Comprendre les soubresauts de la République islamique exige une fine connaissance de son histoire et de ses rouages internes. Dans ce paysage géopolitique complexe, Clément Therme s’est imposé comme une voix incontournable pour décrypter les équilibres du Moyen-Orient et la politique étrangère de Téhéran.
À travers ses recherches universitaires et ses interventions médiatiques, l’universitaire et analyste propose une grille de lecture rigoureuse des rivalités régionales. Son travail met en lumière les tensions permanentes entre les impératifs idéologiques du régime clérical et les dures réalités économiques imposées par son isolement international.
Une formation exigeante au carrefour de la recherche internationale
Le parcours académique du chercheur s’est construit au sein d’institutions prestigieuses. Clément Therme a obtenu son doctorat en histoire internationale en 2011 à l’IHEID de Genève, en cotutelle avec Sciences Po Paris et l’EHESS. Sa thèse analysait déjà en profondeur les rapports singuliers liant Téhéran et Moscou depuis la Révolution de 1979.
Polyglotte maîtrisant notamment le persan, l’espagnol et l’anglais, il a mené des enquêtes de terrain approfondies. Il a notamment travaillé au sein de l’Institut français de recherche en Iran à Téhéran, tout en collaborant avec des centres internationaux comme le bureau londonien de l’IISS.
Aujourd’hui, le politologue transmet ses connaissances aux nouvelles générations d’étudiants. Il enseigne l’histoire des relations internationales et les conflits contemporains à l’Université Paul-Valéry de Montpellier, tout en animant des séminaires sur le nucléaire iranien et la sécurité à la Paris School of International Affairs de Sciences Po.
Parallèlement à ses charges de cours, il contribue activement aux travaux de plusieurs laboratoires de premier plan. Clément Therme est ainsi chercheur associé au laboratoire CRISES à Montpellier, membre du CETOBaC au CNRS, et affilié au Programme Turquie/Moyen-Orient de l’Institut français des relations internationales.
Moscou et Téhéran : les ressorts d’un « mariage de raison »
Au cœur de ses premières recherches universitaires se trouve l’axe diplomatique entre la Russie et la République islamique. Clément Therme a formalisé ses constats dans son ouvrage de référence issu de sa thèse de doctorat, publié aux Presses Universitaires de France.
Loin d’y voir une alliance inconditionnelle ou indéfectible, le spécialiste de l’Iran qualifie ce rapprochement de « mariage de raison » purement tactique. Les deux capitales partagent une vive contestation de l’ordre international occidental, mais leurs intérêts de long terme divergent souvent sur les questions énergétiques et régionales.
Cependant, les dynamiques sécuritaires récentes ont renforcé leur coopération pragmatique. Face aux bouleversements régionaux, notamment en Afghanistan depuis 2021, Moscou et Téhéran considèrent le régime des talibans comme un moindre mal face à l’État islamique pour protéger l’Asie centrale et le territoire iranien de la contagion terroriste.
Le tête-à-tête avec Washington et le piège diplomatique
Dans ses travaux d’habilitation à diriger des recherches, Clément Therme a approfondi la relation conflictuelle avec les États-Unis. Il a publié sur ce thème une étude majeure consacrée aux relations tumultueuses entre Téhéran et Washington de 1979 à 2025.
L’analyste reprend volontiers la formule du diplomate William Burns pour résumer le dilemme américain : l’Iran est perçu comme un acteur trop important pour être ignoré, mais trop intransigeant pour bâtir un dialogue durable. L’anti-américanisme demeure en effet un pilier fondateur de la légitimité révolutionnaire iranienne.
En conséquence, les stratégies successives de sanctions et de pression maximale ont asphyxié l’économie nationale sans faire plier l’appareil sécuritaire. Selon Clément Therme, la chute vertigineuse du rial affecte d’abord la population civile, créant un ressentiment grandissant contre les priorités idéologiques des dirigeants.
De « l’axe » à la dissuasion directe : mutations sécuritaires du régime
Longtemps, la stratégie militaire de Téhéran a reposé sur une profondeur stratégique déléguée à des relais régionaux comme le Hezbollah libanais, le Hamas ou les milices yéménites. Cette doctrine visait à sanctuariser le sol national en déportant les coûts humains et matériels des affrontements hors des frontières.
Néanmoins, les frappes ciblées et les bouleversements militaires récents ont affaibli ce réseau paramilitaire. L’universitaire et analyste observe ainsi l’émergence d’une doctrine de sécurité modifiée, où l’Iran tente de compenser l’érosion de ses alliés par une posture de dissuasion directe.
Pour faire face à cette nouvelle réalité, le pouvoir iranien s’appuie désormais sur ses arsenaux balistiques, ses flottes de drones et la menace de perturber le transit pétrolier dans le détroit d’Hormuz. Dans le même temps, les autorités utilisent l’accélération de leur programme nucléaire comme un ultime bouclier protecteur.
Cette confrontation larvée concerne au premier chef Israël, avec qui la République islamique mène un combat existentiel. Clément Therme analyse cette confrontation sous toutes ses dimensions dans ses publications récentes, détaillant les opérations clandestines, la cyberguerre et la bataille narrative qui oppose les deux puissances.
Société sous tension et militarisation du pouvoir
Sur le plan intérieur, Clément Therme met en garde contre les analyses simplistes du régime théocratique dans son essai sur les idées reçues concernant l’Iran. Il y décrit une société civile profondément désabusée, confrontée à une crise économique chronique.
Les mouvements populaires récents, qui trouvent souvent leur étincelle dans les grèves de commerçants des bazars, se transforment désormais très vite en revendications politiques directes contre le pouvoir clérical. La fracture entre la jeunesse urbaine et l’élite dirigeante semble plus profonde que jamais.
Face à cette contestation permanente, le régime réagit par un durcissement institutionnel marqué. L’historien souligne ainsi la place prépondérante acquise par le Corps des Gardiens de la révolution islamique (Pasdaran) au sommet de l’appareil décisionnel, militarisant à la fois la gestion des crises intérieures et la diplomatie étrangère.
Par ailleurs, l’élection de présidents réputés modérés ne suffit pas à infléchir la ligne dure impulsée par le Guide suprême et les services de sécurité. Clément Therme rappelle que les pressions armées étrangères peuvent produire des effets contradictoires : elles fragilisent le gouvernement, mais renforcent parfois les réflexes nationalistes de défense.
Une bibliographie majeure pour comprendre l’Iran
L’apport scientifique de Clément Therme s’incarne dans plusieurs ouvrages et directions de dossiers thématiques :
- Les relations entre Téhéran et Moscou depuis 1979 (Presses Universitaires de France, 2012) ;
- L’Iran et ses rivaux. Entre nation et révolution (Passés composés, 2020) ;
- Téhéran Washington, 1979-2025 : le Grand Satan à l’épreuve de la Révolution islamique (Hémisphères, 2025) ;
- Idées reçues sur l’Iran : un pouvoir à bout de souffle ? (Le Cavalier Bleu, 2025) ;
- Iran-Israël, la guerre idéologique : de 1979 à nos jours (Tallandier, 2026).
En croisant l’histoire diplomatique, l’analyse sociologique et la géostratégie, l’universitaire offre des repères indispensables pour appréhender l’avenir incertain de l’Iran et son impact sur la stabilité du Moyen-Orient.






