM et la monétisation des contenus
L’année 2019 marque un tournant majeur dans sa carrière d’entrepreneur. En s’associant avec son ami Gaspard Hafner, il fonde la plateforme MYM. Ce projet va bousculer les codes des réseaux sociaux traditionnels. Initialement baptisée Meet Your Model, les fondateurs renomment ensuite la plateforme Me Your More.
Le concept repose sur un modèle économique novateur : proposer un réseau social payant par abonnement. Grâce à ce système, les personnalités partagent des contenus exclusifs avec leur communauté. Sous la direction de Pierre Garonnaire, la plateforme séduit des créateurs de renom. On y retrouve notamment le footballeur Djibril Cissé ou l’acteur Jean-Claude Van Damme.
Un profil d’entrepreneur aux multiples facettes
Au-delà de l’aventure MYM, ce dirigeant dynamique gère un portefeuille d’activités varié. Il cumule un total de quatorze mandats de gestion au cours de sa carrière d’entrepreneur. Il a notamment présidé une société spécialisée dans le traitement de données à Lyon entre 2009 et 2012. Il a également dirigé une entreprise éditrice de portails internet à Paris.
Depuis l’été 2019, il exerce la fonction de gérant d’une société d’administration de biens immobiliers à Paris. Cette diversification témoigne d’une grande agilité entrepreneuriale. Elle lui permet de naviguer avec la même aisance dans l’immobilier physique que dans l’univers virtuel.
Sa vie privée s’affiche également sous les projecteurs des médias. En juillet 2022, la presse officialise publiquement sa relation amoureuse avec l’actrice Alexandra Lamy. Actif sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme @garonnaire, l’homme d’affaires incarne la nouvelle génération de patrons de la French Tech.
Qu’il s’agisse de dénicher les futures étoiles du ballon rond ou de structurer l’économie numérique des influenceurs, le nom de Pierre Garonnaire reste lié à l’art de valoriser le talent humain. À travers ces deux parcours exceptionnels, la Loire démontre sa capacité à faire émerger des visionnaires. Chacun à leur époque, ils ont su anticiper les désirs de leur public et redéfinir les règles de leur secteur.
