Montage illustrant les différentes étapes de la vie politique et du parcours personnel de David Levy

David Levy : le parcours hors norme du bâtisseur devenu figure d’Israël

David Levy s’est éteint le 2 juin 2024 à l’âge de 86 ans, laissant derrière lui une empreinte indélébile sur l’histoire contemporaine d’Israël. Né au Maroc dans un milieu modeste, cet ancien ouvrier du bâtiment est devenu le symbole éclatant de l’émancipation des Juifs séfarades et mizrahim. En brisant le plafond de verre d’un système politique longtemps dominé par l’élite ashkénaze, il a transformé en profondeur les équilibres électoraux du pays.

Durant près de quatre décennies, son éloquence populaire et son ancrage territorial ont façonné la vie publique israélienne. De la mairie d’une ville périphérique aux plus hautes fonctions diplomatiques, son parcours incarne l’ascension spectaculaire d’un militant syndical devenu homme d’État.

Des chantiers du bâtiment aux bancs de la Knesset

Né le 21 décembre 1937 à Rabat, David Levy grandit dans une famille modeste dont le père exerce le métier de charpentier. Il effectue ses études au sein de l’école de l’Alliance israélite universelle et fréquente le Talmud Torah avant de quitter son pays natal. À la fin des années 1950 — la plupart des récits retiennent l’année 1957 —, il émigre avec ses proches en Israël et s’établit dans la ville de développement de Beit Shean, située dans la vallée du Jourdain, où il demeurera fidèle toute son existence.

Ses premiers pas professionnels s’ancrent dans la dure réalité du travail manuel. Il plante d’abord des arbres pour le Fonds national juif, récolte le coton dans les kibboutzim voisins, puis travaille comme maçon sur les chantiers de Tel-Aviv. Confronté aux conditions précaires des travailleurs orientaux, il mène sa première action militante en organisant une grève des ouvriers agricoles pour dénoncer l’insalubrité de l’eau potable fournie par les employeurs.

Cette combativité le propulse rapidement à la tête du syndicat local des ouvriers du bâtiment. Il intègre ensuite la direction de la Histadrout, la puissante confédération syndicale alors dominée par la gauche travailliste, en y dirigeant la faction d’opposition Bleu-Blanc. Parallèlement, son charisme local lui permet de remporter la mairie de Beit Shean, mandat qu’il occupera de 1964 à 1977.

Impressionné par son talent oratoire et son audience auprès des couches populaires, le chef de l’opposition Menahem Begin le repère et l’attire au sein du parti Hérout. En octobre 1969, à seulement 32 ans, il devient le plus jeune député élu à la Knesset. Cette élection marque le point de départ d’une présence parlementaire ininterrompue de 36 ans.

Le tournant de 1977 et l’action ministérielle de David Levy

Lors des élections législatives de 1977, David Levy joue un rôle stratégique déterminant dans le séisme électoral qui porte le Likoud au pouvoir. En mobilisant massivement l’électorat séfarade et les habitants des périphéries marginalisées, il contribue à mettre fin à trois décennies d’hégémonie ininterrompue de la gauche travailliste.

Nommé ministre de l’Immigration et de l’Intégration, il s’attelle immédiatement à des dossiers humains complexes. Il œuvre notamment pour soutenir les refuzniks d’Union soviétique et s’engage pour la reconnaissance civique et religieuse des Juifs d’Éthiopie, ouvrant la voie à leur intégration au sein de la société israélienne.

Entre 1979 et 1990, il prend les commandes du ministère de la Construction et du Logement pendant plus de onze ans. Il met alors en place une ambitieuse réforme structurelle des prêts immobiliers afin de faciliter l’accession à la propriété des foyers défavorisés. De plus, il déploie de vastes programmes de rénovation urbaine dans les quartiers déshérités, transformant durablement le quotidien des classes populaires. Son passage au ministère suscite toutefois des controverses, notamment lors de révélations sur l’allocation de fonds publics pour des implantations dans la Vieille Ville de Jérusalem.

Diplomatie, indépendance et recompositions partisanes

Au fil des coalitions, David Levy s’impose comme un acteur incontournable et occupe à quatre reprises la fonction de vice-Premier ministre. Il prend également la tête de la diplomatie israélienne au cours de trois mandats distincts entre 1990 et 2000. À ce titre, il participe notamment aux négociations historiques de la Conférence de paix de Madrid en 1991.

Son positionnement politique témoigne d’une grande indépendance d’esprit. Lors de la guerre du Liban en 1982, il exprime des réserves marquées face à la stratégie militaire menée sur le terrain. À l’inverse, il adopte une ligne plus ferme durant les gouvernements d’union nationale face aux concessions territoriales. En 1992, après avoir terminé deuxième des primaires du Likoud face à Benyamin Netanyahou, des désaccords stratégiques et personnels l’incitent à fonder le mouvement centriste et social Gesher en 1995.

Cette formation indépendante lui permet de peser sur le jeu politique en s’alliant successivement avec la droite en 1996, puis avec la coalition travailliste menée par Ehud Barak en 1999. Après plusieurs décennies d’engagement au sommet de l’État, il quitte définitivement les bancs de la Knesset en 2006.

Un héritage social salué par la nation

Au-delà de son parcours politique, David Levy a fondé une véritable lignée civique. Époux de Rachel, il était le père de douze enfants — dont plusieurs se sont engagés dans la vie publique locale et nationale, à l’image de son fils Maxim et de sa fille Orly —, ainsi que grand-père et arrière-grand-père d’une nombreuse descendance.

En 2018, l’État d’Israël lui décerne le prestigieux prix d’Israël pour l’ensemble de son œuvre et son dévouement exceptionnel à la cohésion nationale. Lors de sa disparition en juin 2024, les hommages unanimes de la classe politique ont célébré un pionnier qui a su redéfinir la représentativité démocratique du pays. En incarnant les espoirs des villes de la périphérie, David Levy a offert une voix puissante à des générations de citoyens longtemps invisibilisés, inscrivant durablement la justice sociale au cœur du débat républicain.


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