Pour toute une génération de téléspectateurs, Claude Pierrard reste la voix chaleureuse et bienveillante qui rythmait les congés scolaires des années 1980. Pourtant, résumer sa carrière à l’animation de programmes pour la jeunesse serait oublier qu’il fut d’abord un journaliste rigoureux de l’information nationale.
Du pupitre des journaux télévisés de l’ORTF et de TF1 jusqu’au studio mythique de Croque-Vacances, le célèbre présentateur de télévision a toujours privilégié l’explication limpide et le respect du public. Portrait d’un pionnier du petit écran qui a su allier exigence civique et divertissement populaire.
Les premières armes à l’ORTF : de Reims aux plateaux parisiens
Né le 20 décembre 1943 à Folembray dans l’Aisne, Claude Pierrard grandit à Rethel dans les Ardennes, où ses parents tiennent un commerce d’épicerie-primeurs. Très tôt, le jeune homme se passionne pour le monde audiovisuel naissant. À seulement quinze ans, il écrit déjà à des figures de l’époque comme Catherine Langeais pour solliciter des conseils d’orientation. Après des études à la Sorbonne et à Reims, puis un court passage comme professeur d’anglais, sa détermination paie. À 20 ans, il remporte brillamment le concours de présentateur de télévision organisé sous l’égide de Pierre Sabbagh.
Ses premiers pas professionnels s’effectuent à la Maison de la Radio sur France Inter, au sein de l’émission Les Ardugos. Très vite, Claude Pierrard intègre la station régionale de l’ORTF Champagne-Ardenne dès février 1965, où il devient journaliste de terrain puis présentateur. Il y gravit les échelons jusqu’au poste d’adjoint au rédacteur en chef en 1971.
En 1973, il rejoint la troisième chaîne de l’ORTF pour diriger des éditions et présenter le journal Inter 3. Deux ans plus tard, l’éclatement de l’office public l’amène sur TF1. Le journaliste et animateur français y présente alors régulièrement les journaux télévisés de 13 h et de la nuit, partageant l’antenne avec des figures comme Yves Mourousi ou Michel Denisot.
L’invention d’une télévision jeunesse intelligente
Les Infos et Acilion : le pari de l’actualité à hauteur d’enfant
Dès 1975, Claude Pierrard constate le manque cruel de programmes explicatifs adaptés aux jeunes téléspectateurs. Il crée alors Les Infos, un rendez-vous novateur intégré à l’émission Les Visiteurs du Mercredi produite par Christophe Izard. Pour la première fois en France, un journaliste décrypte les événements de la planète avec des mots simples sans jamais infantiliser son auditoire.
Cette expérience réussie débouche en juillet 1978 sur le lancement d’Acilion et sa bande, une émission où il partage la scène avec des marionnettes animées. Ce format hybride pose les bases d’un style éducatif unique qui fera la renommée de l’ancien visage de FR3.
La consécration avec Croque-Vacances et ses complices à poils
Le 11 février 1980, TF1 lance Croque-Vacances, un programme d’après-midi diffusé pendant chaque période de congés scolaires. Installé dans un décor champêtre, Claude Pierrard dialogue avec le facétieux lapin Isidore manipulé par François Guizerix, rejoint ensuite par la lapine Clémentine puis le hérisson Arsinoé. L’émission mêle astucieusement fictions, activités manuelles, cuisine, documentaires animaliers et chansons.
Le succès est immédiat et colossal. L’animateur y diffuse des séries devenues cultes comme Arnold et Willy, Punky Brewster ou Rémi sans famille, tout en encourageant les enfants à la lecture et au bricolage. Claude Pierrard pousse le concept jusqu’à pousser la chansonnette, interprétant lui-même le célèbre générique de l’émission composé par Joe Gracy.
Le tournant de 1987 : fidélité éthique et nouveaux horizons télévisuels
La privatisation de TF1 en 1987 bouleverse profondément le paysage audiovisuel. L’arrivée du Club Dorothée et des productions AB réorganise entièrement la case jeunesse dans une logique plus commerciale. En désaccord avec ces nouvelles orientations, Claude Pierrard refuse les impératifs promotionnels imposés et déplore la diffusion de séries d’animation jugées trop agressives.
Fidèle à ses principes pédagogiques, il prend la décision de quitter la première chaîne en septembre 1987. Il rebondit rapidement sur Antenne 2 avec des formats comme Bonjour les baskets ou Croque-matin, puis collabore avec Éric Galliano.
Pionnier des nouveaux médias, Claude Pierrard participe également au lancement de Canal J, où il anime l’émission littéraire Mille Feuilles, ainsi qu’à la création de Télé Toulouse. De 1995 jusqu’à l’an 2000, il prend les commandes de l’information et des programmes de La Chaîne Météo, avant de se retirer progressivement des plateaux.
Une retraite engagée pour le don d’organes
Après son départ officiel à la retraite en 2004, Claude Pierrard quitte la région parisienne pour s’installer dans la Meuse puis dans les Deux-Sèvres, à Thouars. Éloigné des caméras, il traverse une épreuve de santé majeure lorsqu’il doit subir une greffe hépatique en 2010.
Cette renaissance médicale motive un nouvel engagement citoyen. L’ancien présentateur met sa notoriété au service de la sensibilisation générale, intervenant lors de conférences consacrées au don d’organes pour partager son expérience et lever les tabous sur la transplantation.
En conjuguant pédagogie, déontologie et tendresse sur les écrans de télévision, Claude Pierrard aura profondément marqué l’histoire audiovisuelle française. Son approche bienveillante continue de rappeler qu’un divertissement populaire peut aussi élever et instruire les générations futures.






