L'architecte Franklin Azzi travaille sur des plans de construction dans son bureau lumineux

Franklin Azzi : portrait de l’architecte qui réinvente le patrimoine urbain

À l’heure où l’urgence écologique impose de repenser notre rapport aux constructions existantes, Franklin Azzi s’impose comme l’une des figures majeures du renouveau architectural contemporain. Loin des gestes spectaculaires et de la démolition systématique, le créateur parisien privilégie la réinvention minutieuse du bâti déjà là.

Son travail refuse délibérément le spectaculaire gratuit. En explorant toutes les échelles, du mobilier urbain aux gratte-ciels emblématiques, il réconcilie rigueur technique et liberté créative.

Des rives de la Seine aux ateliers écossais : genèse d’un regard transverse

Né à Paris en août 1975 au sein d’une famille d’origine libanaise, Franklin Azzi grandit avec une curiosité précoce pour les formes et les volumes. Il se forme d’abord à l’École Spéciale d’Architecture de Paris, où il obtient son diplôme en 2000. Il complète ensuite son cursus à la prestigieuse Glasgow School of Art en Écosse, une étape décisive qui lui inculque une approche pluridisciplinaire mêlant arts appliqués et dessin industriel.

Durant ses années d’apprentissage, plusieurs figures majeures marquent sa pensée. Il puise notamment ses réflexions conceptuelles auprès de Paul Virilio, tout en observant attentivement les réalisations de Rudy Ricciotti et Frédéric Borel. Dès l’accomplissement de ses obligations militaires, il conçoit ses premières réalisations pour le compte des ambassades de France en Inde et en Turquie. Il affine ensuite sa pratique pendant près de neuf ans au sein de l’agence Architecture-Studio, dont il devient associé avant de fonder sa propre agence en 2006.

La doctrine du concepteur-bâtisseur : technicité, hybridation et mutabilité

Contrairement à l’image classique de l’architecte artiste produisant des formes abstraites, Franklin Azzi revendique haut et fort une posture d’architecte technicien et concepteur-bâtisseur. Il compare volontiers son métier à une discipline médicale : analyser avec minutie les pathologies d’un lieu avant de prescrire le remède structurel adéquat. Cette rigueur pragmatique s’accompagne d’une quête constante de mutabilité pour permettre aux bâtiments d’évoluer au fil des décennies.

L’agence puise également dans une culture assumée du métissage formel. Elle hybride avec aisance le fonctionnalisme des années 1950, le rationalisme des années 1960 et les espaces de travail américains des années 1970. Pour nourrir cette démarche, l’architecte parisien installe son agence au cœur du 2ᵉ arrondissement de Paris, dans un ancien atelier industriel de stockage de tissus.

L’atelier réunit plusieurs dizaines de collaborateurs pluridisciplinaires, comptant aussi bien des architectes et designers que des historiens de l’art. Franklin Azzi structure en parallèle ses activités en créant une entité dédiée au design d’espace avec Noémie Goddard. De plus, son fonds de dotation soutient activement la création contemporaine, en apportant une assistance technique aux artistes plasticiens pour leurs installations monumentales.

Réinventer le patrimoine : des friches industrielles aux berges parisiennes

La réhabilitation d’édifices emblématiques constitue le cœur battant de la méthode développée par Franklin Azzi. À Nantes, il transforme avec succès les anciennes halles industrielles Alstom pour accueillir l’École supérieure des Beaux-Arts. Ce projet conserve l’ossature métallique d’origine tout en créant une cité des arts vivante et lumineuse sur l’île de Nantes.

À Tours, l’architecte français s’attaque à la requalification des célèbres Imprimeries Mame. Il redonne vie à ce chef-d’œuvre moderniste conçu par Bernard Zehrfuss et Jean Prouvé en y installant un pôle dédié aux arts graphiques. De même, à Lille, il participe à la métamorphose du Tri Postal et de la Gare Saint-Sauveur en espaces d’expositions dynamiques.

Son intervention sur l’espace public franchit un cap majeur avec le réaménagement piétonnier des berges de Seine. En 2013, il métamorphose 2,5 kilomètres de voies rapides en une promenade fluviale ponctuée d’installations légères et de mobilier sur mesure. Ce projet redonne pleinement le fleuve aux promeneurs entre le musée d’Orsay et la tour Eiffel.

Tours et ensembles tertiaires : le défi de la ville verticale

Le savoir-faire de l’agence s’exprime également à grande échelle dans des opérations tertiaires d’envergure. En septembre 2017, Franklin Azzi remporte avec ses confrères du collectif Nouvelle AOM le concours international pour la métamorphose de la tour Montparnasse. Le projet vise à transformer ce monolithe sombre des années 1970 en une véritable ville verticale bioclimatique, dotée d’une serre agricole sommital et d’espaces ouverts au public.

En parallèle, l’architecte parisien mène la rénovation d’autres structures majeures en Île-de-France :

  • La modernisation de la Tour Ariane à Paris La Défense pour adapter ses façades aux nouveaux standards énergétiques.
  • L’édification de l’ensemble Le Bellini à Puteaux, offrant 18 000 m² d’espaces de bureaux contemporains.
  • La restructuration lourde de l’ensemble tertiaire WorkStation à Courbevoie pour accueillir plus de 3 000 collaborateurs.
  • La transformation de l’îlot Toko près de la Porte Maillot à Paris.
  • La conception architecturale de la gare de Chevilly-Larue sur la ligne 14 du Grand Paris Express.

Du retail de luxe aux nouveaux modes d’habiter

La maîtrise du détail pousse rapidement Franklin Azzi vers l’univers de la mode et de l’aménagement intérieur. Dès 2004, il imagine des boutiques à Tokyo pour Bali Barret, avant de concevoir des espaces de vente internationaux pour Isabel Marant, Christophe Lemaire, Lacoste ou le groupe LVMH. Ces réalisations se distinguent par l’emploi de matériaux bruts et pérennes comme l’acier tubulaire, le verre ondulé et le chêne massif.

Dans le 7ᵉ arrondissement parisien, il orchestre le projet Beaupassage-Grenelle, un îlot piétonnier mêlant logements, végétalisation soignée, œuvres d’art et boutiques gourmandes. Il signe également des espaces de coworking haut de gamme pour The Bureau, ainsi que des lieux festifs comme Le Yoyo au Palais de Tokyo ou des pavillons démontables sur les toits parisiens.

Cette polyvalence remarquable vaut à Franklin Azzi une reconnaissance institutionnelle soutenue. Lauréat des Nouveaux Albums des Jeunes Architectes et des Paysagistes en 2008, il est nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2019 avant d’être désigné Designer de l’Année au salon Maison&Objet.

En plaçant la durabilité, la réhabilitation du patrimoine bâti et l’artisanat industriel au cœur de sa réflexion, l’architecte esquisse les contours d’une ville plus sobre et humaine, capable de se renouveler sans jamais renier son histoire.


Publié le

dans

par