Pendant plusieurs décennies, le paysage audiovisuel français a vibré au rythme d’une voix chaleureuse et familière. Maurice Favières s’est imposé comme l’un des pionniers les plus populaires de la radio et de la télévision, accompagnant le réveil de millions de foyers avant de réunir toute la famille en début de soirée.
Doté d’un sens aigu du contact direct et d’une bonhomie communicative, l’homme de radio a profondément marqué son époque. Son style simple, fait d’humour quotidien et de proximité sincère, a transformé les rendez-vous d’information matinale en véritables moments de convivialité partagée.
Une voix familière aux aurores de Radio-Luxembourg à RTL
Le rendez-vous incontournable du petit-déjeuner
À l’heure où la France se réveille, Maurice Favières s’installe au micro de la célèbre station de la rue Bayard. Il anime la tranche matinale de 5h30 à 9h00, souvent en alternance avec son complice Jean-Pierre Imbach. Les auditeurs découvrent une formule dynamique qui mélange harmonieusement musique, points d’actualité, réclames et divertissements populaires.
Le programme captive l’Hexagone grâce à des séquences ludiques devenues cultes, comme la traque de billets de banque mis en circulation la veille. Devenu incontournable, le célèbre présentateur résumait avec autodérision la cadence infernale de son émission : chaque matin, entre huit journaux parlés, quarante disques, soixante-dix réclames publicitaires, cinq cafés et vingt cigarettes, il s’efforçait de glisser une dizaine de calembours pour égayer la journée.
Selon les archives, les débuts de sa collaboration avec la station varient selon les récits entre 1955 et le milieu des années 1960. Néanmoins, sa longévité exceptionnelle au cœur des matinales a durablement installé sa notoriété auprès d’un public fidèle, ouvrant la voie aux générations suivantes d’animateurs d’information.
L’innovation du radioguidage depuis les airs
Toujours à l’affût d’idées novatrices, Maurice Favières importe en France une méthode inspirée des stations régionales américaines. Il décide de monter à bord d’un petit appareil pour observer le réseau routier et fluidifier les trajets de ses auditeurs.
À bord d’un avion Rallye Commodore affrété spécialement, il survole les grands axes autoroutiers lors des départs en vacances. Il assure alors une diffusion continue des conditions de circulation pour aider les automobilistes à contourner les encombrements. Ce dispositif de surveillance du trafic en direct révolutionne l’accompagnement des usagers de la route.
L’expérience radiophonique de la voix de RTL prend un nouveau tournant à la fin des années 1980. Après son départ de la station nationale en 1987, il poursuit son aventure radiophonique régionale sur les ondes de Fréquence Nord.
Du studio aux plateaux de télévision : le triomphe populaire
L’aventure collective des Jeux de 20 heures
Au-delà des ondes radiophoniques, Maurice Favières devient une figure incontournable du petit écran dès le lancement de FR3 en 1976. Il prend les rênes d’un jeu culturel inédit créé par Jacques Solness, succédant rapidement à ce dernier après seulement deux enregistrements.
L’émission Les Jeux de 20 heures propose des joutes lexicales et des énigmes de culture générale opposant des vedettes du spectacle à des candidats locaux. Le public se passionne particulièrement pour la séquence du fameux jeu du dictionnaire, où les invités rivalisent de malice pour définir des termes méconnus de la langue française.
Le dispositif repose sur une mécanique novatrice pour l’époque :
- Un plateau parisien accueillant personnalités, comédiens et chanteurs.
- Des liaisons en duplex direct avec les villes de province assurées par Jean-Pierre Descombes.
- Un arbitrage rigoureux et bienveillant incarné par le célèbre Maître Capello.
- Une alternance festive avec des éditions spéciales pour Noël programmées en fin d’année.
Maurice Favières pilote ce rendez-vous culte jusqu’en 1981, bien que l’émission ait poursuivi sa route jusqu’en 1987 sous d’autres présentations. Sa bonhomie naturelle permet de valoriser les provinces françaises à une heure de très grande écoute.
Un mentor bienveillant pour toute une génération
Dans les coulisses des studios, l’homme se distingue par sa générosité et sa volonté de tendre la main aux débutants. Il joue notamment un rôle déterminant dans le parcours de plusieurs futures vedettes de l’audiovisuel, qu’il encourage sans réserve.
En 1976, il apporte un soutien décisif à un jeune animateur débutant après une expérience avortée sur une station concurrente. Patrick Sabatier trouvera ainsi un véritable parrain qui lui transmet le sens du devoir envers le public et la rigueur du verbe au micro.
À l’annonce de sa disparition, de nombreuses personnalités ont exprimé leur gratitude. Laurent Ruquier a notamment souligné que cette écoute matinale avait déclenché sa propre vocation radiophonique, tandis que Laurence Boccolini et Marc-Olivier Fogiel ont salué la présence d’une figure paternelle et rassurante au sein des studios parisiens.
Le souvenir d’un pionnier de l’animation audiovisuelle
Né sous le nom de Maurice Georges Favier le 14 octobre 1922 à Fontaines-sur-Saône, l’animateur s’éteint le 11 avril 2016 à Sucy-en-Brie à l’âge de 93 ans. Ses obsèques sont célébrées en l’église Saint-Martin de la commune, où reposent désormais ses cendres.
Maurice Favières laisse l’image d’un artisan généreux du divertissement populaire, capable de tisser un lien indéfectible avec plusieurs générations grâce à sa simplicité authentique. Son parcours rappelle combien la chaleur humaine et le respect sincère du public constituent les fondations intemporelles des grands médias de proximité.






