Quand on évoque l’histoire politique contemporaine du Cognaçais, le nom de Robert Richard s’impose immédiatement comme un repère majeur. Cet élu de terrain a façonné le paysage institutionnel et urbain de son territoire pendant plus de trois décennies. Du monde ouvrier aux plus hautes responsabilités locales, son parcours illustre une fidélité constante à sa terre natale.
Disparu en décembre 2021 à l’âge de 77 ans des suites d’une longue maladie, l’homme public a laissé une empreinte durable en Charente. Ses obsèques célébrées à Boutiers-Saint-Trojan ont réuni des personnalités de tous bords, témoignant de l’estime générale portée à son action.
Des racines ouvrières à l’engagement socialiste
Né en 1945, Robert Richard grandit à Boutiers-Saint-Trojan, village auquel il reste attaché toute sa vie. Avant d’entamer une carrière publique, il forge sa conscience sociale au sein de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). Cette expérience fondatrice lui permet, selon ses propres mots, d’apprendre à canaliser ses révoltes pour les transformer en actions concrètes.
Sur le plan professionnel, il commence son activité dans la menuiserie avant de rejoindre l’entreprise Placoplâtre en tant que salarié. Parallèlement, il participe activement à la refondation de la section socialiste cognaçaise aux côtés de Michel Gourinchas. Cette alliance militante marque le début d’un ancrage partisan solide qui le hisse parmi les piliers du Parti socialiste charentais.
Un ancrage municipal exceptionnel à Boutiers-Saint-Trojan
En 1980, Robert Richard s’installe dans le fauteuil de maire de Boutiers-Saint-Trojan. Ce mandat inaugural ouvre une longévité remarquable de 34 années consécutives à la tête de la commune. Durant ces décennies, il modernise le village tout en préservant son cadre de vie et ses services de proximité.
Son action municipale s’achève en 2014, lorsqu’il choisit de ne pas se représenter. Au cours de cette période, il partage sa vie avec une institutrice de l’école communale et élève un fils, restant toujours accessible pour ses administrés du quotidien.
La conquête départementale et l’ouverture vers l’intercommunalité
L’année 2004 constitue un tournant décisif dans son parcours politique. Candidat sur le canton de Cognac-Nord, Robert Richard réalise un exploit électoral en battant Jérôme Mouhot, alors maire de la sous-préfecture. Ce succès retentissant permet le basculement du conseil général vers une majorité de gauche menée par Michel Boutant.
Au sein de l’assemblée départementale, il prend en charge le dossier stratégique de l’agriculture. Il conserve son siège cantonal jusqu’en 2011, année où il affronte la candidature de Jean-Hubert Lelièvre lors d’un scrutin très disputé.
Des réalisations concrètes au service du Grand Cognac
Élu président de la communauté de communes de Cognac en 2008, Robert Richard impulse une nouvelle dynamique intercommunale. Il instaure un fonctionnement collégial et promeut un esprit communautaire partagé entre les communes membres. Sous son mandat de six ans, plusieurs infrastructures d’envergure voient le jour :
- Le centre aquatique des Vauzelles, équipement phare qu’il qualifiait lui-même de plus grande satisfaction de sa vie d’élu.
- Le stade d’athlétisme Bécavin, conçu pour répondre aux besoins sportifs du bassin de vie.
- La restructuration du site des Vauzelles et l’extension de la zone d’activité du Mas-de-La-Cour.
- Les travaux structurants pour la mise en valeur du fleuve Charente.
- Le déploiement d’un Agenda 21 pour inscrire le développement local dans la transition écologique.
Parallèlement à ces fonctions, il assume la présidence du pôle image Magelis à Angoulême de 2008 à 2014, soutenant activement la filière créative et économique départementale.
Le souvenir d’un élu consensuel et les débats locaux
La méthode politique de Robert Richard se caractérisait par la recherche constante du dialogue et une grande modération dans le ton. Lors de sa disparition, des figures institutionnelles comme Philippe Bouty ont salué la mémoire d’un éducateur politique bienveillant, capable de former plusieurs générations d’élus locaux. Même l’opposition départementale a rendu hommage à son amour sincère du territoire.
Cependant, son action a parfois suscité des réserves citoyennes, notamment sur l’utilisation des deniers publics et le poids des investissements d’aménagement. Certains détracteurs ont également contesté son image d’humaniste, préférant y voir une habileté tactique.
Ces discussions n’enlèvent rien à la cohérence d’un engagement mené au service exclusif de la Charente. En reliant le combat social de ses débuts aux grands chantiers du Cognaçais, l’élu a profondément modernisé sa région tout en maintenant un contact direct avec la réalité quotidienne de ses concitoyens.






