Une femme communique en langue des signes avec son compagnon portant leur bébé dans le film Sorda

Sorda : le film espagnol qui bouscule notre perception du silence

Comment vit-on l’arrivée d’un enfant lorsque le monde qui nous entoure refuse de s’adapter à notre différence ? C’est la question bouleversante que pose le film Sorda, une œuvre cinématographique espagnole qui aborde de front les thématiques de la maternité, de la déficience auditive et de la communication au sein du couple.

Ce long-métrage explore avec une rare sensibilité le quotidien d’Ángela, une artiste potière sourde, et de son conjoint entendant, Héctor. Alors qu’ils s’apprêtent à devenir parents pour la première fois, leur complicité est mise à rude épreuve par une société structurellement inadaptée aux personnes non entendantes.

De l’intimité familiale aux sommets du cinéma européen

L’origine de ce long-métrage est profondément ancrée dans le réel. Le scénario s’inspire directement de la vie et des craintes de Miriam Garlo, la sœur de la réalisatrice Eva Libertad. Sourde depuis l’âge de sept ans, Miriam Garlo incarne elle-même le rôle principal d’Ángela avec une authenticité désarmante. Cette complicité fraternelle s’était déjà illustrée au théâtre universitaire à Madrid, puis dans le téléfilm Nikolina en 2020.

Avant de devenir ce long-métrage ambitieux au budget de 2 millions d’euros, le projet a d’abord existé sous la forme d’un court-métrage éponyme très remarqué. Ce premier essai avait cumulé plus de 70 sélections en festivals et remporté une trentaine de prix à travers le monde. Fort de ce succès, le passage au format long a été coproduit par de grands noms du cinéma espagnol comme Distinto Films et A Contracorriente Films, bénéficiant également d’une révision scénaristique à l’atelier mexicain Cine Qua Non Lab fin 2023.

Un parcours intime semé d’obstacles invisibles

L’intrigue suit la trajectoire d’Ángela face aux défis de sa grossesse. Durant les examens et l’accouchement, son autonomie s’effrite car le corps médical communique exclusivement par voie orale. Héctor se retrouve alors propulsé dans le rôle d’interprète en langue des signes, créant un premier déséquilibre dans le couple.

Parallèlement, la pression familiale s’accentue. Les parents d’Ángela doutent de ses capacités à élever un nourrisson et insistent pour qu’elle porte un appareil auditif. Un dispositif qu’elle refuse obstinément, le jugeant agressif et inefficace.

La naissance de leur fille, Ona, qui entend parfaitement, cristallise les tensions :

  • Ángela peine à enseigner la langue des signes à son bébé, constamment distrait par les bruits ambiants.
  • Héctor s’impose naturellement comme le parent de référence.
  • L’isolement social d’Ángela grandit, notamment face aux autres mères dans les parcs ou à la crèche.
  • Une crise profonde éclate, poussant temporairement la jeune mère à se réfugier auprès de sa communauté d’amis sourds au bord de la mer, avant une note d’espoir finale.

Une expérience sensorielle unanimement saluée

La grande force du film réside dans sa mise en scène sonore immersive. Les critiques saluent le travail de création sonore qui alterne entre des phases de silence absolu, des murmures étouffés et des agressions métalliques. Ce dispositif permet aux spectateurs entendants de ressentir physiquement la perception de la malentendance.

Le jeu des acteurs suscite également un immense enthousiasme. Le public et la presse saluent une interprétation puissante, ce qui se traduit par des notes exceptionnelles sur les plateformes de référence. Quelques voix critiques nuancent toutefois ce tableau, pointant du doigt des ressorts parfois mélodramatiques lors de l’accouchement ou des disputes conjugales. Néanmoins, l’œuvre a triomphé dans les festivals internationaux.

Lors des prestigieux Goya Awards 2026, la réalisatrice Eva Libertad a remporté le prix de la meilleure réalisation de premier film, tandis que Miriam Garlo était sacrée meilleure actrice révélation et Álvaro Cervantes meilleur acteur dans un second rôle. Le film a également brillé à la Berlinale 2025 en décrochant le Prix du public dans la section Panorama, ainsi qu’au Festival de Málaga avec la prestigieuse Biznaga d’or.

En France, le public peut découvrir cette œuvre distribuée par Condor Distribution depuis le 29 avril 2026. Afin de garantir une inclusion totale, les salles proposent des dispositifs complets de sous-titrage pour sourds et malentendants (SME), d’audiodescription et de renforcement sonore. Une belle manière de faire résonner ce message d’empathie bien au-delà des mots.


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