La metteuse en scène Maëlle Poésy est assise à une table sur une scène de théâtre en train d'écrire

Maëlle Poésy : parcours, créations et vision d’une metteuse en scène audacieuse

Dans le paysage théâtral contemporain, Maëlle Poésy déploie une énergie singulière où le corps et le texte dialoguent constamment. Metteuse en scène reconnue, comédienne et pédagogue, elle explore les tiraillements de notre société avec une physicalité saisissante. Depuis ses débuts, elle cherche à inventer des formes vivantes et généreuses pour toucher tous les publics.

Son parcours illustre une volonté constante de décloisonner les disciplines artistiques. De l’interprétation dramatique à la danse contemporaine, elle construit un univers scénique hybride, mêlant souvent satire politique et souffle poétique.

Aux racines du geste : une formation pluridisciplinaire

Née en 1984 à L’Haÿ-les-Roses sous le nom de naissance Maëlle Guichard, elle grandit dans les Yvelines au sein d’une famille passionnée par le spectacle vivant. Fille d’une professeure de français et du comédien Étienne Guichard, fondateur du Théâtre du Sable, elle découvre très jeune les créations d’Ariane Mnouchkine. Comme sa sœur aînée, la comédienne Clémence Poésy, elle choisit d’adopter le nom de leur mère pour ses projets artistiques.

Après un cursus au Conservatoire du 6e arrondissement de Paris, elle décroche un Master d’Arts du spectacle à l’Université Sorbonne Nouvelle en 2007. Durant ces années universitaires, elle observe de près les créations de James Thierrée et de Sidi Larbi Cherkaoui. Parallèlement, elle pratique intensément la danse auprès de figures comme Hofesh Shechter, Damien Jalet ou Koen Augustijnen.

Cette passion du mouvement nourrit son admission à la prestigieuse London Academy of Music and Dramatic Art. Pourtant, la jeune artiste choisit d’intégrer en 2007 la section jeu du Théâtre national de Strasbourg. Elle y enrichit sa pratique au contact de grands pédagogues comme Stéphane Braunschweig et Joël Jouanneau. Plus tard, elle parfait sa vision de la mise en scène au Lincoln Center Theater Directors Lab à New York.

L’esthétique de Maëlle Poésy : réalisme magique et dynamiques chorales

À sa sortie d’école en 2011, Maëlle Poésy fonde la Compagnie Crossroad à Dijon. Dès ses premières créations, elle impose une signature visuelle et physique très affirmée. Son approche conjugue le réalisme magique et ce qu’elle nomme un « théâtre de la confrontation », où les corps traduisent l’urgence des situations dramatiques. Elle noue notamment une collaboration centrale et durable avec le dramaturge Kevin Keiss.

Après des débuts remarqués avec Funérailles d’hiver et Purgatoire à Ingolstadt, elle signe en 2014 une adaptation percutante du Candide de Voltaire. Cette œuvre, qui connaît une longue tournée nationale après sa création à Théâtre en Mai, confirme sa maîtrise du rythme et de l’espace. En 2016, le Syndicat de la critique lui décerne d’ailleurs le prix de la révélation théâtrale pour ce spectacle ainsi que pour son travail sur Tchekhov.

La même année, elle fait une entrée éclatante au Festival d’Avignon avec Ceux qui errent ne se trompent pas. Inspirée d’un texte de José Saramago, cette satire politique met en scène six interprètes confrontés à un surprenant résultat électoral de 80 % de votes blancs. La metteuse en scène y interroge avec acuité le fonctionnement de nos démocraties modernes.

Des grands textes aux expérimentations visuelles

Maëlle Poésy varie les formats avec une remarquable liberté artistique. Elle dirige la troupe du Studio-Théâtre de la Comédie-Française sur des pièces en un acte de Tchekhov, puis monte l’opéra Orphée & Eurydice à Dijon en 2017. En 2019, elle revisite L’Énéide de Virgile dans Sous d’autres cieux, une fresque collective présentée une nouvelle fois au Festival d’Avignon.

En 2021, elle retrouve les comédiens du Français au Théâtre du Vieux-Colombier pour monter 7 minutes de Stefano Massini. Cette pièce chorale haletante raconte le débat intense de onze ouvrières chargées de voter un accord d’usine. L’année suivante, elle imagine ANIMA, une saisissante installation-performance transdisciplinaire conçue avec la plasticienne Noémie Goudal, avant de créer Cosmos en 2023.

Diriger le Théâtre Dijon Bourgogne et transmettre

En juillet 2021, le ministère de la Culture la nomme à la tête du Théâtre Dijon Bourgogne – Centre dramatique national. Maëlle Poésy prend ses fonctions en septembre de la même année pour succéder à Benoît Lambert. Son projet pour l’institution dijonnaise repose sur une ambition claire : décloisonner les pratiques et bousculer les frontières générationnelles et géographiques.

Elle s’entoure d’artistes associés comme Julie Berès, Tamara Al Saadi ou David Geselson pour nourrir la programmation. Très attachée à la décentralisation culturelle, elle soutient des formes légères comme Inoxydables, jouée au sein du dispositif « Théâtre à jouer partout » dans les lycées et tiers-lieux. Par ce biais, la directrice d’institution souhaite aller directement à la rencontre des populations éloignées des salles de spectacle.

La transmission occupe également une place majeure dans son parcours professionnel. Elle intervient régulièrement auprès des futures générations de comédiens, notamment comme intervenante à l’ERACM ainsi qu’au Théâtre national de Strasbourg. Elle dispense par ailleurs des cours universitaires pour partager sa méthode de jeu et de dramaturgie collective.

Devant la caméra et au-delà des frontières

Parallèlement à son activité de création scénique, Maëlle Poésy poursuit une carrière d’actrice pour le cinéma et la télévision. Dès l’adolescence, elle tourne dans des séries télévisées avant de tenir l’un des rôles principaux du long-métrage Les Aiguilles rouges en 2006. On la retrouve ensuite dans Tous les soleils de Philippe Claudel ou dans le film de Nathan Silver, The Great Pretender, projeté au festival new-yorkais de Tribeca.

Elle passe également derrière la caméra avec la réalisation de courts métrages comme Sans Sommeil et Time Flies. Cette curiosité audiovisuelle nourrit en retour son travail scénique, où la vidéo et le cadrage enrichissent souvent le dispositif théâtral.

Son regard dépasse largement le cadre hexagonal. Avec le spectacle multilingue País clandestino, créé à Buenos Aires, elle collabore étroitement avec des créateurs latino-américains. Elle poursuit ces échanges avec le dispositif de recherche internationale baptisé À la croisée des routes, réunissant des créateurs espagnols, uruguayens, argentins et brésiliens.

Ces dialogues continus entre les arts et les cultures témoignent d’une trajectoire en constante réinvention. Alors qu’elle prépare de nouveaux projets collectifs, l’artiste réaffirme la scène comme un espace d’émancipation indispensable.


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