Dans le paysage cinématographique français, la comédie sociale s’impose souvent comme le meilleur vecteur pour mettre en lumière les réalités invisibles de notre quotidien. Sorti en salles le 16 novembre 2022, le long-métrage Les Femmes du square s’empare d’un sujet de société particulièrement touchant : le quotidien des gouvernantes et des nourrices étrangères qui arpentent les parcs parisiens. Portée par une énergie communicative, cette œuvre réussit le pari délicat d’aborder la précarité avec tendresse et humour.
Le réalisateur Julien Rambaldi livre ici une chronique urbaine vibrante, directement inspirée de son expérience personnelle. En observant la complicité entre son propre fils et la femme qui s’en occupait après l’école, le cinéaste a réalisé qu’il existait tout un monde de dévouement, de luttes et de solidarité silencieuse au cœur de la capitale. C’est ce quotidien, oscillant entre affection et précarité, que le film s’attache à dépeindre.
L’histoire d’une solidarité inattendue dans l’Ouest parisien
Le récit suit le parcours d’Angèle Ndiaye, une jeune femme ivoirienne d’une trentaine d’années en situation irrégulière. Pour survivre à Paris, elle commence par vendre des sacs à main de contrefaçon à la sauvette près de la porte de Clignancourt. Afin d’échapper à des malfrats après un différend avec un caïd local, Angèle doit trouver rapidement une couverture. Elle parvient alors à se faire embaucher comme nounou dans les beaux quartiers parisiens chez Hélène, une mère célibataire de la haute bourgeoisie.
Une complicité touchante et un combat collectif
En prenant en charge le jeune Arthur, âgé de 8 ans, Angèle déploie tout son culot et sa tchatche pour apprivoiser l’enfant. Très vite, une relation complice et admirative s’installe entre eux. Cependant, en fréquentant les parcs du quartier, la jeune femme découvre les conditions de travail extrêmement précaires des autres nounous du secteur. Touchée par l’exploitation de ses paires, elle décide de s’engager activement pour la défense de leurs droits.
Pour mener à bien ce combat, elle s’associe à Édouard, un jeune avocat qui tombe rapidement sous son charme. Ensemble, ils tentent de défendre juridiquement son amie Wassia. Ce combat collectif, bien que semé d’embûches et de risques majeurs pour leur propre situation administrative, va transformer ces habituées du square en véritables héroïnes du quotidien.
Un casting étincelant porté par Eye Haïdara
La grande force de cette comédie dramatique réside dans la justesse de son interprétation. Découverte par le grand public dans Le Sens de la fête, l’actrice Eye Haïdara porte le film sur ses épaules avec un charisme et une générosité unanimement salués par la critique. Elle insuffle au personnage d’Angèle une force vitale et une insolence joyeuse qui évitent au long-métrage de sombrer dans le misérabilisme.
Face à elle, le reste de la distribution apporte une belle réplique :
- Ahmed Sylla incarne Édouard, l’avocat timide et séduisant ;
- Léa Drucker campe avec nuance Hélène, la mère de famille dépassée ;
- Vidal Arzoni joue le jeune Arthur avec une grande spontanéité ;
- Bwanga Pilipili et Jisca Kalvanda prêtent leurs traits aux amies de lutte d’Angèle.
Cette alchimie collective permet de brosser un portrait de groupe particulièrement attachant, où chaque second rôle trouve sa place et sa vérité humaine.
Un succès public et des débats de société
Produit par Les Films du Kiosque avec un budget estimé à environ 5,35 millions d’euros, le long-métrage a rencontré un bel écho lors de sa sortie en salles. Pour sa première semaine d’exploitation en France, le film s’est hissé à la sixième place du box-office avec plus de 105 000 entrées. À l’issue de sa carrière sur grand écran début 2023, l’œuvre cumulait 246 440 entrées.
Une réception chaleureuse mais parfois polarisée
Sur les plateformes de référence comme AlloCiné, le film affiche de jolies évaluations, obtenant une moyenne de 3,3/5 de la part de la presse et 3,6/5 de la part des spectateurs. Les critiques saluent majoritairement une comédie « feel good », chaleureuse et profondément humaine, capable de divertir tout en éveillant les consciences sur le sort de ces travailleuses de l’ombre.
Néanmoins, certaines voix se sont montrées plus réservées, pointant du doigt un scénario parfois prévisible ou une structure dramatique jugée trop simpliste. De plus, les espaces de discussion en ligne ont parfois reflété des tensions idéologiques plus larges, certains spectateurs reprochant au film un parti pris trop engagé, tandis que d’autres louaient son humanisme nécessaire face aux préjugés contemporains.
Cette comédie sociale réussit à divertir tout en posant un regard plein de dignité sur des femmes trop souvent invisibilisées, nous invitant à prêter plus d’attention à celles qui peuplent nos parcs au quotidien.
