Éric Heyer travaille à son bureau avec une vue sur la tour Eiffel en arrière-plan

Éric Heyer : parcours, idées et combats de l’économiste de l’OFCE

Dans le paysage économique français, Éric Heyer s’impose comme l’une des voix les plus écoutées sur les questions d’emploi, de finances publiques et de conjoncture. Régulièrement sollicité par les décideurs politiques comme par les médias grand public, ce macroéconomiste chevronné décrypte les mécanismes de l’activité productive sans jamais perdre de vue la réalité sociale du travail.

Son positionnement intellectuel, souvent qualifié de néo-keynésien, privilégie le soutien à la demande, l’investissement public et la transition écologique face aux politiques d’austérité budgétaire. À travers ses travaux de modélisation et ses prises de parole incisives, il défend une approche pragmatique où la science économique éclaire le choix politique sans s’y substituer.

Des bancs d’Aix-Marseille à la direction de l’OFCE

Le parcours universitaire d’Éric Heyer s’ancre dans le sud de la France. Après un cursus complet à l’Université d’Aix-Marseille II, il obtient en 1991 un diplôme d’études approfondies en politiques économiques et financières, complété par un magistère d’ingénieur économiste. Il soutient ensuite, en 1998, une thèse sur les rigidités de l’offre et l’utilisation des équipements industriels, rédigée sous la direction du professeur Gilles Nancy.

Cette solide formation quantitative ouvre rapidement les portes de la recherche appliquée. Dès 1997, le chercheur et économiste français intègre l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) en tant que chargé d’études. Au sein de cet institut réputé rattaché à Sciences Po, il gravit tous les échelons : directeur adjoint dès 2002 en charge des prévisions pour la France, il prend la tête du département Analyse et Prévision au tournant des années 2014 et 2015.

Parallèlement à ses recherches, il transmet son expertise dans l’enseignement supérieur. Il dispense des cours d’économie à Sciences Po Paris, à l’Université d’Aix-Marseille ainsi qu’à Skema Business School, après avoir également exercé à l’Université Paris 8 et à l’Université de Cergy-Pontoise.

Une vision néo-keynésienne face aux dogmes budgétaires

Sur le plan théorique, la grille de lecture d’Éric Heyer s’inscrit dans la tradition néo-keynésienne. L’économiste de l’OFCE défend activement l’idée qu’une économie moderne a besoin d’impulsions publiques ciblées pour maintenir son potentiel de croissance. Selon lui, une réduction trop rapide des dépenses publiques risque de freiner l’activité et d’aggraver, par ricochet, le ratio de dette sur le produit intérieur brut.

Face aux partisans de la rigueur budgétaire, il privilégie les investissements stratégiques de long terme. La transition environnementale et la justice sociale doivent, d’après ses travaux, guider les choix macroéconomiques actuels. Ainsi, la lutte contre les inégalités et l’intégration des contraintes écologiques ne constituent pas des freins à l’économie, mais les piliers indispensables d’un nouveau modèle de prospérité durable.

Il plaide également pour une meilleure coordination des politiques budgétaires et monétaires à l’échelle de l’Union européenne, afin d’éviter que les règles communes n’étouffent la reprise en période de ralentissement mondial.

Débats passionnés sur le travail et l’assurance-chômage

Spécialiste reconnu du marché du travail, Éric Heyer n’hésite pas à intervenir au cœur des controverses qui agitent la société française. En 2016, il s’oppose publiquement au prix Nobel d’économie Jean Tirole au sujet de la réduction du temps de travail. Il rappelle alors que l’économie n’est pas une science exacte et soutient que le passage aux 35 heures a permis des créations nettes d’emplois lors de sa mise en œuvre.

Tout en reconnaissant un bilan contrasté au fil des décennies, il réfute lors de ses échanges avec des confrères libéraux l’idée que les 35 heures expliqueraient à elles seules la perte de compétitivité industrielle de l’Hexagone. Pour enrichir sa démonstration sur le bilan économique des 35 heures, il s’appuie sur des comparaisons sectorielles détaillées et sur l’évolution globale du coût du travail.

Le macroéconomiste porte également un regard sévère sur les réformes successives de l’assurance-chômage menées entre 2018 et 2022. Dans ses analyses, il dénonce une logique dictée avant tout par une critique des économies budgétaires rapides au détriment des demandeurs d’emploi. Il préconise plutôt le maintien de dispositifs ciblés, tels que les contrats aidés, essentiels pour insérer durablement les jeunes et les personnes les plus éloignées du marché de l’emploi.

Expertise publique, crise sanitaire et suivi conjoncturel

L’autorité technique d’Éric Heyer lui vaut une reconnaissance institutionnelle durable. En mars 2018, il est nommé membre du Haut Conseil des finances publiques (HCFP) après sa nomination par la commission des finances du Sénat, un mandat indépendant de cinq ans qu’il mène jusqu’en mars 2023. Il collabore aussi régulièrement avec l’Assemblée nationale, le Sénat et les ministères pour bâtir des projections économiques à moyen terme, tout en participant à des missions ponctuelles auprès de l’OCDE et de la Commission européenne.

La crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 illustre toute la complexité de l’exercice prévisionnel. Après un effondrement initial de l’activité estimé à 19 % au premier semestre 2020, les modèles macroéconomiques ont dû s’ajuster à un rebond plus rapide que prévu au printemps 2021. Cet épisode a mis en évidence une surévaluation initiale de l’impact des restrictions sanitaires sur la capacité de reprise des entreprises françaises.

Dans la période post-crise, le directeur du département d’analyse et de prévision de l’OFCE scrute de près l’évolution de la productivité du travail et la fragilité du tissu productif. Ses diagnostics récents mettent notamment en lumière les tensions subies par les entreprises, marquées par un record de 69 913 défaillances d’entreprises enregistré sur douze mois glissants au premier trimestre 2026.

Transmission citoyenne et contributions éditoriales

Convaincu que l’économie doit être comprise par tous, Éric Heyer consacre une part importante de son temps à la vulgarisation. Il intervient très fréquemment dans les médias audiovisuels, notamment sur les plateaux de BFM Business dans l’émission Les Experts, sur les ondes de France Inter, ou encore dans des magazines d’information télévisés comme C dans l’air.

Cette volonté pédagogique se traduit par une intense activité éditoriale. Parmi ses publications marquantes figure l’ouvrage collectif Une autre voie est possible, paru en 2018 chez Flammarion. Co-écrit avec la sociologue Dominique Méda et le juriste Pascal Lokiec, ce livre formule une proposition d’un nouveau modèle social combinant sécurité des parcours professionnels, réduction des inégalités et impératif écologique.

Le chercheur coordonne par ailleurs les volumes réguliers de la collection L’économie française aux éditions La Découverte, un ouvrage de référence qui synthétise chaque année les dynamiques macroéconomiques nationales pour les étudiants, les décideurs et le grand public.

Grâce à cette double casquette de modélisateur rigoureux et de vulgarisateur passionné, Éric Heyer continue d’enrichir le débat public français en proposant des alternatives crédibles aux politiques d’austérité.


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